Country junky

Un tout «nouveau» scénario

Julie Vaillancourt
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Franklyne
En 2008, l’auteure-compositrice-interprète nous avait présenté un «nouveau scénario» avec son 2e album en carrière, qui allait de la ballade, à la samba, en passant par le reggae et le country. Ce Nouveau scénario prenait forme plusieurs années après la parution de Franklyne et les Fleurs Sauvages (1992), ou encore du groupe Térapi, dans les années 80. Celle qui a fait ses classes de façon autodidacte, dans les bars, dès l’âge de 12 ans, propose aujourd’hui un tout autre scénario, avec Country Junky. Entrevue avec une musicienne passionnée et accomplie, où le passage des années n’a d’égale que sa détermination. 
 
« Ca va faire 7 ans depuis mon dernier album, ça fait longtemps », confie spontanément Franklyne au sujet de Country Junky, un album de 12 titres qui saura ravir les amateurs de country: « C’est intéressant, car je me suis rendu compte que, dans le country, il n’y a pas que du country, à proprement dit, mais plusieurs types de danses aussi; de la rumba, du cha-cha. J’avais déjà des chansons country sur l’album Nouveau scénario, comme J’entends chanter et Comment ça va. C’était folk/country, donc j’étais déjà sur une lancée country, sans même être au courant».
 
Ainsi, presque inconsciemment, le country s’est lentement infusé dans les veines musicales de Franklyne, quoi que l’auteure-compositrice interprète ait toujours eu « un faible », voire une passion pour ce style musical, d’où le titre de l’album: «Beaucoup des chansons de Country Junky étaient dans mes tiroirs depuis longtemps, alors que d’autres sont complètement nouvelles » explique celle qui a travaillé sur cet album pendant près de 2 ans. « C’est long, quand tu t’autoproduis », ajoute Franklyne, «c’est beaucoup de temps et d’énergie et ça coûte vraiment cher. Il faut vraiment avoir une passion. Chaque piastre que je fais, après avoir payé mon logement et ma nourriture, va là dedans... je ne pense même pas à m’acheter une voiture, tous mes investissements vont dans ma musique! C’est de la job en chien!» appuie Franklyne, et «une job de tous les jours», nécessairement un des secrets de la longévité de l’artiste.
 
Àfranklyne l’ère des concours de chant télévisés et des vedettes éphémères, le secret de Franklyne pour durer est simple: «la passion et la création. Je compose et je veux toujours me remettre à jour. Mon prochain défi est de proposer mes chansons à d’autres artistes», explique celle qui avoue déjà être «sur le cas» et prendre les propositions.
 
Country Junky propose à la fois des pièces francophones et anglo- phones, aspect important pour Franklyne: « Je suis francophone, mais j’ai étudié en anglais, alors c’est naturel pour moi. Je voulais quand même qu’il y ait plus de contenu francophone, près de 80% ».  Les premiers simples radios de l’album, soit I Love You et Country Junky sont d’ailleurs représentatifs de cette préoccupation de l’artiste, soit majoritairement francophones, avec une utilisation rafraîchis-sante du franglais. Avec la pièce titre Country Junky, Franklyne n’hésite pas à affirmer (comme dans sa chanson), son amour du VR, même si elle a aujourd’hui troqué sa roulotte pour une maison à la campagne. Autre chanson à saveur autobiographique et très bien écrite, Ma Belle amie, s’adressant à une amie habitant au Mont-Mégantic et ayant fait vœux de simplicité volontaire. Si Franklyne ne cache pas son amour de la campagne et du retour à la terre - notamment sur Back On the Ground - le retour aux sources plus Rock’n’roll est palpable avec la reprise de Rock’n’roll Girl, qui met en valeur la voix rauque de la chanteuse: « À la base, c’était vraiment une toune rock…Quand j’ai fait l’album Les Fleurs sauvages, elle était rendue disco, mais quand je la joue live, ça ressemble pas à ça pantoute : moi je voulais que ça rock! J’ai décidé de la mettre sur l’album, et c’est pratiquement une nouveauté, vu qu’elle était sortie en 92», explique Franklyne qui malgré ses airs de «Country Junky» demeure inévitablement une fille du rock’n’roll!
 
Au Québec, la musique country a un public et un circuit foisonnant, bien qu’on en parle très peu dans les grands médias ou dans le milieu de la  musique plus commerciale. Cela dit, avec des artistes plus pop, qui se tournent vers le country le temps de quelques albums (Isabelle Boulay, Andrée Waters), ou encore avec des concours de chant qui mettent en vedette des candidats à saveur country (Yoan/La Voix, Annie Blanchard/Star Académie), il semble que le style soit davantage en vogue, depuis quelques années. 
 
Engouement que confirme Franklyne: « Moi je ne m’attendais pas à ça, mais j’ai remarqué en faisant mon album country qu’il y avait un paquet de monde qui retournait à ces sources. Oui Paul Daraîche a toujours été là, mais il est allé chercher des jeunes collaborateurs pour les impliquer dans son projet, donc il y a un engouement certain, pour le country », ce que Franklyne distingue du western, des Willie Lamothe et compagnie: «J’ai remarqué que le country rock est aussi très présent et j’aime beaucoup ce style comme le country/folk de Hank Williams » explique celle qui cite The Eagles parmi ses influences folk/country. Grandement associé au «conservatisme» du sud des États-Unis (ou des Prairies canadiennes), le country - surtout américain - parait souvent comme un milieu plus fermé et conservateur, que ce soit au niveau du style vestimentaire, ou des traditions musicales… 
 
Mais qu’en est-il d’être ouvertement lesbienne dans le milieu de la musique country au Québec? « Écoute, je vais le voir… », avoue humblement Franklyne, qui n’a jamais caché son orientation sexuelle, « moi je parle à Fugues, car c’est mon ami et ma communauté», explique celle qui ne va pas « crier son homosexualité » sans pour autant se cacher : «c’est nécessairement plus conservateur, mais ça tends à changer », explique celle qui commente les récents événements du Festival Western de St-Tite où un gai fut tabassé. « Pour le jeune homme je ne connais pas tous les faits, je n’ai pas vu l’incident… Cela dit, moi j’y étais ouvertement avec ma copine et je n’ai senti aucun préjugé envers nous », conclut Franklyne qui lancera officiellement son album dans le Village au bar Le Cocktail, le 11 décembre prochain.  6 Julie Vaillancourt
 
Lancement de Country Junky à Montréal, le 11 décembre, au bar Le Cocktail (1669 Ste-Catherine E), en formule 6@8, avec performance dès 19h. 
Franklyne sera à Québec, le 2 décembre formule 6@8, bar  Le Drague 
Cabaret Club (815 rue Ste-Augustin) et le 3 décembre en 5@7 à la Gallerie d’art Domahom (221 rue St-Jean). Infos:
 
 
L’album Country Junky en téléchargement digital sur iTunes et archambault.ca (Distribution select). Copie physique de l’album, disponible en commandant via bandcamp.
 
Écoutez l’album en streaming via Bandcamp: