Kim Maurice - Porno gaie

Les «dessous» du web, ou l’art «d’habiller» les sites pornos

Julie Vaillancourt
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Kim Maurice

À priori, j’avais rendez-vous avec la web designer Kim Maurice au resto Frites Alors! Dû à une trop grande affluence (!), nous nous sommes dirigées vers Les Cavistes, un bar à vin huppé. Déjà nous pourrions établir un parallèle entre l’industrie de la restauration — voire la majorité des industries de services — et celle de la porno. Tout dépend du consommateur, de ses choix, de ses envies. Il crée l’offre, puisqu’il en (re)demande. Tout comme la restauration, l’industrie du porno propose de multiples alternatives, du fast food, à la grande classe, en passant par diverses niches.

Certes, trêve de parallèles, enchainons avec la question qui nous brûle tous les lèvres : « Qu’est-ce qui mène une jeune femme de 36 ans, s’identifiant comme queer, à travailler en tant que web designer pour l’industrie du porno gai et hétéro? » Verre de vin à la main, Kim Maurice répond à mes questions, d’un air amusé et passionné.
 
«C’est simple, par amour du porno! J’ai toujours aimé la porno comme consommatrice et je suis passionnée par le domaine», avoue franchement Kim, avant d’enchainer à la blague « que son père était acteur porno ». Si le paternel de Kim n’était pas un célèbre acteur porno, il en fut un consommateur, d’où l’influence enchaine Kim : « J’ai eu l’occasion de voir ses Playboys, je regardais même certaines de ses VHS », qu’elle prenait soin de rembobiner, précise-t-elle, afin de ne pas être démasquée. 
 
Plus tard, suite à des études en informatique de gestion, afin de faire de la programmation, Kim se dirige vers le multimédia, le web design et l’ergonomie : « Dans mon temps, le bac en design c’était pas super à la mode. Ça fait presque 14 ans que je fais du web design ». En 2008, Kim quitte pour l’Asie, pendant 2 ans, afin de nourrir sa passion pour ce coin de pays, la photographie et la vidéo, puis revient dans la métropole, à la recherche d’un emploi. De fil en aiguille, elle décroche un boulot chez Brazzers. Elle travaillera 2 ans pour cette grande boite de sites pornos web hétéros, où elle y fera le design du site: « J’ai embarqué là dedans vraiment vite! Il faut dire que j’avais déjà un intérêt et que j’étais curieuse! Tout le côté marketing de cette industrie m’attire! Avant tout le site doit rapporter beaucoup d’argent. » 
 
Pour amener l’entreprise à faire de l’argent, il faut amener le consommateur à cliquer, présenter des interfaces qui inciteront le consommateur à la luxure. Encore une fois, l’offre et la demande! Plusieurs sites d’autres industries, comme le jeu vidéo, ont les mêmes techniques de marketing, m’explique Kim. « En Thaïlande, on vend de l’hypnose par le web marketing », ajoute celle qui y a jadis travaillé…
 
Par la suite, Kim intègre les rangs de l’entreprise Stunner Media, pour laquelle elle travaille à plusieurs sites web de vedettes de la porno gaie , tel Blake Mason (un site britannique de vidéo gay amateurs, fort populaire), ou encore pour le Gay Life Network (un site spécialisé twinks). Si plusieurs gais lisant cet article rêvent présentement d’obtenir le poste de Kim, qu’en est-il de la principale intéressée? « Même si j’ai une blonde, la porno gaie m’allume, comparativement à la porno straight que je trouve trop clichée. Dans la porno gaie, j’aime le power de l’homme, la vision subjective de la masculinité et je me reconnais parfois là-dedans.» 
 
D’ailleurs, Kim m’explique les niches; les twinks, de jeunes garçons au look androgyne ou encore les bears, plus virils et musclés. Outre ces deux opposés, « chaque jour, je découvre de nouvelles tendances, c’est impressionnant; ceux qui tripent sur les pieds, ou encore les fraternity, des étudiants délabrés… évidemment dans ces productions, tout est stagé ». Ou encore le « gay for pay, des hétéros qui sont payés pour avoir des relations homosexuelles ». Ce sont les « tendances » hot du moment, les films populaires auprès des consommateurs. 
 
Qui dit film, dit mise en scène, appuie Kim : « pour moi la pornographie, c’est comme du théâtre. Tout est mis en scène. J’aime voir deux personnes faire du sexe devant la caméra », explique celle qui aura l’occasion dans les prochains mois de visiter un plateau de tournage. L’excitation est palpable, venant de celle qui jadis aurait aimé être actrice porno (à l’époque où elle était célibataire).
 
Si Kim aime son métier, le jugement des autres demeure inévitable. Si d’un côté certains de ses amis gais veulent ses mots de passe pour pénétrer sur le site de Blake Mason, d’autres sont fâchés de voir qu’une fille lesbienne consomme de la porno gaie. La réaction des femmes à l’égard de son métier est tout aussi mitigée: « Certaines me disaient que j’encouragerais la dégradation de la femme, la femme-objet et la domination de l’homme, en travaillant dans la porno straight. Maintenant, certaines de ces mêmes amies féministes trouvent ça cool que je travaille dans la porno gaie…l’homme-objet, ça, c’est correct! Bien sûr, le vieux cliché des scènes lesbiennes, faites par deux femmes hétéros aux gros seins et grands ongles, je trouve ça ridicule », souligne Kim sur cette idée du fantasme hétérosexuel masculin. 
 
Dans l’industrie de la porno, il y a de multiples représentations et clichés. L’exploitation des travailleurs y est présente comme dans toute industrie, mais il y a aussi des gens qui aiment leur travail, que ce soit pour le travail en lui-même, l’argent et/ou la célébrité associée à la remise d’un prix. 
 
« Pour les produits sur lesquels je travaille présentement, je ne sens pas qu’il y a d’abus ou de violence. Pour moi, c’est du sexe, ce n’est pas faire l’amour. Et faire du sexe pour un public, c’est autre chose : une industrie. » En tant que web designer, Kim m’explique que son nom en tant que professionnelle associée à la porno, est quelque peu «sali», de par les préjugés que les gens portent sur le domaine : « J’étais fière de travailler chez Brazzers, c’est une grosse entreprise, ça a été formateur et mon site générait des milliers de dollars par mois! Maintenant, je suis chez Stunner Media et ça me passionne, mon équipe est formidable ». 
 
Or, les goûts et les couleurs ne se discutent pas, n’est-ce pas? Si vous travaillez dans l’industrie du porno, il y a de grandes chances que vous aimiez le porno, ou ayez une certaine affinité pour le sujet… Si vous allez chez St-Hubert, c’est nécessairement parce que vous aimez le poulet. Ce poulet est-il bio? A-t-il été maltraité? Est-ce meilleur pour la santé de consommer de la salade? Est-ce mieux la crémeuse ou la traditionnelle? Bref, trêve de parallèles…
 
 
Pour en savoir plus sur la web designer Kim Maurice, 
visitez son site web : www.kimmaurice.com 
 
Pour voir certains « dessous » du web sur lesquels Kim a travaillé :
 
Soyez averti du contenu explicite de ces sites…