Mado est au Boutte

J’ai rien foutu de l’été

Mado Lamotte
Commentaires
Mado lamotte

Pis, avez-vous eu un bel été? Avez-vous réussi à faire tout ce que vous vous étiez promis de faire? Avez-vous profité du beau temps? Avez-vous chialé chaque fois qu’il pleuvait ou qu’il ne faisait pas assez soleil à votre goût? Moi je n’ai rien fait de ce que je pensais faire, mais j’ai trouvé le moyen de jouir de l’été au maximum en faisant rien pantoute. Je sais que ça fait pas de sens ce que je dis, mais depuis quand ça fait du sens quand j’ouvre la bouche… pour parler. 

Hey que j’aurais donc voulu sortir de la ville pour respirer l’air frais de la campagne, et je ne parle pas de l’odeur nauséabonde que dégage cette interminable campagne électorale qui nous est tombée dessus en plein mois d’août, ne serait-ce que pour batifoler dans un champ de blés d’Inde ou pour nourrir des poules en liberté sur une ferme, mais, rien de tout ça, je suis restée les deux pieds collés sur l’asphalte craquée des rues de Montréal et je me suis contentée des étals de blés d’Inde du Marché Atwater et j’ai regardé mes drags queens courir comme des poules pas de tête sur la scène de mon cabaret. Mais pas parce que je n’ai pas quitté la grande ville que je ne me suis pas évadée dans la nature montréalaise, qui est beaucoup plus luxuriante que voudraient le croire les 450 qui ont choisi la banlieue sous prétexte qu’il y a plus d’espaces verts.
 
Détrompez-vous amateurs de piscines hors terre et de sets de patio en osier, Montréal est une ville de nature, quand on sait la trouver. Cet été, j’ai déambulé pendant des heures au Jardin botanique, oh comme c’est beau, sans jamais me soucier une seule fois qu’à quelques pas de moi un essaim d’êtres humains vaquait à ses activités quotidiennes. J’ai lu des journées entières au son du coincoin des canards près de l’étang du Parc Lafontaine ou allongée dans l’herbe souillée de butchs de joints sur le Mont-Royal ou encore sur mon balcon à l’ombre du gros peuplier qui me protège des regards indiscrets. J’ai piqueniqué à la salade de patates et au lobster roll sur le bord du fleuve à Verdun avec ma chum Mérielle et j’ai roulé en Vespa aux quatre coins de la ville avec mon p’tit Momo accroché à mes hanches, romantique vous dites, je fermais les yeux et j’étais Audrey Hepburn dans Roman Holiday. Je me suis imaginé en vacances à Ogunquit à la plage de l’Horloge dans le Vieux-Port devant les bateaux de plaisance à me dorer la couenne et jouer au crible avec ma sœur Nicole, avec pour décor de fond le pont Jacques-Cartier et le marché Bonsecours, vraiment pas banal je vous jure. 
 
Mado
Mado / Fringe drag race
 
Et comme Montréal regorge de festivals et d’activités, le tout concentré en 2 petits mois, je m’en suis donnée à cœur joie lors de mon spectacle Mado’s Got Talent présenté devant des milliers de personnes conquises par mon immense talent!! Et je dis ça en toute humilité. J’ai même regardé au complet, oh souffrance, les feux d’artifice de la France, cossé ça c’te musique plate-là et faites taire ces maudites voix de clowns aliénantes. J’ai aussi éclaté de rire cent fois plutôt qu’une pendant la fameuse Drag Race du Fringe Festival alors que les meilleures et les pires drags queens s’affrontaient dans une folle course à obstacles. J’ai aussi reluqué du beau latino pendant la vente trottoir de la plaza St-Hubert et je suis tombée en amour mille fois en parcourant les rues de la petite Italie à vélo pendant le festival de la semaine italienne. Mama Mia, emmenez-en des machos à grosses chaines dorées pognées dans le poil de torse, chu capable d’en croquer du bon gros cannelloni farci! Et j’ai dansé les boules à l’air et j’ai frenché à en perdre ma langue pendant le T-Dance de la fierté gaie, avec les plus beaux spécimens de mâles en chaleur qui me prouve encore que Montréal n’a rien à envier à Daytona Beach. 
 
