Par ici ma sortie — Société

L’amour plus fort que la haine

Denis-Daniel Boullé
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denis daniel boule

Le mois de février, on aimerait pouvoir se reposer de l’actualité et se répandre en petits cœurs rouges, pour fêter l’amour. Même si la Saint-Valentin est un peu beaucoup gangréner par le commercial et la réduction de cet amour aux couples, pour d’autres, elle est la célébration d’un amour un peu plus inclusif, avec la famille, les amis, les connaissances, et même des inconnus, en chargeant réellement cette célébration de l’amour de son sens le plus profond. Dans les temps incertains que nous vivons, nous en avons réellement besoin. Réellement besoin que la couleur rouge soit synonyme de plus de respect, de partage, d’attention et moins associée au sang ignominieu- sement versé. On peut considérer ce geste comme naïf, utopique. Il ne l’est pas moins ni plus que ce celui qui consiste à appeler à la haine de l’autre.

En dehors du petit souper aux chandelles, des chocolats offerts à l’être ou aux êtres aimés, c’est réaffirmer notre engagement aux valeurs auxquelles on croit et — du moins je l’espère — de les mettre en pratique, pas seulement le temps d’une manifestation charlienne, ni même le temps des fêtes consacrées par le calendrier. Des valeurs qui sont partagées  par beaucoup d’entre nous et qui se traduisent par un engagement. Nombreux sont ceux et celles à le faire quotidiennement professionnellement, bénévolement et dans leur vie privée.  On ne met pas toujours la lumière des projecteurs sur eux tellement nous sommes habitués – mais pas encore immunisés – aux nouvelles catastrophiques et devant lesquels on se sent impuissant. Et certains, fort de cette impuissance, se réfugient dans le chez soi qu’ils se sont construits aveugles et sourds à ce qui se passe en dehors de leur cour. Ou encore d’autres, qui ulcérés par ce qui se passe, utilisent la même rhétorique d’exclusion et de haine, voire de violence, que celle qu’ils dénoncent chez leurs adversaires. Cherchez l’erreur. 
 
Le sang était à peine séché à Paris et coulait à flot au Nigeria, que déjà les discours va-t’en guerre se faisaient sentir, aussi bien chez les spécialistes du Moyen-Orient que chez les politiciens ou encore sur les réseaux sociaux. On veut en découdre avec les extrémistes islamistes, on crie vengeance, et on lavera le sang dans le sang. Même si une analyse un peu plus serrée montre la complexité du problème, et ne peut se réduire à rendre les politiques migratoires des pays occidentaux responsables de cette situation.
 
Ceux qui prônent la tolérance, l’ouverture, le dialogue sont aujourd’hui considérés comme des lâches. On les traite de doux rêveurs, de gentils idéalistes. 
On pourrait qualifiés tout autant ceux qui croient que la manière forte donne de meilleurs résultats. L’histoire récente nous prouve les échecs cuisants de toutes les interventions militaires occidentales et qui n’ont fait que cristalliser les ressentiments. Mais, en même temps, c’est manne financière non négli-geable pour les marchands de canons. Car les intérêts économiques et financiers ne sont pas étrangers à la situation de crise que nous vivons, et qu’au nom de ces mêmes intérêts nous ne sommes pas prêts de rompre nos relations avec les pays qui financent le terrorisme et imposent des régimes liberticides. L’Arabie Saoudite n’applique pas la charia depuis janvier dernier mais depuis des décennies ce qui n’empêche pas des hommes – pas encore premiers minis-tres – d’avoir vendu leurs services à une époque aux Saoudiens, n’ayant aucun cas de conscience pour le sort des femmes, des LGBT, des opposants au régime de ce pays. Bien sûr, ils n’ont pas de sang sur les mains, mais ils ont été des complices silencieux, et grassement rémunérés, de ces régimes théocratiques.
 
L’amour plus fort que la haine? Pour les terroristes, les xénophobes, les islamophobes, les antisémites, les anti-LGBT, pour les religieux radicaux de tout poil, ce slogan semble gnangnan, fleur bleue, eau de rose. Comme si les guerres et leurs cortèges de millions de morts avaient été de bonnes réponses.  Comme si leurs répétitions à travers l’histoire n’avaient pas prouvé – s’il le fallait encore – leur stérilité, leur inefficacité, leur stupidité. Sans oublier le ressentiment cultivé par les vaincus et transmis de génération en génération.
 
Bien sûr, l’amour plus fort que la haine. Et aujourd’hui des Musulmans modérés se réfèrent au Coran pour rappeler que l’Islam est une religion qui ne prône pas la haine. Pas encore l’amour, mais ça s’en vient.
 
Je me félicite encore quelquefois d’être gai – bien que le mot ne me représente plus beaucoup – parce que les luttes que nous avons menées l’ont été avec des plumes et des paillettes, que nous avons su montrez qui nous étions avec convictions et séductions. Que jamais nous n’avons eu recours à la force, aux meurtres, aux attentats pour nous faire entendre, reconnaître et aujourd’hui 
respecter. J’entends plein de petites voix me dire à mots à peine gentils que les contextes étaient différents, les antagonismes moins forts qu’aujourd’hui. Mais je rappellerai que de nombreux contextes différents au nom d’une confession, d’une langue, d’un territoire, de richesses à confisquer se sont terminées par des guerres.
 
Voilà, quant à choisir une fête, je choisis la Saint-Valentin comme antidote à toutes les Saint-Barthélémy qui se produisent quotidiennement dans le monde.