Entrevue avec Casper Andreas, réalisateur de Kiss me, Kill me

Kiss Me, Kill Me : je t’aime moi non plus

Yves Lafontaine
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Originaire de Suède, Casper Andreas a vécu à Chicago et à Paris avant de se fixer à New York pour étudier l'art dramatique et la réalisation. Il a fait ses débuts au cinéma derrière la caméra avec la comédie romantique à succès Slutty Summer. Depuis, il a dirigé de nombreuses productions, dont Between Love and Goodbye et Going Down in La La Land. Sa plus récente œuvre, KissMe, Kill Me fait montre d'un talent plein de maturité. Inspirée des films d'Alfred Hitchcock et des romans d'Agatha Christie, KissMe, Kill Me sera présenté à Montréal, au prochain festival Image+nation.

Votre film, Kiss Me, Kill Me sera présenté lors du prochain festival LGBT image+nation, dans quelques semaines. Parlez-nous de votre film. C’est un film policier, mais aussi sur la complexité des relations amoureuses...
 
Kiss Me Kill Me est très différent de ce que j’ai fait jusqu’à présent. C’est un film de genre, un drame policier, un film noir, qui se déroule à West Hollywood. C’est un thriller, avec des coups de fusils et de couteaux (rires). Il y a du mystère et beaucoup d’action, mais pas que ça. L’action est centrée autour de Dusty, qui apprend un jour que son petit ami l’a trompé, une chicane s’ensuit et Dusty perd connaissance. À son réveil, son ami a été assassiné et il est le suspect principal. L’histoire est remplie de revirements, de suspense et d’humour.
 
 Van HansisQuelles sont vos inspirations pour faire ce film?
 
L'écrivain David Michael Barrett et moi avons travaillé sur le scénario sur une période de quelques années. David a eu l'idée pour le film et voulait raconter une histoire dans le style classique du film noir, mais un film noir se déroulant dans un monde gai. Nous sommes, tous les deux, très inspirés par les hollywoodiens de l’époque classique, comme Double Indemnity et les films d’Hitchcock, en particulier L'homme qui en savait trop, L'Inconnu du Nord-Express, Vertigo, mais aussi par des films plus récents comme LA Confidential et Fatal Attraction, avec une tonalité grave, sombre. À la suggestion de David, j’ai visionné plusieurs films pour m’inspirer de l’ambiance des films noirs. Ensuite, nous avons profité du talent et de l’expérience du directeur photo, le fantastique Rainer Lipski, qui a embarqué dans l’aventure à fond. Il  a su trouver les éclairages pour réussir ce que nous voulions accomplir. Au final, je suis vraiment heureux du look de ce film.
 
La première mondiale de KISS ME, KILL ME a eu lieu lors du plus récent festival de films gais et lesbiens de Chicago et le film vient d’entrer le circuit des festivals. À ce jour, quelle a été la réaction du public?
 
Je n’ai pu assister qu’à quelques projections jusqu'à présent (ndlr: le réalisateur a déjà entamé le tournage d’un autre long métrage), mais l’accueil du public a été  très enthousiaste. Tout au long du film, la réaction est généralement assez forte et immédiate. Les gens connectent sans doute avec ce qui se passe sur l'écran, ce qui est assez plaisant. C’est stressant d’anticiper la réaction du public et ça fait plaisir de constater que le public apprécie le travail de l’équipe. Donc, à ce jour, nous avons obtenu d'excellents commentaires. J’espère que le public montréalais appréciera également.
 
 Casper AndreasPourquoi avez-vous choisi de faire ce film avec Gale Harold?
 
David et moi, avons été marqué par la qualité du jeu de Gale Harold dans Queer as Folk  (il y tenait le rôle de Brian) et avons pensé qu'il serait génial de le voir interpréter Stephen et, sans trop y croire, nous lui avons fait parvenir le scénario. Nous étions si excités et agréablement surpris quand il a dit oui. Il a vraiment aimé l’histoire de Kiss Me, Kill Me et nous a confié qu'il a toujours voulu jouer dans un film noir.
  
Pouvez-vous nous parler de vospremières expériences dans le cinéma, et comment avez-vous été amené à la réalisation et la production de films à thématique gaie?
 
J’ai commencé dans ce métier en tant qu'acteur et puis, un jour, j’ai eu le goût d'écrire mon premier scénario, Between Love and Goodbye, qui allait devenir mon troisième film. Question de me faire la main et, comme il s’agissait d’une histoire d’amour gai, j’ai visionné pas mal de films à thématique gaie. Ça m’a permis de me familiariser avec l’aspect production également. Comme réalisateur novice, j’avais de la difficulté à trouver un producteur intéressé à prendre le risque et à produire ce scénario. J’en suis éventuellement venu à la conclusion que, si je voulais passer à la réalisation, il me fallait assurer la production moi-même. Mais franchement, pour un premier film, le projet était trop ambitieux et trop dispendieux à autoproduire. J’ai donc écrit un autre scénario, Slutty Summer, en gardant en tête que j’allais devoir tourner rapidement et avec un budget minuscule. Le film a remporté un grand succès. Avec l’aide d’une des vedettes du film, Jesse Archer, nous avons écrit ensemble le scénario de ce qui deviendra A Four Letter Word, en quelque sorte la suite de Slutty Summer. Ensuite, j’ai finalement pu tourner Between Love and Goodbye
 
Après avoir fait trois films à thématique gaie, je me suis dit que j’avais sans doute fait le tour du jardin... Mais on m’a proposé de coréaliser le film Big Gay Musical. Puis, Jesse a écrit Violet Tendancies en pensant à moi pour le réaliser. À peu près à la même époque, je suis tombé sur le roman Going Down in La-La Land, que j’ai lu d’une traite. J’ai tout de suite vu le potentiel cinématographique du roman... J’ai été convaincu que ça pourrait vraiment être amusant de l’adapter. Rapidement, j’ai donc réalisé trois films de plus. Après ça, je me suis dit que j’avais certainement besoin d'une pause... mais me voilà de retour avec mon septième long métrage gai. Finalement, je dois aimer ça, tourner des films gais… (rires).
 
