Le Groupe d’intervention vidéo

Célébrer 40 ans de voix féminines

Julie Vaillancourt
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voix feminines

Centre d’artistes à but non lucratif fondé en 1975, le Groupe d’intervention vidéo (GIV) distribue, diffuse et produit des vidéos indépendantes réalisées par des femmes, et ce, depuis 40 ans déjà. Le 13 mars dernier, l’Institut Simone de Beauvoir de l’Université Concordia célébrait l’événement, mettant à l’honneur ses œuvres préférées de la vaste collection du GIV des quinze dernières années. Discussion avec Anne Golden, sur la mission du GIV, ses défis et célébrations liés à son quarantième anniversaire.

Sans conteste, lors de sa fondation en 1975, un centre d’artiste comme le GIV fut primordial à l’émergence d’une voix féminine dans la vidéo indépendante au Québec. Le centre a su survivre aux fluctuations des décennies, demeurant fidèle à sa mission de distribuer, diffuser et produire des vidéos indépendantes réalisées par des femmes, explique Anne Golden, qui y travaille depuis près d’une vingtaine d’années: «Il y a eu beaucoup de changements technologiques, mais je dirais qu’avant, dans les années 70-80, on était un centre parmi une vingtaine à l’échelle mondiale, consacré aux œuvres de femmes, alors que maintenant nous sommes peut-être 5 ou 6», ce qui souligne nécessairement l’importance des services offerts par le GIV, pour les femmes vidéastes, enchaine Anne : «Notre spécificité est d’offrir un service intéressant pour des artistes émergentes et établies, car faire de l’autodistribution peut être très prenant.» Donc le GIV se propose de faire le travail de distribution/ promotion, allant des formulaires de soumission des œuvres, à l’envoi à des festivals, musées, événements, etc. «Nous sommes encore une nécessité pour les artistes, même si notre travail est, disons, méconnu. Nous ne sommes pas grand public, mais dans une année, si une artiste présente une bande vidéo, surtout si elle est récente, elle peut tout de même avoir beaucoup de représentations dans des événements, ou même des achats par des universités et des cégeps, au Québec, comme à l’international.» 
 
Le catalogue de distribution du GIV comprend actuellement près de 1260 œuvres regroupant le travail de 330 artistes de genres divers, allant de la fiction au documentaire, en passant par l’animation et la performance. «Nos critères de sélection des œuvres artistiques sont basés sur la formation d’un comité au sein du CA. On accepte les soumissions de toute œuvre, sans restriction de genre ou de durée (on n’accepte pas des œuvres avec des propos racistes, homophobes ou antifemmes). On accepte aussi des œuvres plus âgées, par exemple pour une artiste qui serait encore active, car il est intéressant de présenter toute la collection d’une  artiste. Nous sommes comme des archives, les chercheurs et étudiants viennent chez nous visionner et regarder de la documentation». Les artistes peuvent soumettre à tout moment leur travail. Au final, le GIV regarde s’il est en mesure de «faire un bon travail de diffusion et de promotion pour la vidéo d’une artiste, en lien avec ses attentes», appuie Anne, sans oublier de mentionner que le domaine de la vidéo indépendante, n’est pas des plus lucratifs.
 
La thématique des vidéos du catalogue du GIV sont nombreuses, bien qu’elles soient toutes abordées dans une perspective fémi-niste, c'est-à-dire qu’elles explorent les réalités multiples des femmes et proposent une analyse critique de l'injustice liée au genre, selon leurs contextes et époques respectives. Mais où en sommes-nous aujourd’hui, socialement, avec les revendications féministes? Le terme «féministe», semble être peu en vogue chez les femmes de la jeune génération. Ont-elles oublié l’apport de ces femmes qui se sont autrefois battues pour l’égalité des droits? «Je crois que c’est normal», explique Anne, «car parfois lorsque ce sont des choses acquises, on ne se souvient plus comment elles ont été acquises. Il est difficile de connaître tous les enjeux sociaux historiques pour les femmes au Québec. J’ose espérer qu’il y a peut-être un regain des idées féministes chez la jeune génération, car souvent c’est intergénérationnel. Lorsqu’on fait des activités avec l’Institut Simone de Beauvoir, des femmes de tous âges sont présentes; le mélange fonctionne, on voit leur vécu, les acquis et ce qu’il reste à faire...»
 
«Je vois beaucoup de jeunes artistes qui ne se définissent pas comme féministes, mais lorsque je regarde leur travail, il est définitivement féministe, même si ce mot ne leur convient peut-être pas!» Ainsi, Anne n’hésite pas à affirmer que le mot n’est peut-être plus à la mode, mais que la «redéfinition d’une écriture en vidéo dans des œuvres engagées», qui demeure à la base d’une perspective fémi-niste, est belle et bien vivante chez la jeune génération de vidéastes. Qu’en est-il de la visibilité du lesbianisme qui, dans les années 60 semblait impensable sans le parapluie féministe? À n’en point douter, les représentations du lesbianisme s’affirment davantage, sans que le support du mouvement féminisme soit nécessaire. 
 
«Je crois que la visibilité maintenant est incroyable, si on compare à il y a dix ans! Ce n’est pas parfait, mais on a souvent revendiqué, par exemple, des personnages gais et lesbiens à la télévision et au cinéma, et ça existe», explique celle qui n’avait jamais espéré voir cela de  son vivant. «Il y a toujours plus à faire, et je me fis aux jeunes, on est entre bonnes mains! Leurs revendications sont très sociales et politiques, et il y a des choses super intéressantes qui se passent! Je trouve que ce n’est pas vrai ce qu’on raconte dans la presse mainstream à propos de la jeune génération, je les trouve très engagés», ce que Anne constate dans les œuvres des jeunes artistes du GIV. Ces œuvres diverses, de tous genres et de toutes époques permettent de faire le pont entre les générations, à commencer par le documentaire Lesbiana : Une révolution parallèle (2012) de Myriam Fougère, un des 5 coups de cœur de l’Institut Simone de Beauvoir. D’ailleurs, afin de favoriser la diffusion de la vidéo indépendante, le GIV organise, depuis 24 ans, l’événement «Femmes dans le parc» au parc Lafontaine. «C’est pour nous une façon d’amener la vidéo indépendante à la rencontre du grand public, et dans des lieux non traditionnels», conclut Anne Golden.
 
Vous pouvez soumettre vos œuvres, via le formulaire sur le site webdu GIV. Pour «Femmes dans le parc», la tombée est mi-mai. Toutes œuvres acceptées, durée maximale 10 minutes. http://givideo.org/