Ouf, quand je vous disais que je n’avais rien fait de l’été! Mais même si j’ai l’air de quelqu’un qui a passé son été à courir après le party, je ne suis pas allée me noyer dans une mer de tatoués à casquettes Ed Hardy et de pitounes en micro bikinis vert fluo au Beach Club de Pointe-Calumet lors de la visite de Justin Bieber, le prince des douchbags, ni lors du tournage de l’épisode «pour débiles avertis» de la série des nunuches par excellence, les tellement trop médiatisées insignifiantes sœurs Kardashian. Je ne suis pas allée faire le line-up pendant deux heures avec des centaines d’adolescents boutonneux qui textent même assis dans les manèges à La Ronde. Je ne suis pas allée non plus voir les animaux mourir d’ennui dans leur cage devant des meutes d’enfants hystériques et je ne me suis pas fait engloutir par une famille de bougons dans la piscine à vagues (qui me rappelle un peu trop la soupe aux pois de ma grand-mère) au zoo de Granby. Je ne suis pas allée non plus, même si j’en rêvais plus que tout au monde, au mariage de Julie et de PKP. Mon invitation a dû se perdre dans le courrier ou bien elle était dans une boite postale communautaire dé­truite par le maire Coderre. 
 
Et mon plus grand regret sera de ne pas avoir eu le temps d’aller me faire brouter le minou par un loup affamé dans la forêt enchantée du Camping Plein Bois et de n’avoir pu me faire chevaucher par un dromadaire à grosse bosse dans les dunes du Camping de la Fierté. Je ne serai pas allée non plus tremper dans un des 521 lacs des Laurentides, mais j’aurai fait des visites de courtoisie au Gi-Joe pour profiter de leur nouveau bain-tourbillon (oui, oui, juste pour ça) et pour me gaver de hamburgers gratis (on est cheap pis on s’assume) sur la terrasse le dimanche. Et comme j’aime le café autant que la crème glacée, j’ai fait le tour des mille et un cafés du Village, ah le bon café de Pourquoi Pas, re-ah le bon café moka glacé du Cacao 70, miam le bon gâteau brésilien au maïs de Chez Padoca et re-miam les meringues du Café en un éclair. Et comme je ne suis jamais en reste d’une bonne crème glacée, j’ai savouré la bonne gelato des 2 Sorelle, j’ai bavé la bouche pleine de crème glacée au caramel brûlé du Havre aux Glaces et je me suis même rendue jusque sur la rue Farmount faire la file chez Kem CoBa, qui est, sans contredit, le meilleur maitre glacier à Montréal. 
 
Mais mon été à ne rien faire ne fut pas que moments de bonheurs et de détente. J’ai combattu non pas un, mais deux virus un après l’autre, un rhume au début juillet et une laryngite fin juillet qui s’éternise encore en toux passagère et en perte de voix fréquente (pas drôle ça fait un mois que je parle comme France Castel et que je me réveille la matin avec l’impression d’avoir un restant du garçon de la veille dans le fond de la gorge) ce qui m’a obligé à écourter mes apparitions au Cabaret Mado pendant quelques semaines et, oh vilain virus comme je te déteste, j’ai dû annuler ma seule représentation du One Mado Show pendant la fierté (ce n’est que partie remise, le 29 octobre au Petit Champlain à Québec et le 31 octobre au Gésu à Montréal). 
Ça m’apprendra à me moquer de tout l’monde en hiver parce que ça fait deux ans que je n’ai pas été malade. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, j’ai braillé ma vie quand mon beau gros Gonzo est tombé du 3e étage, j’ai encore braillé ma vie quand j’ai su qu’il avait la patte disloquée et qu’il fallait l’opérer au plus vite, j’ai encore et encore braillé ma vie quand je suis allée le chercher et que la vétérinaire m’a dit que l’opération avait réussie et qu’il allait s’en sortir et là j’ai vraiment braillé ma vie quand j’ai vu la facture de l’opération à 1500 $ ! 
 
Mais consolation, ce magnifique été à ne rien faire est loin d’être terminé alors que les plus beaux jours de septembre sont devant moi. À moi les pistes cyclables désertées des pédaleurs du dimanche, à moi le Centre-Ville abandonné par les touristes du lundi, à moi les salles de cinéma vidées de la faune adolescente du mardi, à moi les spas des Cantons de l’Est délaissés par les profiteurs de spéciaux du mercredi, à moi les petits soupers en tête-à-tête dans un resto du Plateau dénué d’amateurs d’apporter votre vin du jeudi et à moi les belles soirées au Cabaret Mado débarrassé des enterrements de vie de garçon et des bachelorettes des vendredis et samedis. 
 
Ah oui mes chéris, vivement l’automne que je continue à ne rien faire. La vie peut être tellement plate, pourquoi je me forcerais pas à essayer de me la rendre agréable !