La plaie

Benoit Migneault
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La plaie

Frédéric ne s’attache à rien et maintient même un bon bras de distance entre lui et ses rencontres de passage. Il est un chasseur et entend bien le demeurer. Bien évidemment, il a eu un ex pendant plusieurs années, Alexandre, mais cette relation en montagnes russes tenait peut-être plus de la collocation amoureuse que d’une passion véritable.

La plaieN’empêche, son corps semble tout de même marqué par l’expérience puisque son flanc présente une plaie rosâtre, depuis ladite rupture, qui change au fil de ses humeurs : métaphore d’une souffrance inavouée en référence au titre. Au retour d’un voyage à Tel-Aviv, il réalise qu’il a perdu son trousseau de clés et qu’il lui est donc impossible de pénétrer chez lui. Envi-sageant de camper sur le palier, marinant dans sa crasse, il se voit offrir de coucher chez Germain, un voisin qui lui dévoile, par la même occasion, l’amour irrépressible qu’il ressent à son égard et le fait qu’il l’épie depuis des années et a même emménagé dans l’immeuble pour se rapprocher de ce dernier. Malgré la répugnance que suscite chez lui ce voisin compulsif, Frédéric se résout à accepter l’offre et se retrouve au cœur d’une toile d’araignée surprenante qui amène le lecteur devant la seconde référence au titre puisque Germain se révèle rapidement être une véritable plaie. L’auteur, Frédéric Chouraki, fait montre d’une virtuosité impressionnante dans son écriture qui se caractérise par des personnages d’une extrême richesse et par la qualité des références culturelles dont le texte est truffé. Un talent qui n’est pas sans rappeler celui de son condisciple Olivier Delorme. Un roman touffu qui alterne entre réflexions iconoclastes et jouissives, sur la religion, l’amour, la famille, la vie et un humour décapant auxquels il est difficile de demeurer indifférent!

La plaie / Frédéric Chouraki. Saint-Martin-de-Londres : H&O, 2015. 157p.