Questions de société

Derrière les portes closes

Steve Foster
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Steve Foster

Il y a quelque temps, j’ai écrit sur ma page Facebook mon humeur du jour à la suite de propos peu glorieux tenus par certains à l’endroit d’une personne et d’un organisme de nos communautés. Ce « lynchage » public m’a profondément dérangé, d’autant que j’ai de l’estime pour certaines personnes qui y ont participé et que je connais bien.

Ce qui m’a troublé davantage c’est que ces militantes et militants revendiquent le respect, la dignité, l’égalité et la solidarité et que leurs comportements sont à l’opposé même de ces valeurs. Il est clair que le milieu communautaire LGBT, comme l’ensemble du communautaire « hétéro », n’est pas exempt de conflits plus ou moins importants. Au cours des neuf années où j'ai été à la barre du Conseil québécois LGBT, il y en a eu quelques-uns. 
 
Et je l’avoue, certaines personnes impliquées de près et de loin dans des organismes ou dans nos communautés m'ont fait royalement suer et je les ai fait suer aussi, j’en suis convaincu. J'ai eu quelques querelles et des différents profonds avec certain(e)s et parfois quelques-un(e)s m'ont mis des bâtons dans les roues et ont voulu me discréditer. Je me suis même vu ne plus collaborer avec une ou deux personnes tellement les relations étaient invivables. Sans oublier que j'ai eu à composer avec les humeurs, les stratégies et l’ego de certain(e)s et du mien parfois, et cela a amené des situations qui, disons-le, n'ont pas toujours été de tout repos. Et même si le comportement de quelques-uns me mettait hors de moi à certaines occasions, je me suis fait un devoir de ne jamais descendre en flèche une personne ou un organisme publiquement ni en mon nom ni en celui du Conseil.
 
J’ai toujours pensé que l’espace public n'était pas l'endroit pour laver notre linge sale lorsqu’un conflit ou une mésentente éclatait entre des individus ou des organismes. Outre le fait de susciter une enflure des propos, rien de positif ne peut en sortir. Les gens, qui ne sont pas initiés à l’environnement dans lequel le conflit prend place, n’en n’ont rien à cirer des querelles intestines. De plus, nous voyons bien souvent qu’un seul côté de la médaille ou encore qu’une demi-vérité qui arrange le ou les protagonistes qui ont décidé de faire une brassée au grand air. Sans oublier que déchirer nos chemises à la vue de tous envoient un bien mauvais message à nos allié(e)s et à nos partenaires dont nous avons tant besoin pour faire avancer nos causes et nos orga-nismes. Et que dire des élu(e)s qui nous voient nous déchirer devant tout le monde.
 
D’aucuns diront que laver notre linge sale derrière les portes closes, qui parfois sont en verre, n’empêche pas certaines personnes qui ne sont pas concernées par le conflit d’être au courant. C’est vrai, mais en général elles sont dans le cercle immédiat des protagonistes concernés, en fait ces gens sont des initiés du milieu. Certains diront que par cette façon de faire, nous érigeons un faux semblant d’unité et de solidarité qui amène finalement un consensus mou ou encore que nous empêchons le débat et les remises en questions. Pour ma part, je préfère un consensus mou aux champs de bataille où il ne reste que des cadavres à la fin de l’altercation. Des morts, ça ne peut plus revendiquer grand-chose! D’autres encore diront que nous devenons plus des gestionnaires que des militants et que de ne pas vouloir déplaire ni au gouvernement ni à personne, nous semblons davantage concernés par nos «images corporatives» que par la cause, comme si l’un ne pouvait pas aller avec l’autre. 
 
Pour ma part, j’ai toujours préféré que nos différends se règlent derrière les portes closes ou dans les «coulisses du pouvoir», quitte à ce que de temps en temps nous ayons quelques bonnes engueulades ou dans le pire des cas que nous fassions route à part. Personne ne mérite de se faire humilier publiquement. Il ne faut jamais oublier, même si parfois cela peut être difficile, que chaque personne impliquée dans un orga-nisme a le profond désir de faire avancer la société et nos droits. Chacun(e) à leur manière, et très souvent bénévolement, ne compte pas les heures et les efforts pour y parvenir. Il est vrai que nous sommes toutes et tous différent(e)s et iln'existe pas une seule façon de faire les choses et même avec les meil-leures intentions nous faisons des erreurs, moi y compris. Mais qui sommes-nous pour décider pour l'autre ce qui doit être dit ou fait, exiger d’avoir la même stratégie d’action et de réaction? 
 
Heureusement, les conflits ne sont pas monnaie courante. Et si parfois les rapports sont plus houleux, nous devons juste nous assurer qu’ils n’aient pas le meilleur de nous. Rappelons-nous que nous défendons des valeurs de respect, de justice, d’égalité et de solidarité. Assurons-nous de ne pas perdre des gens de grande qualité qui pourraient contribuer à créer une société meilleure pour nous tous et toutes, et ce parce que nous utilisons l’espace public pour régler nos comptes.