Par ici ma sortie — Société

Le poireau, la banane, le dindon...

Denis-Daniel Boullé
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Denis Daniel

Il n’était pas suffisant pour certains journalistes de traîner l’animateur Joël Legendre dans la boue, encore faillait-il en rajouter une couche en contextualisant son histoire d’indécence. Une description du lieu de ses turpitudes devenait une exigence journalistique. Une plongée dans l’enfer du sexe du parc Marie-Victorin devenait nécessaire. On ne peut que saluer TVA/Journal de Montréal pour nous tenir informés de ce qui se passe à côté de chez nous. Alep, Mossoul, les enlèvements de femmes par Boko Haram, la destruction de villages, les camps de réfugiés qui débordent, c’est de la petite bière à côté de ce qui se passe sous nos fenêtres, presque dans nos cours.

Saluons tout d’abord le courage de l’équipe de TVA qui, au risque de sa virginité anale, a mené un véritable travail d’enquête en se transportant sur les lieux pour rendre compte de l’ampleur du danger, caméra en main. Peut-être ont-ils dû même infiltrer ce milieu de perdition et jouer les infiltrés au risque de payer de leur corps pour nous rapporter l’horreur de ce qu’ils ont vécu. Saluons aussi les valeureux policiers et les risques qu’ils prennent comme de voir leur pudeur égratignée devant la lubricité non retenue des hommes dans les buissons. Il paraîtrait qu’ils ne sauraient plus où donner de la tête. Ouf ! Tant que c’est la tête! Le parc Marie-Victorin devrait être déclarée zone sinistrée et que tout parent qui oserait aujourd’hui s’y promener devrait voir ses enfants retirés par la DPJ, tant le danger est grand et nous guette tous.

Le parc Marie-Victorin «serait reconnu mondialement comme un lieu de partou-ze!» Et nous pÔvres québécois et québécoises, nous ne le savions pas. À quand une commission Charbonneau pour faire la lumière sur cette sombre affaire. À quand un projet de loi pour sauver le parc Marie-Victorin avant que celui-ci ne devienne un Disney Land de la galipette gaie, avec chaque jour  des dizaines d’autocars de touristes gais s’arrêtant quelques heures pour que les gais du monde entier viennent s’envoyer en l’air à ciel ouvert.

Oui, il faut agir avant qu’il ne soit trop tard. Imaginez qu’un aîné glisse sur un condom, qu’on découvre un buttplug dans un bac à sable. Imaginez que votre chien trempe par mégarde sa papatte dans du sperme frais ou e qu’une famille doive attendre que deux gars aient fini de «se sodomiser sur une table de pique-nique». Ce n’est pas moi qui le dit mais Richard Martineau dans sa chronique du 14 mars dernier. Ce parc devenu le centre mondial de la dépravation où, toujours le chroniqueur, on ne peut plus se promener «sans voir des gars se chatouiller le poireau, se polir la banane ou s’étrangler le dindon», ou plus loin «de s’astiquer le balai ».

Devant ce grand délire médiatique et l’attaque sans réplique de la réputation d’un homme, on ne peut que sourire ou s’inquiéter des intentions de ceux et celles qui ont monté en épingle un non-événement et étiré la sauce jusqu’au bout ?

Une bonne histoire de cul – surtout quand elle est gaie et concerne une personnalité publique – c’est juteux, ça ne coûte pas cher et ça rapporte gros ! Du Viagra gratuit pour les chroniqueurs qui se sont fait un plaisir de renifler dans les petites culottes d’un animateur. La journaliste Lise Ravary a parlé de l’intérêt public, dans sa chronique du 14 mars dernier. Elle s’est dite ébranlée en découvrant ce que des gais pouvaient faire dans un parc, nous jouant l’oie blanche. Enfin, elle se demandait si la non-exclusivité sexuelle chez les gais ne fragiliserait pas leurs couples, leurs familles. Bonne façon de remettre en question le droit au mariage et à la parentalité. Un gai qui n’est pas fidèle sexuellement ne peut être donc un bon parent. Question infidélité sexuelle, les hétéros n’ont rien à nous apprendre. La littérature, le théâtre, le cinéma et l’Histoire nous  montrent que, question fragilisation du couple et de la famille, les hétéros en connaissent un rayon.

Il en va de même dans les amalgames douteux de sa consœur Sophie Durocher, qui en quelques lignes sur son blogue, le  15 mars dernier, compare ce qui est arrivé à Joël Legendre avec le cas d’un exhibitionniste recherché à Laval et capté sur vidéo. Exhibitionniste pour choquer les passants, et gars qui en cruise un autre en sortant son sexe, aucune différence pour la chroniqueuse, sinon que dans les deux cas, c’est sale et pervers.

Sophie Durocher sera peut-être ravie des propos de son pas encore mari à l’époque dans une entrevue accordée à Fugues en avril 2002.

http://www.fugues.com/

Abordant les gais et le sexe, Richard Martineau avait alors dit : «Cela me fait penser à la Montagne. Les gens critiquent le fait que les homosexuels y baisent avec n'importe qui, mais je me dis que s’il y avait une Montagne ou un Parc Lafontaine où les gars et les filles peuvent se rencontrer, il y aurait du monde en maudit. Ce serait plein tous les soirs, ET J'AURAIS FAIT MON TOUR PAS MAL SOUVENT À L'ÉPOQUE.» On sent que si cela avait été possible, le chroniqueur vedette de TVA n’aurait pas été le dernier à aller « se  chatouiller le poireau, se polir la banane, à  s’étrangler le dindon et à s’astiquer le balai ».

Ne pouvant plus ouvertement critiquer les minorités sexuelles en vertu des lois sur l’égalité et contre les discriminations, on tente de les atteindre sur le terrain du sexe en sachant qu’on ralliera une frange de la population conservatrice. Et Joël Legendre malgré lui est devenu le bouc-émissaire tout trouvé. D’autant plus trouvé que ce dernier s’est fendu d’un mea culpa qui a dû donner un orgasme émotionnel à tous ces nouveaux chiens de garde de la moralité et les conforter dans leur bonne conscience étriquée.

Souvenez-vous quand l’animateur a parlé de la naissance par mère porteuse de ses jumelles, le tollé suscité autour de la question de la procréation médicalement assistée et des gais qui s’achèteraient des enfants par ventre interposé. Un débat qui a conduit le gouvernement à revoir sa politique d’aide financière aux couples infertiles excluant les couples de même sexe, soi-disant pour des économies budgétaires. Avec son arrestation dans un parc, on relance une campagne sur les gais et leur manque de sens moral. Et donc peut-être pas digne d’être des citoyens à part entière. Tout cela sent l’homophobie à peine déguisée.

En revanche, je félicite Richard Martineau de ne jamais aller cruiser dans les parcs car si je devais m’y  promener, je préférerais, au détour d’un buisson, mille fois tomber sur le sexe de Joël Legendre que sur le dindon du chroniqueur du Journal de Montréal

 

Denis-Daniel Boullé