Vous avez fait appel au financement public pour financer une partie importante du film. À l’ère d’internet, est-il plus difficile de produire des films à thématique LGBT ou au contraire, c’est plus facile?
 
Techniquement, il est plus facile que jamais de faire un film. Tout le monde peut juste filmer avec son iPhone et faire le montage sur leur ordinateur. Cela dit, pour faire un film avec un certain confort et un budget conséquent, c’est plus difficile que jamais. Et, à ce stade-ci de ma carrière, ça ne m’intéresse pas vraiment de réaliser un film fauché, avec deux bouts de ficelles, sans argent. 
 
 Gale Harold et Matthew LudwinskiSérieusement, je ne sais pas comment on peut lever des fonds conséquents auprès d'investisseurs, même pour un film dont le budget n’est que de 200 000 $, sachant qu’il est très difficile d’assurer un retour sur investissement. Le marché du DVD (qui comptait pour une partie importante du financement) n’existe presque plus et personne ne veut payer des sommes raisonnables pour le contenu (tant pour la télé que pour les sites web). Les sites de téléchargement paient des ristournes dérisoires et trop de gens téléchargent illégalement les films. Dans de tels cas, nous ne recevons rien pour notre travail. Dans la situation actuelle, KIss Me, Kill Me n’aurait pu se faire si nous n’avions recueilli, une part importante du budget, soit un peu plus de 100 000 $, via Kickstarter.
 
Faire appel aux fans s’est avérée LA façon qui nous a permis de rassembler le budget et de réaliser un film de la manière que nous voulions le faire. C’est beaucoup de travail de séduction avant le film, que d’effectuer une collecte de fonds de cette façon, et il faut certainement se débarrasser de son égo, dans la mesure où on demande littéralement aux gens de donner leur argent durement gagné pour que nous puissions faire un film. Cela dit, quand ça fonctionne, c’est très gratifiant de s’apercevoir qu’autant de gens voulaient aider et cons-truire une communauté autour du projet de ce film. Au lieu d’avoir un producteur qui a droit de vie ou de mort sur le projet, nous avons plus de 900 bailleurs de fonds qui sont, espérons, tous très fiers d'avoir contribué à rendre cela possible.
 
Donc, à l’avenir, il est certain que je vais chercher des façons pour cons-truire de manière durable ce genre de soutien et faire participer les gens qui veulent faire partie de tels projets. Des gens qui veulent permettre la production de ce type de films, parce que c’est important pour eux, même s’il n'y a pas vraiment d’incitation financière de le faire. Aux États-Unis, je crois qu'il s’agit de la seule façon, actuellement, pour que des films indépendants avec une certaine qualité de production  puissent voir le jour. Sans compter que les centaines d’investisseurs deviennent autant d’ambassadeurs qui font  la promotion du film autour d’eux et via leurs réseaux. 
 
filmCasper, dites-nous qu’elles sont les trois raisons principales pour lesquelles nos lecteurs ne devraient pas manquer KISS ME, KILL ME ?
 
Premièrement, la distribution est absolument merveilleuse! Nous avons tellement d'acteurs fantastiques qui sont formidables dans ce film.  Vous connaissez sans doute beaucoup d’entre eux à cause d'autres rôles gais qu’ils ont interprétés. Et pas seulement Gale Harold... Vous verrez Van Hansis de As The World Turns et Eastsiders, Matthew Ludwinski (qui a fait la couverture de Fugues, il y a 3 ans) et Allison Lane, qui étaient de mon film Going Down in LA LA Land. Vous pourrez y voir Jonathan Lisecki de GAYBY, Jai Rodriguez de Queer Eye, Jackie Monahan de Foxy Merkins et la drag queen Shangela, que vous reconnaîtrez de la populaire série RuPaul's Drag Race. Et ce ne sont pas les seuls…  Deuxièmement, le scénario de David Michel Barrett — comme je l’ai mentionné plus tôt — est vraiment très amusant et truffé de rebondissements. Je pense sincèrement que vos lecteurs vont passer un bon moment et apprécieront Kiss Me, Kill Me.  Et, bien sûr, pour savoir qui est le meurtrier… (rires)
 
En terminant, si vous me permettez, venez voir le film au festival. C’est toujours plus agréable de voir un film en groupe et sur grand écran. Et il est très important de soutenir un festival de films comme Image+Nation, si essentiel à la vie culturelle et à la vie communautaire. 
 
 
Vous pouvez suivre la page Facebook ou Instagram de KISS ME, KILL ME
 
KISS ME, KILL ME
présenté en version originale anglaise, lors du festival IMAGE+NATION. 

PGM40 
Musée des Beaux Arts de Montréal 
Dimanche, Décembre 6, 2015 - 19:00
Catégorie: Long Métrage