Repenser la prévention

Agir pour mieux jouir

Étienne Dutil
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C’est sous ce slogan pas mal fort qu’une quinzaine d’institutions et organismes ont lancé début mars le projet «Mobilise!», un projet de recherche participative qui veut repenser l’approche de la prévention du VIH et trouver des stratégies de protection adaptables à chacun.


Mobilise ! se définit comme un projet de recherche participative par et pour les hom-mes ayant des relations sexuelles avec des hommes, regroupés de façon inclusive sous le sigle «HARSAH», pour proposer des nouvelles façons de faire la prévention du VIH à Montréal. Il s’agit d’inviter chacun à participer à un groupe pour, en bout de ligne, imagi- ner une campagne de prévention à la carte, qui lui parle, corres-ponde à son activité sexuelle et l’incite à jouir en toute connaissance de cause et de protection.
 
« La communauté LGBT a toujours été proactive dans l’information sur le VIH et la prévention du virus », a affirmé Joanne Otis, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en éducation de la santé et professeure au département de sexologie de l’UQAM, lors du lancement du projet Mobilise ! le 3 mars dernier. «Vous avez négocié les stratégies relationnelles au fur et à mesure de l’apparition de nouvelles options de protection et de santé», s’est-elle adressée à l’assistance. «Vous vous protégez plus, vous vous informez plus. Mais comment se fait-il alors que la communauté LGBT reste la plus touchée par l’infection? Comment, en 2015, n’a-t-on pas l’opportunité de choisir son mode de vie sexuelle alors que plusieurs modes de protection existent, adaptables à chacun?» En effet, selon des études récentes de santé publique à Montréal, un homme sur sept ayant des relations sexuelles avec des hommes vit avec le VIH et, parmi eux, un homme sur cinq est séropositif sans le savoir. Et la tendance est à la hausse des nouveaux diagnostics chez les HARSAH entre 15 et 35 ans...
 
«L'émergence de nouveaux moyens biomédicaux de prévention du VIH (prophylaxie pré-exposition, dépistage rapide, auto-test, dépistage universel, condom, microbicides, etc.) retient l'attention depuis quelques années, mais ne font pas la preuve d'un taux d'efficacité assez élevé pour ralentir l'incidence du VIH au sein des hom-mes ayant des relations sexuelles avec des hommes», résume-elle sur le site de l’UQÀM à propos de son projet de recherche. «Il faut les combiner aux stratégies préventives déjà en place. Or, il est nécessaire de voir au décloisonnement des cultures environnementales (clinique et communautaire) en vue de développer des stratégies de prévention combinées efficaces.»
 
Comme le souligne Alvaro Herrera, coordonnateur de recherche du projet Mobilise ! auprès de la COCQ-SIDA, « il faut donc repenser notre approche de la prévention afin d’être plus efficace contre l’infection au VIH/sida. Plusieurs structures et solutions existent, mais elles oeuvrent trop souvent en silo, alors qu’il est nécessaire d’arti-culer les structures médicales et les communautés LGBT, d’adapter les campagnes de prévention à ces communautés spécifiques. » 
 
Les participants au projet Mobilise ! identifieront des combinaisons de stratégies de prévention adaptées aux besoins et pratiques de leurs communautés selon leur âge, leur appartenance ethnique, leur statut de séropositivité ou leurs conditions de handicap. « C’est pourquoi le projet Mobilise ! partira des hommes de la communauté LGBT pour bâtir des argumentaires dans ce sens », a expliqué à son tour Robert Rousseau, directeur général de Rézo, partenaire du projet. « À chacun de s’investir ensemble dans la prévention. On espère vous côtoyer d’une manière régulière pendant les trois prochaines années… », a-t-il conclu en souriant.
 
Lors du débat qui s’ensuivit, il fut question d’atteindre la meilleure diversité possible d’expériences. Selon chaque individu, certains protocoles de prévention ne sont pas forcément acceptables selon sa culture, son histoire, son activité sexuelle, sa santé, etc.; il s’agira donc de capter des sous-cultures, faire parler les sous-groupes et les laisser s’exprimer à propos de leurs pratiques sexuelles. Dans ce sens, « toute personne qui s’identifie comme homme ayant des relations sexuelles avec des hommes et qui vit ou fréquente l’île de Montréal, mais aussi tout organisme communautaire, toute institution de santé publique ou de recherche, médias inclus, qui contribuent à la santé de nos communautés peuvent participer à Mobilise !», a insisté Alexandre Dumont Blais, coordonnateur des communications chez Rézo.
 
Pour cela il suffit de créer une « équipe citoyenne » de deux ou trois personnes qui discuteront de leurs propres besoins en termes de prévention du VIH. Des soirées Mobilise ! suivront qui permettront d’échanger ces idées, réflexions et propositions avec d’autres équipes citoyennes. Un forum et un sommet ultérieurs aideront à produire des outils combinés de prévention du VIH et trouver les meilleurs moyens d’y sensibiliser la population LGBT.
 
Ainsi, pendant les trois ans que durera Mobilise !, les participants au projet aborderont ensemble des questions comme : Quelles sont les connaissances de nos communautés sur les stratégies de prévention ? Quels sont les avantages et désavantages des différentes stratégies de prévention comme la PrEP, la PPE, la charge indétectable, et d’autres ? Comment combiner ces stratégies? Comment assurer un meilleur accès à la prévention combinée du VIH ? » Les participants de Mobilise ! proposeront alors deux stratégies de prévention du VIH qui combineront trois aspects : biomédical (condom, prophylaxie, dépistage, traitement, etc.); comportemental (séroadaptation ou sérotriage, charge virale, sécurité négociée, retrait pré-éjaculatoire, etc.); social et institutionnel (accessibilité, lois, réseaux, etc.).
 

MOBILISE ! Toutes les infos auprès de… - Alvaro Herrera, COCQ-SIDA, 514 844-2477 (poste 22), - Alexandre Dumont Blais, RÉZO, 514 521-7778 (poste 234), cocqsida.com/mobilise [email protected] Sur Facebook : projetmobilise #Projet mobilise