Élections fédérales 2015

Les partis politiques répondent à nos questions

En vue des élections fédérales du 19 octobre prochain, l’équipe de la rédaction du magazine a cru bon de formuler six questions en lien avec des enjeux de la communauté LGBT. Des questions allant du financement d’organismes LGBT québécois à la criminalisation de personnes séropositives en passant par la loi sur la prostitution adoptée par le gouvernement de Stephen Harper en 2014. Notons que le Parti conservateur n’a pas daigné répondre à nos questions.

Tout d’abord, à la première question, qui demandait si «la politique nationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie ne pourrait-elle pas inspirer un futur gouvernement fédéral pour mettre en place une politique semblable à l’échelle du pays ?», les partis d’opposition étaient tous d’accord, à divers degrés, pour adopter une quelconque stratégie pancanadienne. «Si l’exemple québécois s’avère être le meilleur parmi les différentes provinces, alors le fédéral devrait s’en inspirer tout en travaillant ce qui est améliorable le cas échéant», estime le Parti vert d’Élizabeth May qui n’oublie pas le travail de terrain accompli par le GRIS ou Arc-en-ciel d’Afrique, par exemple, en misant sur l’éducation. Tenant en quelques lignes, l’appui du Bloc québécois à une telle stratégie est non équivoque : « Effectivement, nous croyons qu’une telle stratégie devrait être adoptée dans le reste du Canada.» Chez les libéraux de Justin Trudeau, on rappelle que c’est ce parti qui a décriminalisé l’homosexualité et qui a, également et entre autres, adopté la loi sur le mariage des conjoints de même sexe en 2005, sous Paul Martin. S’ils disent vouloir «s’inspi- rer» du modèle québécois, ils insistent que «Lutter contre l’homophobie et la transphobie d’un océan à l’autre requiert la participation active de toutes les provinces, notamment pour développer des stratégies de lutte contre l’intimidation à l’école et contre la cyberintimidation». Rappel historique du côté des néodémocrates aussi, indiquant que c’est leur parti qui a accueilli le tout premier député ouvertement gai, en la personne de Sven Robinson et de la première parlementaire ouvertement lesbienne, soit Libby Davies, une députée sortante. Le NPD est celui qui a déposé le projet de loi C-279, reconnaissant les personnes transgenres dans la constitution (voir la question 4) et dit vouloir lutter contre la discrimination en rétablissant le Programme de contestation judiciaire.
 
Notre 2e question portaient sur le fait que, déjà avant les mesures d’austérité, les organisations LGBT étaient les parents pauvres et faisaient souvent les frais de telles mesures. On demandait aux partis politiques s’ils allaient remédier à la situation ? Les quatre partis ont répondu par l’affirmative ! Leurs réponses allaient, essentiellement, dans le sens de trouver des fonds ailleurs pour financer les groupes communautaires LGBT : le Parti vert, par exemple, voudrait taxer plus les entreprises pétrolières, alors que le Parti libéral mise sur la croissance économique. 
 
La question 3 visait plus précisément la reconnaissance et l’apport de Fierté Montréal à la métropole et à la communauté, qui ne reçoit pratiquement aucun denier fédéral. Là encore, les quatre partis (Bloc, Libéraux, NPD et Verts) ont dit vouloir subventionner une telle association dont les retombées touristiques et communautaires sont importantes. « Si le gouvernement fédéral a adopté une politique de défense des communautés LGBT dans sa politique étrangère, il devrait agir en conséquence au Québec et dans le reste du Canada», ajoute de plus le Bloc québécois de Gilles Duceppe. Sauf le NPD, les autres partis, soit ouvertement ou à mots plus couverts, blâment carrément les politiques conservatrices de Stephen Harper pour cet état de fait.
 
On le sait, le projet de loi C-279 reconnaissant les personnes transgenres a été voté à la Chambre des communes en 2014, mais voilà que les sénateurs conservateurs font obstruction dans la chambre haute et ne l’ont pas adopté… Qu’ont-ils donc l’intention de faire pour que cette loi voie finalement le jour ? Le Parti vert dit vouloir travailler avec les autres partis pour faire pression afin que la loi soit adoptée pour respecter ces personnes. Les libéraux voudraient réformer le Sénat pour ne pas avoir à subir une autre situation pareille qu’ils jugent comme étant «inacceptable». « Un gouvernement néo-démocrate corrigera cette lacune dans la législation canadienne et exigera des sénateurs qu’ils respectent la volonté des élus », souligne pour sa part le NPD.
 
Il y a un an, malgré une décision de la Cour suprême du Canada, le gouvernement fédéral adopte la loi C-36 criminalisant les clients, la publicité ou la vente de services sexuels. Ici, tous les partis s’entendent pour dire qu’une telle législation ne fait qu’empirer la situation alors qu’ils rappellent qu’ils avaient tous voté contre ce texte de loi. « Les travailleuses et travailleurs du sexe doivent plutôt être protégés au niveau médical et leur sécurité doit être assurée. Une vue d’ensemble visant la protection des individus doit faire preuve de discernement […] », soulignent même les gens du Parti vert.
 
Évidemment, on ne pouvait pas passer à côté d’une question sur la criminalisation des personnes séropositives étant donné le nombre de causes qui s’accumulent en ce sens au fil des ans alors que, également, les décisions prises par les cours ne tiennent nullement compte des avancées scientifiques. «N'est-il pas temps que les directives claires soient données aux procureurs et aux corps policiers afin de ne pas entamer des procédures qui ne correspondent pas aux données scientifiques ?», leur a-t-on demandé. De manière très honnête, le Bloc québécois a dit vouloir «en faire une étude en comité, car il y a plusieurs sujets liés à cette question». C’est à cette question que les nuances sont le plus apparues entre les réponses. Pour le Parti vert, vu les connaissances actuelles médicales et biologiques « il est plus que jamais nécessaire de ne plus criminaliser les personnes séropositives indétectables qui ont des relations sexuelles sans aviser leur partenaire de leur statut, car c'est aussi la responsabilité de l'autre de se protéger, quel que soit son partenaire sexuel.» « Alors que le Parlement doit respecter l’indépendance des tribunaux, la définition de « la possibilité réaliste de transmission du VIH » telle qu’énoncée par la Cour suprême dans R. c. Cuerrier et réaffirmée par la Cour dans R. c. Mabior devrait mieux refléter à la science. La stigmatisation causée par ces décisions ne fait rien pour contrer la discrimination envers les personnes séropositives. Le Parti libéral du Canada prendra toujours ses décisions basées sur des faits», explique de son côté le Parti libéral qui reconnaît l’efficacité de traitements tels la PrEP ou la PEP. Ce parti se risque même à désirer un changement de cap en ce qui a trait au dons de sang qui sont d’une extrême rigueur à l’égard des gais et des bisexuels et dont les règles ont été édictées « au début de la pandémie, au moment où la science n’était pas concluante et avant le développement des tests ultra-sensibles pour détecter le VIH».
 
Chez les néodémocrates aussi on désire que ce soit plus les percées scientifiques reconnues plutôt que la justice vers lesquelles les personnes séropositives puissent se tourner : « Le NPD est d’avis que, de façon générale, le gouvernement doit d’abord et avant tout adopter une approche qui relève de la santé publique à l’égard du VIH. Le NPD croit également que la législation, y compris le droit criminel, doit tenir compte des avancées scientifiques». 
 
Pour lire les questions et réponses complètes de tous les partis (sauf le Parti conservateur), visitez le 

http://www.fugues.com/243733-7237-7323-article-les-partis-repondent-a-nos-questions.html