Armada Montréal RFC

Les virils rugby men

André-Constantin Passiour
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Rugby Armada
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Formé l’an passé, le club de rugby gai Armada – oui, vous avez bien lu, il y a bel et bien un club de rugby gai à Montréal – attire des gars de plus en plus intéressés à ce sport un peu méconnu de ce côté-ci de l’Atlantique… Évidemment, si vous suivez le moindrement le monde des sports, vous avez peut-être déjà remarqué ces équipes de Nouvelle-Zélande, d’Écosse ou de France avec leurs gars hyper masculins? Eh bien, c’est ce qu’on cherche à implanter dans la métropole avec une philosophie d’entraide, etc.    

Le 1er avril dernier, Armada devait recevoir une personnalité dans le monde de cette discipline, soit le rugbyman gai gallois du nom de Gareth Thomas qui a pris sa retraite de la Ligue de rugby des Quatre Nations, en octobre 2011. Thomas a fait officiellement sa sortie en 2009, il a été ainsi le tout premier rugby man professionnel à faire son coming out. Malheureusement pour ceux qui se sont présentés à la pratique, c’était un «poisson d’avril» ! «C’était un coup monté, c’était une farce car Thomas est un joueur de grand calibre. Bien sûr, les gens étaient déçus, ils on bien ri, mais cela a créé un certain buzz tout de même…», d’admettre en rigolant Rudy Escoffier, l’entraîneur en chef d’Armada.
 
Armada Montréal RFC – c’est son nom officiel – compte 60 sportifs actifs dans ses rangs, des gars âgés entre 18 et 50 ans et même plus. Armada a aussi embrigadé dix bénévoles donc, en tout, il y a 70 individus dans ce club. «La passion, ici, c’est vraiment un groupe de personnes qui compte les uns sur les autres pour atteindre un objectif», souligne Nicolas Wegel, le président du conseil d’administration. «On lance un ballon, on court et on essaie de marquer, il n’y a pas d’habiletés propres comparé au hockey, c’est ce qui attire les gens, en plus de cette camaraderie et cette force d’équipe», rajoute pour sa part le directeur aux communications, Rémi Paquet.
 
Mais ce n’est pas tout. Il n’y a pas que les gars qui sont ici attirés par le rugby, il y a, eh oui, les filles ! On a bien créé une équipe féminine qui, elle aussi, rassemble environ une soixantaine de sportives.
 
Mais pourquoi s’agglutine-t-on autant à ce sport comme à de la tire dans une cabane à sucre ? «Je suis moi-même étonné de voir autant d’engouement pour le rugby, mais je crois que les valeurs de la discipline rejoignent celles de la communauté [LGBT], pense M. Escoffier. Il y a les valeurs de respect, de solidarité, de fraternité, de cohésion du groupe, etc. Plus que pour n’importe quel autre sport, il faut ici donner son 200% pour son copain pour pouvoir avancer, avancer ensemble, pour gagner des matchs. Le rugby forme de bons citoyens à cause de ça, en raison des valeurs qu’il véhicule, parce qu’il y a un esprit d’équipe fort.» «C’est un sentiment d’appartenance à une équipe où chacun a sa place, il n’y a pas de jugement ici, renchérit Rémi Paquet. Pour beaucoup qui ont été rejetés dans les sports à l’école ou ailleurs, c’est une véritable découverte car il n’y a pas de gens ostracisés ou discriminés ici.»
 
On s’imagine qu’il faut être baraqué comme une armoire à glace. Eh bien non ! «Mais pas du tout, il n’y a pas que des gars bâtis, poursuit Rudy Escoffier. Il y en a de tous les gabarits, cela prend aussi des tous petits, des plus chétifs aux plus baraqués, même dans les grandes équipes professionnelles comme le XV de France par exemple. Ils ont tous une place au rugby, c’est pourquoi ce sport rejoint tant de monde, parce que ce qui compte c’est l’effort commun, c’est un groupe qui avance, on est tous là ensemble.» Rudy Escoffier va rajoute une phrase magique qui est : «Une équipe championne, n’est une équipe de champions»…
 
Bien entendu, depuis juillet 2014, Armada est membre officiel d’Équipe Montréal, la fédération des équipes sportives LGBT, et en date du 6 mars dernier, Armada est maintenant membre associé de la Fédération Internationale de Rugby Gai (IGR). Avec la belle saison, on livrera deux matchs par mois, sans oublier les entraînements au rythme de deux par semaine (lundi et jeudi). Le calendrier comprend ainsi 109 séances d’entraînements. Pourquoi ? Pour préparer Armada à l’important tournoi du Beaver Bowl en septembre prochain, à Toronto. Mais on garde aussi l’œil sur Nashville, en 2016, pour une rencontre de la Fédération internationale.
 
Armada, comme l’an dernier, participera à la Journée communautaire et au défilé de Fierté Montréal, ainsi qu’à des activités communes avec le groupe lesbien Lez Spread The Word, entre autres. En attendant, on peut aller les saluer lors de la soirée «La Mêlée du vendredi», une levée de fonds, au bar Aigle Noir, le 22 mai de 17h à 21h.  
 
«Depuis sa création, il y a eu bien de l’intérêt à l’égard du club. Il faut dire que le monde du rugby est très macho et viril, peu de jeunes osent s’identifier en tant que gais à ce sport, donc cela crée déjà de l’impact, de la curiosité et des questionnements sur l’homophobie, donc c’est une bonne chose», commente l’entraineur, Rudy Escoffier…