Mado est au Boutte

Jamais sans mon char

Mado Lamotte
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Mado Lamotte

Ca fait 10 ans cette année que j’ai mon permis de conduire et je n’ai toujours pas de Smart, de Mini ou de Fiat. Pourquoi ces trois chars-là ? Je ne sais pas, le côté compact et pratique je suppose ou simplement parce qu’elles me rappellent les petites autos avec lesquelles je passais des heures à jouer dans la cour de roches de mon enfance. Mais avoir mon permis ça voulait dire que j’étais prête à trahir ma nature d’environnementaliste. Est-ce que je le regrette aujourd’hui ? Ben non voyons, chu pas une écolo grano du Mile-End qui lave ses fenêtres avec du vinaigre et qui arrose ses plants de pot avec son urine. Avoir mon permis, ça voulait juste dire que je devenais autonome et indépendante de mon entourage.

Quand j’ai eu mon permis en main je n’ai pas délaissé mon vélo pour autant, je suis toujours en faveur des transports en commun, du covoiturage et de rendre le plus grand nombre d’artères commerciales piétonnières. En fait, la vraie raison pour laquelle je voulais apprendre à conduire c’était pour faire partie du système. J’étais tannée de me faire envoyer promener parce que je n’avais pas de permis de conduire. 
 
Quand j’allais faire un show à l’extérieur de Montréal et que je devais me faire conduire par quelqu’un qui avait son permis, mais pas de carte crédit, pas moyen de payer la location du char avec ma carte Visa parce que moi, la paria qui ne savait pas conduire, je n’avais pas de permis. Pis quand on me demandait deux cartes d’identité avec photo y fallait que je retourne chez nous chercher mon passeport parce qu’ils voulaient rien savoir de ma carte de bibliothèque. Quand je me retrouvais dans un autre pays et que je voulais louer un scooter, même si le permis n’était pas obligatoire pour le conduire, il était nécessaire pour le louer. 
 
Ce qui me frustrait le plus, je pense, c’est qu’on me faisait sentir coupable de ne pas avoir de permis de conduire. «Quoi t’as pas encore de permis de conduire à ton âge?» Ouen pis, j’ai juste 29 ans !  (oui, oui, 29 ans, comme maintenant !). J’habite Montréal et je ne vois pas la nécessité d’avoir une voiture. Je vais partout où je veux à vélo ou à pied et souvent pas mal plus vite que toé dans ton gros char crasseux. Ça fait qu’un jour j’me suis tannée de passer pour une arriérée parce que je n’avais pas de permis et j’ai fait le grand saut. 
 
Je suis donc allée répondre aux questions pièges d’un ordinateur sur mes connaissances de la route et j’ai fait deux fois plutôt qu’une le tour des rues de Longueuil (oui j’ai coulé la première fois) à côté d’un zouave qui insistait pour me faire stationner en parallèle à 1 pied du trottoir en plein déluge ! 
 
«Euh, s’cusez monsieur le gentil inspecteur, mais je sais pas si vous avez remarqué, y’a comme les chutes Niagara dans ma face en ce moment pis le trottoir est noyé quelque part sous 2 mètres d’eau, ça fait que je n’pense pas que ce soit vraiment possible de stationner en parallèle aujourd’hui. Anyway, j’viens pas chercher un permis de stationner, mais un permis de conduire.» Réponse du gentil inspecteur : «Je note ! Mais vous devrez revenir passer votre permis Madame Lamotte.» Réponse de Madame Lamotte : « Va donc chier vieux con! J’te souhaite une gonorrhée pis des punaises de lit!» 
 
Un mois plus tard, une gentille inspectrice me donnait mon permis avec la mention : conductrice exemplaire et experte du stationnement en parallèle. Enfin j’étais quelqu’un, je faisais partie de la société, car je savais conduire ! Mais j’peux juste vous dire une chose mes chéris, après avoir étudié les deux guides de la route, indispensables pour réussir l’examen, j’ai découvert qu’y’a pas grand monde qui sait conduire au Québec ! 
 
J’ai eu beau lire mes guides de fond en comble et pas une fois j’ai vu : vous pouvez faire tout ce que vous voulez pourvu que vous vous fassiez pas pogner ! Par exemple, dans mon guide ça ne dit pas qu’il faut accélérer sur une lumière jaune pour passer avant qu’elle tombe rouge. Ça ne dit pas non plus qu’il faut klaxonner pour avertir qu’on va passer sur une rouge. Et je n’ai lu nulle part qu’il est permis de remonter une rue à sens unique à reculons ou de faire un U-turn en pleine rue St-Denis à l’heure de pointe pour s’éviter le trouble de faire un détour. Pas plus qu’on peut changer de voie, tourner à gauche ou à droite sans mettre son clignotant. Et saviez-vous qu’un véhicule en mouvement doit s’arrêter obligatoirement devant chaque passage à piétons (tsé les grosses lignes jaunes à terre dans la rue) au lieu d’essayer d’écraser la militante radicale d’extrême gauche qui s’est engagée à ses risques et périls pour protester contre le chauvinisme des conducteurs de grosses minou-nes? 
 
