Vue de l’extérieur — Questions de société

Le club des 3 neurones

Steve Foster
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Steve Foster

Depuis plusieurs années, nombre de groupes populationnels, dont les communautés LGBT, ont souvent maille à partir avec une frange de chroniqueurs et animateurs à trois neurones. Non seulement ne se contentent-ils pas de vomir des propos grossiers, malhonnêtes et, dans notre cas, aussi homophobes, mais en plus, ils jouissent des nombreux commentaires souvent violents et haineux qu’ils suscitent chez une partie de la population. D’ailleurs, ils n’ont même pas la décence de les retirer du fil des messages la plupart du temps, au contraire, ils se nourrissent de ceux-ci pour se convaincre de leur importance et de la pertinence de leurs interventions. Avec eux, la liberté de parole a le dos large. Et «l’affaire Legendre» nous le rappelle que trop bien.

D’ailleurs, si je n’ai pas fait de chronique, avant aujourd’hui, sur ce qui est arrivé à Joël, c’est que je ne parvenais pas à décolérer de ce qui a été dit ou écrit par certains à ce sujet. J’ai bien écrit sur ma page Facebook que j’étais écœuré des Martineau et Ravary de ce monde et que le camion d’ordures passait le matin et qu’ils devraient s’assurer d’être sur le trottoir quinze minutes avant pour ne pas manquer leur lift, mais cela ne m’a pas soulagé. Après quelques jours je l’ai retiré. Effectivement, être bête et méchant n’est pas satisfaisant. En fait, ce qui avait déclenché ce message, c’est effectivement les interventions de Martineau et de Ravary sur leur blogue respectif du Journal de Montréal ainsi que le topo remixé de l’émission J.E. présenté à TVA sur la fréquentation dudit parc.

En ce qui concerne J.E., je ne dirais rien de plus que «poubelle» pour l’ensemble du topo. Pour ce qui est de Richard Martineau, je ne peux que reprendre le commentaire de Denis-Daniel Boullé qui rappelait dans sa chronique d’avril dernier un propos tenu dans une entrevue accordée au magazine Fugues, en avril 2002, afin d’illustrer toute l’hypocrisie de cet être nauséeux.

« Cela me fait penser à la Montagne. Les gens critiquent le fait que les homosexuels y baisent avec n'importe qui, mais je me dis que s’il y avait une Montagne ou un Parc Lafontaine où les gars et les filles peuvent se rencontrer, il y aurait du monde en maudit. Ce serait plein tous les soirs, et j'aurais fait mon tour pas mal souvent à l'époque. C'est certain aussi que les gars ont une sexualité avec une drive plus forte» Voilà ce que déclarait le chroniqueur qui nous joue la vierge effarouchée aujourd’hui.

À cette époque il semblait rêver de pouvoir «se chatouiller le poireau, se polir la banane ou s’étrangler le dindon», d’ajouter Denis-Daniel. Je vais donc m’attarder sur le texte de Lise Ravary «Joël Legendre et l’intérêt public», publié le 14 mars dernier. Ce texte, je l’ai qualifié de torchon sur ma page FB et je me suis assuré de «taguer» celle qui loge au club des trois neurones afin qu’elle le sache.

Je ne reprendrai pas ici tout le propos de Ravary, car je pourrais argumenter sur chacune des phrases qu’elle a écrites tellement elles sont vicieuses et empreintes de préjugés judéo-chrétiens. Je ne peux cependant passer sous silence le lien qu’elle fait avec la situation de Joël et les statistiques, qui  l’arrange, sur «l’infidélité» des couples gais afin de soutenir sa conclusion sur le mariage entre conjoints de même sexe et de son impact sur la famille et les mœurs.

«L'infidélité existe dans les couples hétéros, mais ce n'est pas une norme de vie pour la plupart. La fidélité sexuelle demeure un idéal, en partie parce qu'elle assure une filiation claire. Mais ce n'est pas tout: sans porter de jugement moral sur l'infidélité, pas besoin d'avoir fait des études universitaires pour craindre qu'elle ne fragilise les couples. Et les familles. C'est surtout en raison de toutes ces questions complexes que l'affaire Joël Legendre est d'intérêt public. Sauf que nous n'avons pas la maturité comme société d'en parler ouvertement. Lorsque nous nous sommes lancés à corps perdu dans le mariage homosexuel, personne n'a osé lancer un débat sur les impacts à long terme sur la famille et sur les moeurs ».

Encore en recopiant cet extrait, je suis en tabarnak. Comment une tentative de branlette à deux dans un parc devient-elle le point culminant qui devrait remettre en question les mariages des gais et des lesbiennes, de nos modèles familiaux et des mœurs sociales? Si Ravary veut vraiment aller sur ce terrain, elle devrait davantage remettre en question le mariage hétérosexuel. Elle pourrait se référer au nombre de signalement à la DPJ (1209 signalements de mauvais traitements ont été retenus en 2011-2012) et aucun ne semble provenir d’une famille homoparentale, comme par hasard, sinon ça fait longtemps que cela aurait fait la Une des médias. Elle peut se baser aussi sur les données des agressions sexuelles commises sur des enfants par le père ou beau-père. Elle pourrait regarder du côté de la violence conjugale, à moins qu’elle ne préfère analyser le comportement des hommes mariés qui s’offrent pour pas cher bien souvent une travailleuse du sexe. Elle pourrait prendre en compte le taux de divorce qui se situe autour de 50%, bon an mal an, ou analyser le registre des contraventions, comme celle que Joël a reçue, pour voir que plusieurs bons papas se sont fait pogner les culottes baissées dans de nombreux parcs. Mais pour se faire, il faudrait qu’elle et les membres du Club des trois neurones soient capables justement d’activer quelques neurones de plus.

Il n’y a pas à dire, Joël Legendre ne méritait pas le traitement reçu ni la déferlante de commentaires homophobes et violents dont il a été la cible. Même celui qui a tué son beau-fils Jérémy et la mère de ce dernier, à force de mauvais traitements n’ont pas eu ce genre de traitement. (voir ma chronique Jérémy n’aura jamais 5 ans).

Mais ça, ce n’est pas pareil, ils n’avaient pas le malheur d’être homosexuels, eux!

Steve Foster  

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