Par ici ma sortie — nous et la société

Juste entre nous

Denis-Daniel Boullé
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Denis Daniel Boulé

On ne cesse de parler d’homophobie et de transphobie, on vante avec justesse le travail de groupes communautaires qui s’attaquent à démystifier les préjugés et les stéréotypes sur les minorités sexuelles. On se félicite d’avoir au Québec une politique de lutte nationale contre l’homophobie. Et même les personnalités publiques s’associent aujourd’hui pour dénoncer toute forme d’abus de langages et de comportements perpétrés dans les écoles et les collèges. Les entreprises se dotent de politiques luttant aussi contre la discrimination des LGBT. Des sessions de formation aux réalités LGBT sont même aujourd’hui organisées pour les employés. Comme il en existe sur le sexisme, le racisme et le harcèlement. Il sera bientôt difficile pour tout Québécois de ne pas avoir reçu une imprégnation de nos réalités et des méfaits de toute forme de discrimination. La lutte contre l'homophobie et la transphobie est en marche, mais destinée à la po-pulation LGBT. Comme je le disais, on ne peut que s'en féliciter.

Mais entre nous, juste entre nous? Qu'en est-il de l'homophobie, de la transphobie, du sexisme, de la lesbophobie, du racis-me? Qu'en est-il du manque de respect qui sévit aussi dans nos communautés?
 
Nous avons tous été témoins des déclarations parfois injurieuses que des gais tiennent sur d'autres gais quand ils ne correspondent au physique, au look, à l'âge ou encore à la couleur de la peau. Et nous pouvons étendre cette constatation à d'autres catégories formant nos communautés. Il suffit de prendre pour exemple, la lente reconnaissance des personnes trans pour voir enfin se développer une solidarité avec leurs revendications. Collectivement et individuellement, nous avons colporté les mêmes préjugés et les mêmes stéréotypes que la population en général. Et même parmi certains leaders, une fois les micros fermés, se laissaient aller à des commentaires des plus sexistes, percevant les lesbiennes et les fémi-nistes comme des folles incontrôlables, ou encore qu'une simple opération chirurgicale et un changement d'apparence réglaient la question. Un passage d'une durée plus ou moins longue, mais qui se fermait quand madame pouvait enfin se faire appeler monsieur ou l'inverse. Et que dire si l'on parle de prostitution ou même dans la lutte contre le sida, du regard et des attitudes face aux séropositifs, qui vivent aussi du rejet parfois brutal de la part de leurs pairs gais. Nous savons aussi recréer nos catégories de parias. Et parfois avec la forme la plus subtile de l'exclusion, c'est-à-dire l'indifférence.
 
On pourrait multiplier les exemples et chacun de nous doit avoir surement des histoires de discrimination entre nous dont nous avons été témoins. 
 
Pour certains, l'incompréhension face aux réalités des autres LGBTI est grande. Comment, lorsqu'on appartient à une catégorie de la population qui a vécu pendant des siècles la persécution, a été considérée plus bas que les prostitués (comme c'est encore le cas dans certains pays), peut-on aussi facilement créer nos propres parias? Inconscience, aucune connaissance historique, manque de connaissance? Difficile de répondre. Comment rappeler que la lutte des droits pour les LGBT est intrinsèquement liée aux luttes féministes? Comment rappeler que les personnes trans et les drag-queens ont été les premières à dénoncer les des-centes policières et les arrestations des gais? Comment faire pour éviter ces comportements à l'intérieur même de nos communautés que nous sommes si prompts à dénoncer quand ils proviennent des non-LGBT?
 
On n'apprend pas à devenir gai, lesbien-ne ou trans. Ou du moins on l'apprend sur le tas, et les premières expériences seront déterminantes dans notre perception de ces différents groupes auxquels on s'identifiera, parfois tout à fait, parfois de loin, et parfois pas du tout. Et au cours de notre vie, nous pourrons changer aussi notre perception des communautés et de la place que nous y trouvons ou non. Ces expériences sont déterminantes dans notre construction. Quand elles sont négatives, elles renforcent des préjugés et des stéréotypes entendus et perpétués par la société en général.?Et malheureu-sement générent du rejet et de l'exclusion pour ceux et celles qui ne cadrent pas avec notre idéal — à atteindre — de l'homosexualité, du lesbianisme et du transgenrisme.
 
On n'apprend pas à devenir gai, lesbien-ne, ou trans. Contrairement à d'autres minorités religieuses, ethniques, dont l'histoire et la culture se transmettent entre générations. Il n'y a pas d'école pour apprendre à vivre avec cette parti-cularité. En fait, rien sinon la volonté pour certains de joindre des groupes communautaires, pour pouvoir partager avec des pairs.
 
En ce sens, il serait bon qu'il y ait de la formation et de la sensibilisation à l'intérieur de nos communautés sur les problématiques des minorités sexuelles. D'une part cela permettrait une plus grande ouverture sur l'autre, et d'autre part de développer une plus grande solidarité les uns envers les autres, de pouvoir faire front commun quand la situation le demande, de briser les solitudes. Si nous sommes aussi exigeants envers les non LGBT dans notre droit au respect, pourquoi ne commencerions-nous par l'être avec nous-mêmes?
 
Une trousse pour de sensibilisation et d'information par et pour les LGBT? Pourquoi pas? 6 Denis-Daniel Boullé