Mado est au Boutte

Carole à Puerto Rico

Mado Lamotte
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Mado lamotte

Est-ce que je vous ai déjà parlé de ma chum Carole ? Non sûrement pas, car je m’en rappellerais. Voyez-vous, Carole c’est le genre de personne qu’on rencontre une fois et on s’en rappelle toute sa vie. Elle est, disons, quelque peu expressive et excentrique, une bonne vivante quoi ! Vous savez, le genre de fille pour qui la vie est une vraie partie de plaisir, qui rit fort, qui parle sans arrêt, qui chante quand elle est heureuse, qui pleure quand c’est beau, qui s’émerveille devant un canard qui nage dans un étang et qui dit tout haut à tout moment ce qu’elle pense, que ça vous plaise ou non. 

Rien de désagréable, juste un peu déstabilisante quand ton genre de fréquentation se limite à des amis qui te ressemblent en tous points ou à des ex que tu n’arrives pas à sortir de ta vie. Tout ça pour dire que, même si elle parfois épuisante à suivre, je ne pourrais pas me passer d’elle. Je vous le dis mes chéris, on a tous besoin d’une Carole dans sa vie. 
 
Mais est-ce une bonne idée de partir en voyage avec un lapin Energizer qui est plogué sur le 220 watts du matin jusqu’au soir ? La question ne se pose pas, il faut le vivre au moins une fois pour y répondre. Pas besoin de vous dire que je ne me suis pas ennuyée deux minutes. 
 
Même quand j’avais les batteries à low et la plotte à off, l’énergie déployée par Carole était assez contagieuse pour me remettre sur le piton ! J’vous mens pas, la bonne humeur de cette fille-là se répand à la vitesse de la picote dans une garderie. Mais assez parlé de Carole et parlons un peu de Puerto Rico. 
 
Ça doit faire au moins 10 ans que je me promets d’y aller et, non, ce n’est pas à cause des acteurs de films pornos, c’est pour la beauté de l’ile, la mer et le soleil. Et est-ce que c’est aussi beau que St-Martin, les Iles Turquoises ou le Costa Rica ? Oui, mais pas pour les mêmes raisons. Les plages de San Juan ne rivaliseront jamais de beauté avec la tranquillité et le sable blanc des Iles Turquoises, mais dès qu’on sort des sentiers battu,s on arrive très bien à trouver son oasis de sérénité. 
 
Et malgré la grande variété de plantes tropicales, les palmiers sur l’autoroute, les forêts de bambous et les fleurs exotiques qu’on trouve à profusion sur le bord de la route, non, la végétation n’est pas aussi luxuriante que celle du Costa Rica, mais on s’en fout, on n’est pas venu faire de la Jeep dans une serre du jardin botanique. Et je vous l’accorde, la balade en char sur les routes cahoteuses de l’ile n’est peut-être pas aussi charmante qu’à St-Martin mais on ne va pas en voyage pour passer son temps à comparer avec le voyage d’avant. 
 
Pis anyway, je ne suis pas encore blasée au point où je baille aux corneilles sur une plage ensoleillée, devant des vagues de 10 pieds, couchée sous une rangée de cocotiers. Surtout après l’hiver de cul qu’on vient de passer, emmenez-en de la chaleur, des vagues, des cocotiers, des bananiers, des cactus, des oiseaux du paradis, des petits crabes qui remontent la plage au soleil couchant pis du sable qui colle dans la raie jusqu’au lendemain. 
 
Ça fait que j’attendrai même pas la fin de cet article pour vous dire : gârochez-vous mes chéris, Puerto Rico c’est beau à brailler, c’est beau à chanter, c’est beau à danser, c’est beau à s’émerveiller devant les splendeurs de la nature, c’est beau à s’endormir au son du chant du coulicou manioc et c’est beau à se réveiller bandé tous les matins. Tsé le genre d’endroit où ça fait même pas une heure que t’es arrivé que t’es déjà en train de faire des plans pour la prochaine fois ! 
 
Pas besoin de vous dire que Carole a passé la semaine énervée comme une luciole qui buzze autour d’une lampe de camping. Une semaine de pur bonheur, mes chéris.  Pas mêlant, il y a tant à faire et à voir qu’on se sent quasiment coupable de se reposer une journée tellement on voudrait ratisser chaque recoin de l’ile pour être certain de ne rien manquer avant de rentrer. 
 
