Par ici ma sortie — nous et la société

Contrepoint aux commentaires de Marc de Foy

Denis-Daniel Boullé
Commentaires
Denis Daniel Boule

Les propos malheureux de  Marc de Foy ont suscité l’ire dans la communauté LGBT au point où le journaliste a dû présenter des excuses. En fait, il ne faisait que reprendre la doxa populaire sur le fait qu’homosexuel et sportif c’était simplement incompatible.


«  J’ai hâte de remettre l’équipement pour aller frapper quelqu’un!», a-t-il lancé. Venant de la bouche d’un homosexuel, ça fait drôle à entendre, avouons-le ».

Voilà la petite phrase qui déclenché un tollé de protestations. Soulignons au passage que le reste de l’article, dans lequel Marc de Foy rappelle que d’autres stars du monde du sport ont pavé la voie à Michael Sam, est plutôt sympa comme texte. Comme tout le monde, j’ai sursauté en lisant le commentaire du journaliste. Tout comme j’ai sursauté en lisant les propos retranscris du joueur. Personne ne s’est étonné qu’un gai puisse sans la moindre interrogation endosser le discours et le comportement d’un vrai mâle hétérosexuel qui a des couilles et qui veut le démontrer. En fait l’idéal du gai, partagé par beaucoup dans la communauté et même par certains dirigeants d’organismes communautaires LGBT, une homosexualité invisible : le fameux ça ne se voit pas. Ce qui en dit long sur le discours LGBT sur le droit à la différence. Acceptable quand elle est invisible peut-être ?

Mais tellement béat d’admiration un peu naïve sur l’arrivée du joueur Michael Sam dans les rangs des Alouettes que les propos du joueur sont absous de tout commentaire, de tout jugement. Quant au journaliste, aucun cadeau, à la limite du lynchage sur la place publique pour avoir dérapé face au politiquement correct de nos temps. 

Certes comme communauté, nous devons rester vigilants face aux attaques homophobes et transphobes. Encore devons-nous les évaluer et apporter la réponse appropriée et proportionnée avant de s’exciter les poils des jambes. Réponse appropriée et proportionnée comme celle dans l’article de Samuel La Rochelle sur le site de Fugues par exemple. À moins que grâce aux chartes, aux lois, aux appuis de nos « alliés », nous soyons devenus des vrais chiens de garde prêt à monter aux créneaux dès qu’une mèche n’est pas bien à sa place, dès qu’un bouton de l’uniforme est mal cousu. Et de sonner l’hallali pour le mécréant qui ne respecte pas les versets du politiquement correct, même si le mécréant a la taille d’une souris. Mais il est plus facile de s'attaquer aux souris qu’aux loups. 

Certes, nous devons rester vigilants face à l’homophobie et à la transphobie. Mais ne devenons pas non plus des ayatollahs de la pensée unique, condamnant avec force le moindre écart. N’utilisons pas un bazooka pour tuer un moustique. Mais sachons le sortir quand il le faut au lieu d’être le plus souvent silencieux. 

Certes, nous devons rester vigilants face à l’homophobie et à la transphobie. Mais pourquoi cette vigilance ne devrait-elle s’appliquer qu’aux hétéros ? Pourquoi ne commencerions-nous pas à balayer devant notre porte ? Le fait d’« en être » absoudrait de notre part tous les LGBT, certains médiatisés, qui dérapent et qui ne sont jamais dénoncés sur la place publique, ni sommés de s’excuser, ni même ne font l’objet d’articles dans les médias. Pourquoi serions-nous épargnés ? 

Mais peut-être, face à ces montées de lait rapides, face à cette difficulté à porter un regard critique sur nos communautés LGBT, souffrons-nous encore comme groupe social d’une grande insécurité et d’un manque de maturité ?