Socalled

Un nouvel album, vibrant et éclectique

Julie Vaillancourt
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Socalled
Photo prise par © Ricmmond Lam

Musicien et artiste polyvalent Josh Dolgin, alias Socalled, évolue sur la scène musicale montréalaise et internationale depuis plus d’une décennie. À l’image de ses multiples collaborations et explorations musicales, il présente un cinquième opus éclectique et vibrant intitulé Peoplewatching. Socalled se dit fébrile de présenter ses nouvelles pièces, sur lesquelles il a beaucoup «bossé». 

 Trouver des oreilles pour écouter
«Créer des albums, c’est comme les saisons, c’est naturel, il faut en faire», explique d’emblée l’artiste, à propos d’imminente sortie de Peoplewatching. Cela dit, ces albums ne valent rien s’il n’y a pas d’oreilles pour les écouter, ajoute humblement Socalled. Qu’à cela ne tienne, depuis son premier EP enregistré dans son salon, intitulé The Socalled Seder, sa musique trouvera écho (et oreilles) aux quatre coins du monde, sans oublier son se-cond opus Hiphokhasene, qui lui vaudra un Grammy allemand de l’album de musique du monde de l’année. Il fera ensuite paraître Ghettoblaster sous l’étiquette jazz française Bleu, alors que le vidéo tiré de la pièce You Are Never Alone sera vu par plus de 3 millions d’internautes sur YouTube.
 
Après ces succès, sans oublier celui de son dernier album Sleepover, Socalled n’a pas lieu de s’inquiéter à savoir s’il trouvera des oreilles pour partager son univers. Cela dit, une certaine nervosité liée à la réception de l’album, subsiste, explique-t-il : «Nerveux, car je n’ai pas arrêté d’avoir l’espoir de vraiment trouver le grand public. Je n’ai pas encore perdu cette idée d’avoir des chansons qui tournent sur les radios [plus commerciales]... Il y a beaucoup de potentiel dans les chansons, mais il est difficile de trouver la manière d’aller rejoindre le grand pu-blic. Le système est difficile à craquer!» Cela dit, «je travaille dur pour créer quelque chose, alors si les gens n’aiment pas, ils n’aiment pas!» À écouter Peoplewatching, on s’imagine mal l’album ne pas trouver une myriade d’oreilles intéressées, puisqu’il propose un métissage de genres musicaux, allant du soul, au hip-hop, en passant par le rigodon, le jazz fusion et bien entendu le klezmer : sacalled«J’aime énormément de musiques, sur mon iTunes, j’ai des milliers de chansons aux styles différents». 
 
Ainsi, l’artiste nourrit ses oreilles d’influences diverses, sans oublier l’environnement artistique où il évolue avec plusieurs amis provenant de milieux musicaux différents, ce qui l’amène nécessairement à collaborer avec ses derniers : «C’est aussi ma mission en quelque sorte; montrer qu’il est possible de mélanger styles et genres et apprendre de gens différents. De plus en plus dans la musique populaire, il y a beaucoup de métissages; par exemple, certains rappeurs vont prendre des échantillons de musique tzigane ou indienne. C’est possible dans la musique moderne de créer quelque chose qui mélange et fait du sens.»
 
Trouver des collaborateurs pour créer
D’ailleurs, Socalled avoue que sa mission découle d’une certaine expérimentation constante, d’une exploration musicale. D’ailleurs, cette recherche de nouveaux sons, n’est-ce pas le propre d’un artiste avant-gardiste, qui cherche nécessairement à toujours se redéfinir? «Oui je crois que c’est une expérimentation, car si on écoute ma production depuis les débuts on peut vraiment voir... une continuation de cette expérimentation, cette idée de mixer les styles, mais aussi les collaborations.»
 
Si son dernier album Sleepover comprenait plus de 30 invités, qui défient genres, cultures et générations, il en va de même pour Peoplewatching, où collaborent entre autres, la chanteuse jamaïcaine Josey Wales, le manitou du folk québécois Yves Lambert, l’institution du jazz Oliver Jones, la sommité soul québécoise Pierre Perpall, et les DJ Rob Swift et Mista Sinista. «Un bon collaborateur, ça commence avec le talent et une voix», explique Socalled, « c'est-à-dire une identité claire, originale et unique dans le monde». 
 
Trouver sa voix pour s’exprimer
Pour l’excellente pièce titre de l’album Peoplewatching, Socalled collabore avec Fred Wesley, tromboniste de James Brown et de Parliament-Funkadelic. Ce collaborateur infuse à cette pièce hip-hop jazzée, non seulement ses influences soul, mais sera aussi à l’origine du titre de l’album : «J’ai demandé à Fred, avec qui je collabore depuis longtemps, de composer l’ouverture du morceau. Ça a commencé lorsque nous étions en tournée…J’ai vu Fred à l’aéroport et je lui ai demandé pourquoi il n’était pas dans l’Élite lounge, puisqu’il est assez élite et voyage sans arrêt. Il m’a répondu que c’était parce qu’il aimait regarder les gens, faire du «peoplewatching» et je me suis dit: wow ça me parle beaucoup de l’esprit de ce mec-là, il veut être avec les gens, voir les différents visages qui défilent devant lui». Ainsi, Socalled a eu l’idée d’écrire cette chanson pour lui, «qui est aussi une histoire sur l’idée de partager entre les gens et de célébrer les différences». D’ailleurs, la pochette de l’album (dessinée par Socalled) exprime bien cette idée.
 
Trouver un copain pour…
Le premier extrait de l’album Peoplewatching est le très «catchy» Boyfriend Material à saveur hip-hop, en quelque sorte un fantasme, explique l’artiste : «Je voulais écrire une chanson pour les jeunes, faire une pièce pop pour mes nièces de 12 ans. J’ai rencontré cette excellente jeune chanteuse qui jouait dans une de mes comédies musicales, et je voulais qu’elle participe. C’est un peu un fantasme, car à la fin je chante avec elle et c’est moi le copain! Mais il n’est pas hot et un peu nerd…» 
 
Bref, Socalled y chante «I’m really not boyfriend material», mais qu’est-ce qu’un bon «boyfriend» pour l’artiste? Il ne l’a pas encore rencontré, avoue-t-il, avant d’ajouter : «J’ai rencontré des jeunes garçons magnifiques, mais pas encore quelqu’un qui est… boyfriend material!» D’ailleurs, Socalled explique que l’album fut créé pendant une période de crise avec un «boyfriend fou», alors toutes les chansons y font référence d’une façon dissimulée. L’artiste, qui a fait son coming-out à un jeune âge, n’a jamais caché son homosexualité : «J’ai rien à cacher en tant que figure publique. C’est important d’être ouvert et visible, car les jeunes en ont besoin et trop de monde ont peur et demeurent cachés que ce soit dans l’industrie de la musique ou à Hollywood. Moi j’ai l’avantage de ne pas être trop populaire, de ne pas avoir un public énorme, alors je n’ai pas peur de «perdre» quelque chose», conclut humblement l’artiste. 
 
Cela dit, Socalled a énormément d’oreilles qui écoutent et attendent son cinquième opus, n’oublions pas qu’il fut l’objet du documentaire Socalled, le film, réalisé en 2010, par Garry Beitel. 
 
Une belle façon de découvrir cet auteur-compositeur-interprète-rappeur-producteur-magicien à l’univers musical des plus origi-naux, qui aimerait bien un jour «faire du cinéma et réaliser des films».
 
L’album Peoplewatching de Socalled est en vente depuis le 28 avril. Sur iTunes

Le lancement à Montréal se fera le 14 mai prochain au Théâtre Fairmount.