Au lieu de donner des contraventions aux adultes consentants qui fourrent à l’abri des regards dans les buissons d’un parc la nuit, notre police devrait être un peu plus vigilante face aux infractions du Code de la route. « Tu vas faire pareil, Mado, quand tu vas avoir un char » Non et renon ! Premièrement ce n’est pas demain la veille que je vais m’acheter un char, à moins que j’attrape une infection de la noune qui m’empêche à tout jamais de m’asseoir sur une selle de vélo et deuxièmement, j’aime mieux voyager trois fois par année que de payer des mensualités sur un tas de ferraille. 
 
Mais pourquoi je m’intéresse tant à la conduite automobile? Parce qu’on parle beaucoup, mais vraiment beaucoup de voitures au Québec depuis un bout de temps. D’un bord ceux qui gueulent qu’y’en a trop, de l’autre ceux qui disent qu’il manque de voies carrossables. Pour certains l’avenir c’est la voiture électrique, pour d’autres c’est la voiture volante de «Back to the Future». 
 
On veut diminuer le nombre de voitures en ville, mais on veut offrir plus d’accès à la ville. Hum… contradiction ? Quand on demande aux millions de 450 s’ils troqueraient une de leurs deux voitures pour venir travailler en ville en transports collectifs, la réponse est « hey, je paye pas une fortune chaque mois pour que c’te char-là dorme dans mon driveway ! » Mais c’est vrai, pourquoi relaxer et se laisser conduire par un train de banlieue quand on peut se faire chier deux heures par jour dans le trafic sur des ponts encombrés ? Et pensez-vous que le Montréalais qui se pavane fièrement dans son beau char de l’année va prendre un métro ou un autobus pour aller magasiner le dimanche après-midi ou pour aller cruiser le samedi soir ? Ben voyons donc, êtes-vous tombés sur la tête ? C’est tellement plus agréable de tourner en rond pendant une heure pour trouver un stationnement au centre-ville au lieu de mettre un pied devant l’autre pour parcourir la même distance en moitié moins de temps ! Non, mais tsé, les transports en commun c’est tellement 1986 comme concept ! Chacun dans son char pis au yable les émissions de gaz à effet de serre. Pourquoi on se préoccuperait de l’environnement alors qu’on ne sera même plus là quand la pollution automobile deviendra un problème grave? L’individualisme fait des merveilles mes tous p’tits, on vit chacun pour son propre accommodement raisonnable sans se soucier des conséquences à long terme sur le reste de la société. 
 
Bon, bon, c’est rendu que la Mado se prend pour le maire Ferrandez ! Oui et non. Je n’adhère pas à toutes les politiques du grand manitou du Plateau, mais j’entends la cloche du signal d’alarme qui sonne au loin et j’me dis que si on ne fait rien maintenant on risque de payer cher plus tard! Non je ne suis pas contre la voiture, c’est un moyen de transport archi pratique pour se déplacer, mais sachant très bien qu’il y a mainte- nant des options au sacro-saint pétrole qui pollue nos vies ça serait l’fun qu’on passe en cinquième vitesse et qu’on agisse au plus sacrant, car j’aime-rais bien me rendre au bout de ma vie sans être obligée de me promener avec une bombonne d’oxygène accrochée dans le dos. Vous aurez compris que ce n’est pas demain la veille que j’aurai une voiture. 
 
Anyway, j’habite en ville et une voiture ne me servirait absolument à rien alors que je me déplace beaucoup plus rapidement à vélo, à pied ou en transports en commun. Et si vous vous demandez comment je fais pour aller chez IKEA ou chez Costco, ben j’y vais pas, parce que j’ai pas envie d’être meublée comme le ¾ de la planète pis quand j’ai vraiment besoin d’une voiture pour ramener douze caisses de rouleaux de papier de toilette qui vont me durer 15 ans ben j’me loue une Communauto ! 
 
Ça fait qu’en attendant que la voiture électrique, le skateboard volant ou l’aéroglisseur deviennent les moyens de locomotion du futur moi j’vais prendre une petite marche de santé pis j’vas aller me décrasser les poumons dans le bain de vapeur du sauna GI Joe !