La 12e campagne de financement du GRIS

Contrer l'homophobie chez les jeunes et... chez les aînés

Étienne Dutil
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Gris 2015
Photo prise par © Cloé Jourdain
Le GRIS-Montréal affiche plus de 20 belles années, mais c’est un pari chaque année d’en financer les actions et les services. Dans ce sens, et depuis 12 ans maintenant, le GRIS-Montréal appelle tout un chacun à soutenir son action, qu’il oriente cette année vers les aîné-e-s.
 
« Quand il est question d’homosexualité et de bisexualité, nous croyons qu’il n’y a pas d’âge pour en parler, ni pour défaire les préjugés qui y sont associés », a déclaré d’emblée David E. Platts, président du GRIS-Montréal lors du lancement de la 12e campagne de financement de son organisme le 23 septembre dernier.
 
Selon son président, le GRIS-Montréal accordera cette année une attention plus particulière aux écoles primaires, mais surtout aux résidences pour personnes âgées. Depuis longtemps, les équipes du GRIS visitent les écoles secondaires et les Cegeps, mais depuis quelques temps, « nous visitons occasionnellement les écoles primaires », complète-t-il. Parce la lutte contre les préjugés commence très tôt. «Les recherches menées par le GRIS-Montréal le prouvent : connaître une personne lesbienne, gaie ou bisexuelle, augmente l’aisance à l’égard de l’homosexualité et de la bisexualité. C’est en diminuant l’ignorance, qu’on fait reculer l’homophobie. »
 
Les jeunes, oui ! Sauf que…
Mais le nouvel objectif du GRIS va plus loin que cela puisqu’il développera ses actions d’information et de sensibilisation dans les résidences pour aînés-es. C’est d’ailleurs à « Projet Changement », un centre communautaire pour aînés, bien nommé pour la circonstance, que le GRIS-Montréal a donné le coup d'envoi de cette nouvelle campagne.
 
« Veiller sur les jeunes qui vivent le stress de l'homophobie est plus que nécessaire, mais il faut se rappeler que la même proportion d’aînés LGBT vivent, en silence, la crainte des réactions de leurs familles et, souvent, de celles du personnel des centres d’accueil », a commenté Bill Ryan, professeur adjoint à l’école de travail social de l’Université McGill lors de cette conférence où il a présenté quelques éléments d’une étude sur les conditions de vie des aînés LGBT.
 
Marguerite en cinq temps
Pour illustrer son propos sur l’incidence de l’éducation au cours des décennies, il a relaté les étapes de la vie - fictive – de Marguerite. «Née en 1935, elle a 80 ans. Elle avait 34 ans lors de la décriminalisation de l'homosexualité en 1969. Elle en avait 38 lorsqu’on a retiré l’homosexualité de la liste des pathologies en 1973. Elle avait 63 ans lors de la reconnaissance des couples de même sexe en 1998. Elle a eu 70 ans lors de la reconnaissance du mariage entre conjoints de même sexe en 2005!»
 
Pour Bill Ryan et le GRIS, il y a donc urgence à intervenir dans les centres pour personnes âgées. Selon le chercheur, ayant grandi dans une autre époque et selon d’autres mœurs, « les aînés se sont cachés et se cachent encore pour leur survie », explique-t-il. « Pour les gens qui ne faisaient pas parti du mouvement communautaire ou des organismes de soutien, il y a des cicatrices profondes qui pourraient, par mesure du survie, les amener à retourner dans le placard en entrant dans une résidence pour personnes âgées. »
 
Affaire de générations
Porte-parole du GRIS depuis huit ans aux côtés de Vincent Bolduc, Macha Limonchik a souvent été témoin de propos homophobes de la part de gens âgés. « Je me doute qu'il s'agit d'un public plus frileux à l'idée d'entendre parler d'orientations sexuelles différentes, mais je crois que les témoignages des bénévoles du 

montant

GRIS représentent une belle occasion d'ouvrir le dialogue sur le sujet. », a-t-elle commenté en confiant combien « mon propre père, Yves Limonchik, humaniste convaincu très ouvert d’esprit, était pourtant inconfortable avec l’homosexualité; alors que c’estun non-sujet pour ma propre fille… il n'y a pas d'âge pour être courageux de changer et faire des brèches partout où l'on peut… »
 
Un objectif de 200 000$
Le GRIS, dont l’appui gouvernemental ne représente qu’un quart de son budget annuel, souhaite récolter 200 000$, une somme essentielle pour ses activités en milieu scolaire, mais aussi son expansion auprès des aînés. Avocat, Me François Leclair a accepté avec beaucoup d'émotion la présidence de cette 12e campagne de financement. « Je suis moi-même surpris que David Platts ait pensé à moi, car je m’estime bien trop désorganisé pour coordonner une telle campagne. Mais j’ai 45 ans, je suis gai, et c’est une manière de faire un cadeau à ceux qui sont passés avant nous. L’objectif de 200 000$ vient d’être entamé par un premier don de 20 000$ par ma famille, le Groupe de concessions automobile Leclair, qui appuie avec fierté l’action du GRIS… et les véhicule grâce à la GRIS-mobile », a-t-il rappelé dans un clin d’œil.
 
Notons enfin que, lors du lancement de cette campagne, le Prix GRIS-Fondation Simple Plan, soit une bourse de 2000$, a été remis par le musicien Jeff Stinco à un groupe de 12 élèves de l’école Saint-Joseph de Mont-Laurier pour leur projet de lutte contre l’homophobie. 
 
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