Du 21 au 31 octobre | Pierre-Paul Savoie

Revisiter Le Bagne

Denis-Daniel Boullé
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La bagne

Il y a 22 ans, les chorégraphes et danseurs Pierre-Paul Savoie et Jeff Hall se livraient à un duo au masculin sur scène explorant par le geste et le mouvement la versatilité de la condition humaine, ou du moins celles des hommes. Et le bagne comme métaphore de la propre prison que nous nous construisons pour nous protéger en oubliant qu'elle nous éloigne de l'autre, de la rencontre, du partage. Bagne a été représenté plus de 115 fois sur les scènes d'ici et d'ailleurs. Et les créateurs ont aussi crééBagne au féminin avec deux danseuses au milieu des années quatre-vingt-dix. Voilà que pour célébrer les 25 ans de la compagnie PPS, Pierre-Paul Savoie a décidé de reprendre Bagne pour l'amener plus loin. Si l'esprit reste le même, des nouvelles voies se sont ouvertes pour le chorégraphe qui reconnaît avoir toujours ressenti que le Bagne d'il y a 25 ans n'était pas selon lui tout à fait abouti. Rencontre avec le chorégraphe.

Le BagnePourquoi Bagne et pas une autre pièce de votre répertoire pour marquer ce 25e anniversaire ?
Cela fait plusieurs années que je veux remonter Bagne parce que depuis longtemps, je trouve qu'il y a quelque chose que je n'ai pas conclu dans cette pièce. Je trouvais avec le recul que la trame dramatique de la pièce n'avait pas atteint son plein potentiel. J'ai donc voulu la recréer en faisant appel à d'autres concepteurs, et reprendre des éléments de la pièce originale. De partir de la pièce originale et de trouver dans cette rencontre entre deux hommes sa résonance actuelle. J'ai donc appelé Jeff [Hall] et lui ai demandé s'il voulait participer à cette «re-création». Nous avons même pensé un moment «re-danser» Bagne, mais en même temps, il y avait trop de défis physiques et nous avions peur que nos corps ne suivent pas. Nous avons donc préféré nous tourner vers une nouvelle génération de danseurs. Cela permet aussi de laisser autre chose émerger à travers de jeunes danseurs. Et quand je regarde le résultat, le langage chorégraphique, le travail des danseurs, la dra-m-aturgie, l'environnement sonore, d'une part cela rejoint ce que nous cherchions, et d'autre part c'est encore beaucoup plus fort que ce que nous avions créé il y a 25 ans. Le langage a beaucoup changé et l'environnement sonore est extra-ordinaire. Il y a un raffinement esthétique. Je pense que le public sera impressionné.
 
Comment choisir des interprètes qui vont enfiler vos chaussures?
Il fallait trouver une chimie qui se crée entre les danseurs que nous allions choisir. Bagne, c'est une relation fusionnelle et l'on doit le sentir très vite. Nous avons retenu trois danseurs avec qui cette chimie se fait. Le troisième remplacera l'un des deux danseurs au besoin pendant la tournée. Ce qui est étonnant c'est que Jeff et moi avions une perception différente du travail avec les danseurs. Pour lui, il voulait retrouver dans les danseurs ce qu'il avait vécu à l'époque, alors que moi, je voulais oublier complètement comment j'étais comme interprète lors de la création. Mais il faut laisser une part de création aux interprètes si on veut atteindre la chimie. Ce sont eux sur scène qui en vivant le moment vont insuffler l'humanité que Jeff et moi avons toujours voulu faire ressortir. Donc, ce sont Lael Stellick et Milan Panet-Gagnon qui formeront le duo et Jona-than Fortin qui remplacera Milan ponctuellement. Ils sont assez différents de taille, de corpulence, mais c'est aussi l'intérêt de cette rencontre. Il ne fallait pas qu'ils reproduisent notre image. Et je le dis aux danseurs en ce moment, la réussite dépendra d'eux, indépendamment de la meilleure chorégraphie au monde, s'ils ne sont pas intensément vivants chaque soir, cette fusion n'atteindra pas le public.  
 
Est-ce qu'en fait on peut dire qu'une création n'est jamais finie ?
Avec 22 ans de distance, j'ai pris de l'expérience, et donc je peux me réattaquer à une de nos créations. C'est un cheminement à partir d'une idée originale et sur laquelle on ajouterait une autre couche. Et effectivement, dans dix ou vingt ans, une autre couche pourrait de nouveau être mise. Un peu comme les marches d'un escalier que l'on gravit une à une. Quoique qu'entre Bagne première version et celle-ci, j'ai l'impression d'avoir gravi une dizaine de marches d'un coup.
 
Le Bagne
 
 
Comment expliquer le succès de Bagne première version ?
Parce que c'est une pièce dans laquelle il y avait beaucoup d'huma-nité. Et l'érotisme qui était dans la première pièce à l'époque est encore là. Un homoérotisme en fait, même si les deux danseurs ne sont pas gais; cette dimension perdure et heureusement parce que c'est au centre de Bagne. Donc, je pense que cette re-création aura la même résonance dans le public qu'à l'époque. En tout cas, je suis très heureux de ce que nous avons fait.
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Une rétrospective de la compagnie intitulée PPS Danse 25 ans se tiendra dans la Salle d'exposition de la Place des Arts jusqu'au 10 octobre pour en apprendre plus sur l'oeuvre de Pierre-Paul Savoie. 
 
Bagne de Pierre-Paul Savoie et Jeff Hall coproduction de PPS Danse et de Danse Danse, à la 5e Salle de la Place des Arts, du 21 au 31 octobre 2015