La chronique du Conseil québécois LGBT

TDOR est un acronyme que vous devriez connaitre

Conseil Québécois LGBT
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Marie-Pier Boisvert

Disons que j’ai une maîtrise en littérature, mais que je ne suis pas sûre de savoir écrire : bonjour, mon nom est Marie-Pier Boisvert et je serai votre chroniqueuse.

Je suis entrée en poste comme directrice générale du Conseil québécois LGBT le 13 octobre dernier. Je n’ai pas besoin de vous présenter le Conseil, mes prédécesseur.e.s l’ayant fait avant moi, mais ce qu’une littéraire estrienne fait au CQ-LGBT, c’est peut-être plus nébuleux. Vous vous demandez où s’en va le monde, peut-être. Je me pose la question aussi, surtout depuis que j’ai appris que si les modifications à la loi sur le lobbying sont adoptées, je vais devoir m’inscrire au registre des lobbyistes pour poursuivre la mission de mon organisme. Eh boy! J’ajoute ça à ma liste de choses que je ne pensais jamais faire dans ma vie, juste en-dessous de «fonder une Fierté» (merci 2013) et de «finir ma maîtrise» (2015 whoo!)
 
Vous ne connaissez pas toutes les compétences transversales acquises enformation. On a tout un sens critique (une rareté) et du flair politique (sérieusement). Pour preuve, notre nouveau PM a un bac en lettres. Ok, ça ne vous rassure peut-être pas.
 
Mais je divague. Een fait, je veux commencer par vous parler de Sherbrooke. Je parle tout le temps de Sherbrooke. Depuis un mois, je me fais demander quels sont mes projets pour le CQ-LGBT, et comme je ne connais pas encore les enjeux LGBT de TOUT le Québec, j’ai toujours la même chanson : «à Sherbrooke en tout cas, y’a…» «Ben si je me fie à Sherbrooke…» J’ai une cassette régionale sur repeat.
 
(Je veux vraiment vous parler de la TDOR : attendez-moi encore un peu.)
 
Il n’y a qu’un organisme en Estrie qui a un volet pour les personnes trans : le Projet Caméléon d’IRIS Estrie. Je les ai appelés cette semaine pour leur demander comment avançaient leurs dossiers : «Il y a une explosion de coming-out», m’a tout de suite dit Stéphanie Roy, intervenante Prévention, éducation et promo de la santé. Ça devrait être une bonne chose, mais cette nouvelle visibilité des personnes trans ne vient pas avec l’accompagnement dont elles et ils auraient besoin. Stéphanie m’explique que depuis la création du Projet en 2009, il y a une centaine de personnes en Estrie (!) qui y ont eu recours. Elle en suit trente actuellement, dont une douzaine de nouvelles de 2015. Elle n’avait pas besoin de me dire « les besoins sont criants » : c’est évident. En plus, quelle surprise, le volet trans chez IRIS est sous-financé, et Stéphanie n’a que 3,5 heures à y consacrer aux deux semaines. 
 
Allons voir ailleurs au Québec : j’ai su qu’en Abitibi, le CISSS de Rouyn-Noranda a dû faire preuve de beaucoup d’imagination pour que des services soient offerts aux personnes trans. Mais ils le font quand même. Il y a maintenant des étapes adaptées à suivre pour transitionner, et ils ont une politique de prévention de la transphobie.
 
(Je savais que Rouyn était cool, mais je ne savais pas à quel point elle était aux petits soins avec son monde. J’aime ça.)
 
Avec tout ça, je me pose de nouvelles questions (qui n’ont heureusement rien à voir avec la loi sur le lobbyisme). S’il y a 100 personnes en Estrie qui ont fait appel au Projet Caméléon, combien on en « échappe » dans les régions qui n’ont pas de projet dédié aux questions trans? Si j’appelle toute ma famille du Lac-St-Jean (donc environ la moitié de la population locale) pour demander quels services existent pour les personnes trans, qu’est-ce que je vais découvrir? Rien?
 
Le 20 novembre, c’est la Transgender Day of Rememberance (TDOR). Le site web* de la journée tient une liste des personnes trans assassinées ou disparues depuis 1970 à travers le monde, soit plus de 1000 noms, dont une proportion horrifiante de femmes racisées. Aux États-Unis,  7 femmes trans racisées ont été tuées dans les 2 premiers mois de 2015**.
 
Ça m’inquiète, et ça devrait vous inquiéter aussi. Les personnes trans sont parmi les populations les plus vulnérables à travers le monde. Il serait temps qu’on commence à s’occuper des nôtres. 
 
 Marie-Pier BOISVERT, directrice générale du CONSEIL QUÉBÉCOIS LGBT  


* http://tdor.info/

* * http://www.motherjones.com/politics/2015/06/transgender-women-disproportionately-targeted-violent-hate-crimes