Turquie

Pays aux personnalités multiples

Samuel Larochelle
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turc

Carrefour entre l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient, contrôlée jadis par les Ottomans, les Grecs et les Romains, la Turquie est l’une des destinations aux attraits les plus diversifiés du monde. Avec ses explosions de saveurs, ses coutumes et ses paysages, qui donnent l’impression de découvrir une nouvelle planète dans chaque région, le pays marque à jamais ses visiteurs.

Au cours de l’été, la Turquie s’est retrouvée au cœur de l’actualité pour de sombres raisons : Pride d’Istanbul violemment réprimée par la police, attaques contre le consulat américain, réfugiés syriens dont le destin tragique a été symbolisé par le petit Aylan retrouvé mort sur une plage turque. 
 
Pourtant, le monde aurait tort de lever le nez sur les innombrables merveilles du pays. Si vous n’avez jamais posé le pied en territoire musulman, vos valeurs occidentales seront certainement ébranlées lorsque, sous un soleil de plomb, vous croiserez un homme portant short et t-shirt, aux côtés d’une femme couverte d’un épais tissu ne laissant filtrer que ses Les beaux lutteurs au corps huiléyeux. Mais résumer la culture islamique à ce choc culturel serait une grave erreur. 
 
Laissez-vous interpeller par la gentillesse et la générosité de sa population. Goutez au sentiment de sécurité qui vous habitera dans les rues d’Istanbul, bien davantage que dans celles de Paris ou de Rome, avec leurs nombreux pickpockets. Rappelez-vous que les récents attentats dans la capitale ne sont pas plus habituels que ceux de Madrid en 2004 ou de Londres par la suite. 
 
Montréal-Istanbul
Plusieurs compagnies aériennes offrent des vols entre le Québec et la Turquie, donc Turkish Airlines qui opère un lien direct entre Montréal et Istanbul depuis le printemps 2014. Idéalement, priorisez un atterrissage à l’Aéroport international Atatürk pour faciliter votre accès au centre de la métropole en métro. Côté température, la Turquie connait de véritables hivers avec un mercure oscillant entre 5 à 8 degrés, de décembre à avril. Afin de profiter d’une chaleur clémente, optez pour les mois de mai, juin, septembre et octobre. Les sites de voyage vous déconseilleront juillet et août, tant les étés sont chauds et humides, voire intolérables quand on s’éloigne de la mer. Mais quiconque reste attentif à sa consommation d’eau, à ses couches de crème solaire et à la longueur de ses vêtements peut y voyager en gardant le sourire. 
 
Une fois sur place, vous en aurez pour votre argent! D’abord, parce que le dollar canadien vaut plus du double de la livre turque (40 $ = 90 TL). Puis, parce que la quantité de choses à faire est exponentielle! 
 
 AntalyaImmersion étrangère
Istanbul mérite au moins quatre ou cinq jours de votre voyage. Tôt le matin, vos yeux s’ouvriront aux sons du premier appel à la prière qui résonne dans toute la ville à quelques reprises durant la journée : un trait culturel charmant au début, mais qui peut mettre au défi votre patience lorsque la fatigue vous envahit. 
 
Après un déjeuner turc (viandes froides, fromages, olives, tomates, saucisse épicée, pain et confitures), plongez tête première dans la culture musulmane dans le secteur de Sultanahmet. Premier arrêt : le musée Sainte-Sophie (Hagia Sophia), une ancienne basilique chrétienne transformée en mosquée sous le règne du sultan Mehmet II. À défaut d’effacer les symboles chrétiens, les gens de l’époque ont apposé les marques de l’islam à leurs côtés. Le contraste est fascinant! 
 
Quelques minutes plus loin, un arrêt s’impose à la Mosquée bleue, point de départ des caravanes de pèlerins musulmans vers la Mecque, qui fut construite afin d’outrepasser la beauté de Saint-Sophie, sans succès. Hommes et femmes vêtus de shorts et de camisoles devront passer par un kiosque fournissant des bouts de tissus pour couvrir épaules, genoux (et cheveux, pour les femmes), en plus de retirer leurs souliers. 
 
Si vous avez une fringale, vous trouverez sans effort un stand de maïs grillés, de bagels ou de melon d’eau. Les plus affamés pourront découvrir la nourriture typiquement turque, mémorable tant par ses saveurs exquises que la quantité  Istabul la nuit et le Bosphorefaramineuse de pain et de farine : kebab, kofthes (boules de viande), humus, pizzas turques, aubergines, raviolis, poteries végétariennes et tant d’autres.
 
Le roi des bazars
Apprenez à marchander auprès des commerçants du Grand Bazar, où vous trouverez de tout (tapis, vêtements, objets électroniques, épices, thés, friandises). Identifiez le montant que vous êtes prêt à débourser, affichez votre désinvolture des beaux jours, gardez votre sourire et tentez de faire diminuer le prix initial de 30 à 50 %. 
 
