Bruxelle

La murale qui divise la communauté gaie

Yannick LeClerc
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Murale divide Pd faggot Tapette

Première en Belgique, les problèmes d’homophobies sont abordés dans l’espace public via une murale publique. Pas du goût de tout le monde, y compris dans la communauté.

D’emblée, l’initiative est à saluer. Pour la première fois en Belgique, une série de fresques murales dépeignent des amours homosexuels dans l’espace public. Elles abordent aussi les problèmes d’homophobies que peuvent rencontrer les LGBT (pour lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres). Les thèmes abordés sont divers : insultes, brimades, discriminations, agressions homophobes, adoption, sida, etc. Elles sont d’ores et déjà visibles dans la rue de la Chaufferette, en plein cœur du quartier Saint-Jacques, le quartier gai du centre-ville.

Mais avant même d’être dévoilé au grand public (l’inauguration a lieu le 1er mai), l’un de ces 11 portraits, peint par l’artiste grecque Fotini Tikkou, fait polémique. Il représente un jeune garçon qui tente de s’échapper par une fenêtre en grimpant à une corde. Il fuit aux insultes homophobes de « PD », « tapette », « jeanet » ou « faggot ».

Pour le cas où la situation n’était pas suffisamment claire, une flèche pointe le jeune homme et indique : « Kid escaping homo-bullying » (Garçon fuyant le harcèlement homophobe).

Rue de la Chaufferette où se trouvent de très nombreux bars et boites de nuit gay, cette dernière fresque est loin de faire l’unanimité. On la trouve plutôt contre-productive et l’on craint qu’au lieu de susciter plus de tolérance, elle ne banalise les insultes envers les homosexuels.

« Les insultes vont être prises au premier degré. Elles sont stigmatisantes. Le gay-bashing est mal perçu par les hétéros qui ne vont pas comprendre et prendre cela au premier degré », s’inquiète Rudy, patron du Station Bxl. « Il y a un côté donneur de leçon alors que l’on a envie de renvoyer une image positive et bon enfant », souligne Rudy, qui assure que l’ensemble des commerçants de la rue partage son avis.

Cet art urbain, ouvertement homosexuel, est une première belge qui a été initiée par la Rainbow House, la maison associative des LGTBQI, largement financée par la Ville de Bruxelles et installée dans la rue de la Chaufferette. Les commerçants déplorent dès lors n’avoir pas été intégré au projet pour décider ensemble de fresques améliorant la convivialité du quartier. « Nous n’avons pas été concertés. La Maison Arcs-en-ciel agit toujours comme bon lui semble, sans se préoccuper des autres acteurs qui participent à la vie du quartier. On n’est pas contre l’idée des fresques mais on aurait aimé être associé car, pour nous, le résultat n’est pas à la hauteur », ajoute le tenancier du bar gay.

À noter qu’une autre fresque dans la rue, signée par l’auteur de BD Ralf König, très apprécié des LGBT, fait quant à elle l’unanimité.

François Massoz-Fouillien (Rainbow House):« Ce mur d’insultes traduit la réalité »

« Ce que l’on revendique, c’est de pouvoir être ce qu’on est dans l’espace public. Pour nous, c’est très important et cette fresque va dans ce sens. Ce mur d’insultes s’inscrit dans un ensemble qui traduit la réalité vécue par beaucoup de LGTB. Dans sa globalité, le message est très positif. La fresque incriminée n’est pas insultante. Elle dénonce une situation et est à prendre au second degré. On pense que ces fresques vont profiter à l’ensemble du quartier, y compris aux cafetiers. À notre sens, pour ce projet, il n’était pas nécessaire de solliciter tout le monde. Cela aurait été contre-productif. »