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La campagne électorale : c'est parti !

Denis-Daniel Boullé
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Pour beaucoup de Canadiens, c'est un exercice qui ressemble à une corvée, voire une punition. Une lassitude qui se fera peut-être sentir lors de la journée électorale par un fort taux d'abstention. Déjà sur les réseaux sociaux, les médias télévisuels, les messages des leaders concoctés par des « experts » en communication ressemblent à la mise en marché d'une lessive qui laverait plus blanc que blanc. 

Alors qu'on sait que le produit n'a jamais fait disparaître les grandes taches qui assombrissent depuis longtemps le quotidien des biens moins nantis. Ces « experts » ont déterminé que la masse critique était la classe moyenne — qui serait au Canada la plus importante de tous les pays développés — qui formera la majorité des électeurs. Les autres secteurs de la population, les aînés, les jeunes, les LGBT, et découpés par tranches professionnelles ou d'activités, apparaissent dans les programmes, mais ne seraient pas des enjeux.

Mais en réalité, qu'en est-il pour les communautés LGBT ? Où ira le vote rose ? Massivement d’un côté ou sera-t-il aussi divisé ? Il est vrai qu’en termes de droits, il n'y a plus grand-chose à réclamer, sinon pour les personnes trans ; de même qu'en termes de subventions, la majorité du financement vient du provincial et non du fédéral (sauf au niveau du financement des grands événements qui susciteraient le tourisme ou la création d’emplois). Cela dit, la question du financement des organismes sida, qui dépend beaucoup du fédéral, devraient intéressées certains par les propositions de chacun des partis en termes de soins et de prévention et bien entendu de subventions.

Le temps semble révolu où le cœur des minorités sexuelles se tournait automatiquement vers des options politiques progressistes. Le choix pour les électeurs LGBT se définira plus sur des grands enjeux de société que sur les enjeux des communautés LGBT. D'autant qu'il serait surprenant que le Parti conservateur revienne sur la question du mariage homosexuel au grand désarroi de son électorat le plus à droite.

Il n'y a pas d'études menées auprès de la population LGBT sur ses allégeances politiques. Peut-être découvrions-nous qu'elles ne sont pas si différentes de l'ensemble des Canadiens. On peut cependant croire que les votes se porteront vers des partis qui se sont engagés, dans le passé, pour l'égalité en matière d'orientation sexuelle et de genre.

Ce qui est sûr, c'est que les LGBT sont aujourd'hui courtisés par les grands partis, excepté par le parti conservateur. Il y a 15 ans, rares étaient les élus qui osaient ouvrir le défilé. Aujourd'hui, ils se battraient presque n'hésitant pas à rappeler que leur parti a été un fer de lance dans la reconnaissance des droits LGBT et de l'ouverture au mariage. Un rapide retour dans l'histoire montrerait que cet engagement ne s'est pas fait sans difficulté, sans grincement de dents. Pour ne prendre que cet exemple, n'eût été la détermination de Martin Cauchon, ministre de la Justice sous un gouvernement libéral, nous attendrions encore le mariage gai, tant Jean Chrétien, alors premier ministre, ne voyait pas l'intérêt d'avancer dans ce dossier. Le mariage est passé quelques mois avant l'arrivée du Parti conservateur au pouvoir. Nos communautés ont eu chaud.

Le retour sur la scène politique de Gilles Duceppe, ex-député bloquiste de Laurier-Sainte-Marie, malgré sa grande ouverture risque de donner des maux de tête aux indépendantistes et aux souverainistes, qui veulent en même temps mettre un terme à plus d'une décennie du gouvernement Harper. Un vote pour le Bloc québécois pourrait être vu comme une manière de diminuer les chances du NPD et du PLC, de prendre le pouvoir, et de favoriser un quatrième mandat pour Steven Harper, au mieux minoritaire, au pire majoritaire.

Reste que chefs de partis et candidats devraient tous là lors de la journée communautaire et du défilé de la Fierté. Opportunisme diront certains ? Pas vraiment. Comme, dans d’autres groupes ou communautés, leur absence serait perçue comme un désaveu de l'importance de nos votes. Ils ne peuvent plus, aujourd'hui, se soustraire à l'exercice. Et, parmi eux, certains ont été de presque tous les défilés, ambassadeurs au sein de leur formation politique de nos revendications, en des temps où ils démontraient un réel courage. Sans oublier, ceux qui aujourd'hui adorent ces deux jours de fête aux couleurs de l'Arc-en-ciel et pas seulement en temps d'élection. D’ailleurs, Justin Trudeau, chef du Parti libéral, a retardé son point de presse lors du lancement de la campagne électorale, le 2 août… parce qu'il participait à la Gay Pride de Vancouver.

Le Parti conservateur a toujours montré une résistance envers les communautés LGBT, proches de l'idéologie évangéliste, qui s'est toujours opposé à l'homosexualité, à l'avortement. Les militants conservateurs n'ont jamais été nos alliés — bien au contraire — il ne faudra surtout pas l'oublier le jour de l'élection.