Prévoyez aussi du temps pour une croisière sur le Bosphore qui traverse la ville (départ près du pont de Galata, 6 $ pour 3 heures ou 12 $ pour 6 heures avec arrêt dans un village); une journée à errer dans la partie orientale de la ville; un détour à la Place Taksim (au cœur des manifestations du printemps arabe); une visite au Palais de Topkapi, la résidence officielle du sultan ottoman entre 1463 et 1853 (le supplément pour accéder au harem vaut la peine); et un détour aux citernes sous-terraines. 
 
Cappadoce
Après l’effervescente Istanbul, envolez-vous vers la contemplative Kapadokya. Vous y attendent des paysages lunaires (Star Wars y a tourné quelques scènes), des couchers de soleil à couper le souffle et d’immenses rochers parcourus de grottes habitées. Réservez une cave room pour dormir dans une chambre creusée dans le roc. Considérez l’idée d’une soirée turque : bien que digne des plus grands clichés touristiques, elle vous fera goûter plusieurs mets locaux et découvrir une série de danses traditionnelles (dont les Derviches tourneurs). La région a tant à offrir : trekking dans une vallée; survol matinal à bord d’une montgolfière (au moins 100 euros); cité sous-terraine gardée à l’abri des envahisseurs pendant des siècles; tour de 4-roues que vous conduirez dans le désert de Göreme, avant de visiter un vieux village et plusieurs rochers percés (dont certains coins difficiles d’accès et fabuleusement beaux, si vous êtes souples, forts et aventuriers). 
 
Pamukkale la blanche
Après un voyage d’autobus de 10 heures durant la nuit, ouvrez grand vos yeux. Vous voici à Pamukkale, un site naturel formé par des dépôts de calcium ressemblant à une montagne de glace. Dès l’ouverture du site à 8 h, prenez des photos d’une beauté irréelle et baignez-vous dans les sources d’eau chaude, avant l’arrivée des milliers de visiteurs, qui vous rappelleront un parc aquatique débordant en pleines vacances de la construction. 
 
Si votre énergie le permet, levez le nez sur une nuitée au village de Denizli et reprenez l’autobus vers une destination en bord de mer : Izmir, Kas ou Antalya (notre choix). Bien que les plages turques soient pour la plupart formées de roches douloureuses et brûlantes, l’eau est claire et les paysages enchanteurs. Enveloppée d’une chaleur plus humide et accablante qu’Istanbul (une expérience en transport public vous fera regretter la faible popularité du déodorant au sein de la population), Antalya vaut aussi le détour pour l’architecture de sa vieille ville. À 40 minutes en autobus (debout ou assis dans l’allée), la ville de Cirali vaut aussi le détour : plage magnifique, ruines de la ville d’Olympos (accès gratuit en longeant la plage au lieu de payer l’entrée officielle), proximité des chimères (feu sortant des roches à la noirceur). Les hôtels et villas y sont très chers. Vaut mieux y passer la journée et retourner à Antalya. 
 
Bain turc
De retour à Istanbul, avant de rentrer au Canada, faites-vous cadeau d’un traitement dans un hammam. Vêtu d’un maillot ou nu sous une serviette, vous serez pris en charge par un vieux turc avec des doigts de bûcheron. Après un arrêt de sudation dans un sauna, il vous lavera le corps et les cheveux avec vigueur, vous décrassera et fera craquer tous vos os en vous massant sur une plaque de marbre, sous les rires amusés des Turcs qui vous entendent pousser quelques cris. Intense expérience! Vous comprendrez mieux l’obsession de propreté des Turcs, qui arrivent à garder les rues d’Istanbul, où vivent 14 millions de personnes, bien plus propres que celles de Montréal.  
 
Vie gaie
Bien que les hammams d’Istanbul aient longtemps été reconnus comme des lieux de rencontres gaies, les choses ont changé. La répression conservatrice ayant suivi la prise de pouvoir du premier ministre Erdogan a entrainé un changement de « vocation » de la plupart de ces établissements. Il existe encore des hammams gais, mais ils ne s’annoncent plus comme tels : il faut discuter avec les locaux pour les trouver. Ceux-ci vous guideront également pour découvrir la vie nocturne gaie. Les plus aventureux feront la fête dans une discothèque comme le Tek Yön pour danser sur la pop turque et boire du raki. 
 
Le pays est loin d’être ouvert aux homosexuels. Toutefois, comme les hommes turcs ont l’habitude d’exprimer beaucoup d’affection entre eux (bises sur la joue, marcher bras dessus, bras dessous), il est possible de faire de même avec un amoureux sans provoquer de réactions hostiles. Grindr ne fonctionne pas sur les cellulaires en Turquie, mais des applications comme Hornet et Tinder demeurent accessibles. Vous y verrez quelques-uns des plus beaux spécimens masculins de la planète. Avec leur regard – mélange de profondeur, de candeur et de mâlitude – les Turcs vous donneront envie de tout quitter et de refaire votre vie dans leur pays magnifique.