Bon, il faut dire que j’avais un guide extraordinaire en la personne de ma chum de champagne, Orlando, celui-là même qui m’a reçu dans sa villa de luxe à Ibiza l’automne dernier et qui, r’garde donc si c’est fin, s’adonne à être portoricain et à connaître l’ile comme le fond de sa grosse poche pendante. Ça fait que, pas aussitôt débarquée de l’avion, je suis assise sur la terrasse de l’hôtel le plus chic du vieux San Juan, en compagnie de mon hôte, de Carole et d’une copine mannequin, la douce et reposante Anastasia. J’ai un verre de champagne à la main et je me bourre la face de tapas en bavant devant le regard pervers des serveurs portoricains. Les hommes ne sont pas aussi beaux que je l’aurais cru, mais ils ont tous le même regard noir et profond qui te pénètre jusqu’à la prostate. 
 
Le seul hic qui peut vraiment faire la différence entre, «baise-moi icitte drette-là à côté de la machine à café» et «euh, pas ce soir, je suis invitée au baptême de ma filleule» c’est que le macho portoricain s’épile le sourcil très fin, oui vous avez bien lu, une mode vraiment bizarre, adoptée par tous les jeunes hétéros, qui me fait presque regretter le mono-sourcil de mes amants arabes. Comme la plupart des latins, ils sont très soucieux de leur apparence et si j’en juge par la quantité de salons de beauté, de coiffure et de pose d’ongles qu’on retrouve à chaque coin de rue, de ruelle ou de rang de campagne, les femmes sont toutes aussi obsédées par leur fière allure. Carole ne pouvait pas être plus heureuse d’être entourée de coiffeuses, de shampouineuses et d’étaleuses de cutex, elle qui a passé la semaine à se changer de kit, jusqu’à 4 fois par jour, sans compter le nouveau maillot de bain qu’elle enfilait à chaque fois qu’elle sortait de la mer. 
 
Ah mais quel magnifique voyage j’ai fait mes chéris ! Un voyage qui n’aurait pas été aussi magnifique sans le séjour de 3 jours à l’île de Culebra. Une petite île paisible et enchanteresse située à 30 minutes de vol de Puerto Rico où je peux affirmer avoir passé les plus beaux moments de mon voyage. J’avoue que la villa de luxe louée par Orlando y était pour beaucoup. Perchés sur le sommet d’une montage face à la mer, on avait une vue 360 en sirotant nos margheritas à l’apéro dans la piscine à débordement qui surplombait l’horizon. Et même si on était à 2 km de la mer, je pouvais entendre, le soir de ma chambre, les vagues s’échouer sur la plage. Pas banal, c’est moi qui vous le dis. Et quand on est bien en vacances, le temps passe aussi vite que la lecture de cet article. 
 
J’aurais bien aimé vous parler de mes soirées de débauche, mais le temps et la place me manquent pour vous raconter le soir où Carole a fini complètement soûle perdue dans San Juan en caleçon, pour vous décrire les acrobaties rocambolesques de la drag queen quinquagénaire qui se prenait pour Nadia Comaneci sur les tuyaux de ventilation du bar Circo, pour vous raconter le dernier jour sur la plage de Condado à me faire farfouiller en dessous de la serviette par un beau bronzé alors que Carole était partie se faire sauter l’omelette par un local. 
 
Désolé, mes histoires coquines, ce sera pour le prochain voyage !  Joyeux prin-temps mes amours… si y’en a un !
 
Le moment « télé-réalité »: me baigner dans une piscine en pleine jungle au creux d’une vallée entourée de bambous, de palmiers, de cactus et d’alpinia purpurata (tsé la fleur de gingembre qui ressemble à une grosse cocotte rouge) au Casa Grande Mountain Retreat. 
 
Bon à s’en lécher les doigts jusqu’aux coudes: le pollo de criollo que j’ai mangé dans une cambuse miteuse sur le bord d’une route de campagne poussiéreuse.
 
Drôle à s’en défriser la touffe : «Brenda Magic Blower», le nom d’un salon de coiffure de Ponce, une petite ville où Carole et Orlando ont vidé les fonds de tonneaux des 3 bars de la ville et où Anastasia a perdu sa virgi-nité dans une chambre de motel à 20 piastres.