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Les extrémistes religieux : front commun contre les LGBT

Denis-Daniel Boullé
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Denis Daniel Boulé

Un extrémiste juif a poignardé des marcheurs lors de la Gay Pride de Jérusalem. Un orthodoxe. Surement de la même obédience que ceux qui ont mis le feu à une maison de Palestiniens brûlant vif un nourrisson. Au nom de leur foi, la vie de l'autre n'a plus aucune importance. Ce n'est pas mieux du côté des extrémistes musulmans où des gais sont arrêtés, emprisonnés et dans certains cas lapidés, pendus, ou jetés de toits d’immeubles. Ou encore des extrémistes évangélistes pour qui un bon gai est un gai mort. Sans oublier les extrémistes catholiques par la bouche de certains cardinaux qui martèlent leur haine des homosexuels, jusqu'à souhaiter leur mort comme l'a fait récemment un évêque allemand, Vitus Huonder, en citant les deux versets du lévitique réclamant la mise à mort de celui qui coucherait avec un homme comme avec une femme.   

Catholiques, juifs, musulmans, évangélistes, se réfèrent à un même Dieu auxquels ils prêtent selon leurs livres des projets si différents qu'ils ne peuvent s'entendre les uns avec les autres. En somme, chaque école tend à prouver qu'ils sont au plus près des voies que l'on dit impénétrables du Seigneur. Pour tous les fanatiques religieux, le respect de la vie est secondaire si elle s'écarte du droit chemin qu'ils tracent et que nous devrions suivre. Au nom de leur foi, ils se sentent légitimés à se conduire comme des barbares et à se livrer à une compétition sans merci. Du genre ma religion et ma foi sont plus grandes que les tiennes, et peut-être les évaluent-ils en fonction du nombre de morts qu'ils laissent derrière eux.
 
La haine des LGBT
Mais il est un point d’accord sur lequel ils sont capables de marcher bras dessus, bras dessous, c’est quand il s’agit de l’homosexualité. Ils peuvent ainsi ouvrir les manifestations des opposants au mariage pour tous, unis pour l’occasion dans la même aversion des personnes LGBT. Quitte à reprendre une fois la marche terminée leurs vieilles animosités séculaires. Les LGBT cristallisent leur haine. Certains de ces religieux n’hésitent pas à y voir l’œuvre de Satan dont les LGBT seraient l’armée visant à détruire l’humanité. D’autres considèrent les LGBT comme les alliés objectifs du grand complot mondia-liste judéo-maçonnique. On pourrait en rire si des sites, des médias, des hommes et des femmes politiques ne reprenaient pas en tout ou partie les mêmes arguments. On pourrait en rire si des gouvernements n’abondaient pas dans leur sens justifiant des lois antigaies au nom de la tradition et de la religion de leur peuple, comme en Russie et dans d’autres pays. On pourrait en rire si, au fil des jours, des gais, des lesbiennes, des trans n’étaient pas agressés, torturés, arrêtés, ou mis à mort.
 
Il n’est pas question ici de s’en prendre à ceux et à celles qui vivent leur foi sur un ton plus doux, ceux et celles qui considè-rent que leur religion est avant tout fondée sur l’amour et l’accueil de l’autre ou encore qui condamnent toute forme de violence. D’autant que certains de leurs représentants ont adouci leur discours face à l’orientation sexuelle ou au genre. Et l’on applaudit devant ces minces soutiens, ces très timides avancées. Mais quand a-t-on vu un iman, un prêtre, un rabbin, un prêtre orthodoxe, ou tout autre officier d’un culte déclarer fermement et publiquement son indignation face aux crimes homophobes et transphobes ? Un simple «c'est pas bien» n'est pas suffisant.
 
Le silence des modérés
Mais peut-être ce qui me gêne le plus, c’est la rhétorique souvent adoptée et mise en avant des modérés. Leur argument, c'est qu'ils n'ont rien à voir avec les extrémistes qui s'expriment au nom de leur foi, et donc qu'ils n'ont ni à condamner, ni à se dissocier de ces fondamentalistes. Si ce n'est que mous ou durs, ils se réfèrent aux mêmes chapelles.
 
Je ne souscris pas à cette analyse des mo-dérés. À rester silencieux, ils deviennent complices par défaut des extrémistes. En ne dénonçant pas publiquement leur désaccord et leur opposition à toute forme de barbarie, y compris celle contre les gais, ils endossent implicitement le discours des extrémistes. À croire qu'ils laissent aux branches radicales de leur religion faire le sale boulot. Au mieux, un crime homophobe ou transphobe pour eux, « C'est pas bien... mais ce n’est pas grave non plus ».
 
Bien sûr, au Québec, les extrémistes religieux sont plutôt discrets. Pourtant, aux États-Unis et en Europe, les discours homophobes, des plus faibles aux plus dangereux, ont régulièrement cours et reçoivent l’attention des médias. On s’en prend au LGBTisme qui gangrènerait toute la société, qui règnerait sans partage dans le monde des médias – électroniques compris –, ferait la pluie et le beau temps dans le monde de la culture, et pervertirait aujourd’hui la jeunesse avec la bénédiction des ministères de l’Éducation par l’introduction de programmes sur la diversité sexuelle et le genre. Et les croyants modé-rés se contentent d’exprimer du bout des lèvres leur désir de tolérance. Rares sont les exceptions, comme l'Église unie du Canada, ou encore un religieux, comme Raymond Gravel, qui non seulement tiennent des discours d'ouverture mais les pratiquent quotidiennement.
 
Il me serait difficile de terminer sur le religieux extrême face aux communautés LGBT sans rappeler que les grandes religions monothéistes sont le fait des hommes, et qui servent généralement leurs propres intérêts. Les femmes – au nom de la complémentarité naturelle qui se calque sur la conception divine - sont maintenues dans un état d'infériorité. Rares sont les branches religieuses qui ordonnent des femmes. La primauté de l'homme règne sans partage. Et il est vrai que les féministes et les LGBT ne cessent de faire trembler les colonnes du temple.