VUES DE L'EX-TÉRIEUR — Questions de société

«Charlie est en joualvert»

Steve Foster
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Steve foster

« Je suis Charlie » a été le symbole utilisé par des millions de gens, à travers le monde, afin de souligner leur solidarité envers les victimes de l’attentat perpétré dans les bureaux du magazine satirique Charlie Hebdo et dans ceux de Dammartin-en-Goële et à Vincennes. Ce drame nous a vite replongés dans ce que notre humanité a de moins glorieux. Notre capacité à haïr l’autre, notre capacité à tuer l’autre. De quoi désespérer quant à l’avenir de notre monde.

Bien des choses ont été écrites et dites à propos de ce drame, et rares furent les voix dissonantes et lorsque ces dernières l'ont fait, elles ont dénoncé l’hypocrisie de nombreux chefs d’État et religieux qui ont marché côte à côte en hommage aux victimes de Charlie Hebdo. Et nous pouvons appliquer cela aussi aux chefs d’État qui ont participé aux marches ou ont dénoncé cet attentat dans leur pays respectif. Et honnêtement, j’aurais tendance à être de leur avis.
 
Il est facile de rejeter la faute sur les fous de Dieu, dans ce cas-ci sur les islamistes radicaux, en disant qu’ils ont été mani-pulés, qu’ils sont des barbares, qu’ils ne sont pas de vrais musulmans, que l’on n’aura pas peur, que la démocratie et la liberté d’expression sont des valeurs qu’il faut défendre ou encore qu’avec cette tragédie il faut être solidaire plus que jamais. Mais quand y regarde de plus près, comment peut-on espérer un monde meilleur quand nombre de ceux-là mêmes, qui aujourd’hui dénoncent cette atroci-té, en sont aussi responsables. Ce n’est pas tout de brandir l’étendard de la justice, de la fraternité et de l’égalité, encore faut-il agir en conséquence. Avant de nous demander si l’Islam promeut la violence et la haine, il faudrait peut-être rappeler à celles et ceux qui gouvernent et aux leaders religieux de nos sociétés qu’ils sont trop souvent la cause de cette haine et de ces violences.
 
Nombre de dignitaires présents à Paris pour la marche républicaine proviennent de pays où l’égalité et la liberté d’expression ont maille à partir. Et pour ce qui est de la fraternité, on repassera. Lorsque des pays comme l’Allemagne, les Émirats arabes unis,  la Russie, Israël, la Palestine, par exemple — ou encore que les imams, les rabbins et les évêques se font l’accolade —, il y a vraiment de quoi avoir un haut-le-cœur.
 
Et comme personne gaie, j’en ai plus qu’un. Doit-on rappeler que les personnes LGBT sont encore et toujours ostracisées par les religions. Qu’elles n’ont pas les mêmes droits ou voient ces derniers régresser ou sont tuées d’être LGBT. Et nous ne sommes pas les seuls à voir notre dignité et notre humanité bafouées. Il y a aussi les femmes, les enfants, les autochtones et les minorités culturelles, et j’en passe.
 
Quand on traite les jeunes, principalement arabes, des banlieues parisiennes de racailles, quand on colonise des territoires, quand on criminalise à nouveau les personnes LGBT, quand on empri-sonne les journalistes, quand on tue les femmes pour venger l’honneur, quand on met à genou une nation, quand on torture des prisonniers, quand on soutien et arme des dictatures, quand on exploite les enfants, quand on laisse mourir de faim un peuple, faut-il s’étonner de voir monter la violence et la haine.
 
Ces leaders politiques et religieux auront beau se flageller sur la place publique et défendre la justice, la liberté de parole et l’égalité, tout ce qu’ils parviennent à démontrer à la face du monde, c’est l’hypocrisie dont ils et elles sont capables.
 
Car si ces chefs d’États et religieux veulent vraiment « être Charlie » ils se doivent d’être aussi les 2 000 personnes tuées au Nigéria par Boko Haram, les 1200 femmes autochtones tuées et disparues, le blogueur Raif Badawi, les millions de réfugié(e)s des guerres inutiles et de bien d’autres gens encore.
 
Il est facile de s’indigner contre la barbarie humaine, mais il est tout aussi facile d’agir afin de la prévenir. S’ils veulent vraiment  «être Charlie» qu’ils commencent par faire preuve d’humanité dans leurs politiques, leurs actions et leurs croyances. Je sais ça ne règlera pas tout, mais ça devrait éliminer bien des problèmes.
 
Heureusement il existe à travers le monde des gens qui œuvre à créer un monde meilleur. On ne les voit pas souvent, mais ils font la différence dans la vie de bien de gens. C’est déjà un début.