Entrevue avec BRIDGET Mc Manus

Se représenter de manière authentique

Julie Vaillancourt
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BRIDGET Mc Manus

Animatrice, scénariste et humoriste américaine, Bridget McManus fait sa marque dans le milieu du show-business, notamment avec le talk-show Brunch with Bridget,  ou encore sur The Queen Latifah Show et The  FABLife. Une des rares femmes humoristes à  la télévision américaine, McManus est  ouvertement lesbienne, s’impliquant lors  du 40e anniversaire des célébrations  du Stonewall Inn, à New York, ou  encore, en tant que correspondante pour les 8e Gay Games  Internationaux, à Cologne.

Le 13 décembre dernier, Tello films présentait en première la série Maybelle, produite et scénarisée par McManus. Elle y campe le rôle-titre, celui de Maybelle, une trentenaire vivant dans une petite localité de Virginie, qui suite au décès de sa mère, doit réapprendre à vivre pour elle-même et conjuguer avec son amour de jeunesse Della. Bridget McManus crée les images qu’elle désire voir à l’écran: une femme forte, mise en scène dans un drame romantique lesbien. Entrevue avec la scénariste, productrice et actrice de Maybelle. 
 
Maybelle Sur le plateau, est-ce difficile de porter trois chapeaux à la fois?
 
Pas du tout! J’assurais aussi ces trois rôles sur ma série mockumentaire McManusLand. Maybelle est mon bébé et pouvoir approcher ce projet sous différents angles est un rêve devenu réalité! En tant que scénariste, je connais les assises de l’histoire, tout en ayant une 
perspective globale. En tant qu’actrice, je ressens les émotions que j’ai créées. En tant que productrice, je fais vivre l’histoire en travaillant avec une équipe extraordinaire, dont la réalisatrice Christin Baker, aussi coproductrice. J’encourage tous les acteurs à écrire et créer les rôles qu’ils désirent faire vivre à l’écran! 
 
Le 26 juin 2015, les États-Unis ont légalisé le mariage gai dans tous leurs États. L’égalité juridique progresse, mais l’homophobie demeure. D’un point de vue canadien, le sud des États-Unis semble plus conservateur et l’histoire de Maybelle se déroule en Virginie rurale. Est-ce que tu as eu l’occasion de constater différentes perceptions quant à l’homosexualité, selon les divers États américains?
 
Personnellement, c’est difficile de témoigner, puisque je ne vis pas dans le Sud. Ma femme, native du Sud, me disait qu’il était plus difficile d’y être ouvertement gaie, et que c’est en grande partie ce qui l’a incitée à déménager. Cela dit, même cette partie du pays est en train de changer. Peut-être que cela prendra plus de temps, mais le progrès est inévitable, surtout lorsque des lois sont adoptées au niveau national. Ça force les États moins progressistes à s’embarquer sur la route du changement. Mais peu importe où l’on vit, il est important de trouver sa communauté, car sans ce cercle de soutien, il peut être difficile d’avancer. 
 
Maybelle Dans les milieux — à dominance masculine —  du cinéma et de la télévision, est-ce plus difficile pour une femme ouvertement gaie d’y faire sa place?
 
Dans ma carrière, j’ai toujours été ouvertement gaie et j’ai eu la chance de travailler avec des gens qui étaient soit pro-gais soit assez intelligents pour garder leurs arrières pensés pour eux-mêmes. J’ai expérimenté plus de sexisme que d’homophobie. Le problème de l’égalité des sexes dans le milieu du show-business est réel, à un point qu’une enquête de l’ACLU [American Civil Liberties Union] est en cours. J’ose croire que cela changera un jour, mais pour l’instant je continue à faire mon travail: m’écrire des rôles complexes que je désire jouer, en faire autant pour d’autres actrices et essayer d’engager autant de femmes que possible au sein de mes projets.  
 
Justement, Maybelle met en scène un personnage lesbien fort qui apprend à vivre pour elle-même,  dans une histoire bien ficelée. Que penses-tu des représentations de personnages lesbiens dans les films plus «mainstream»? 
 
Présentement, il y a d’extraordinaires personnages lesbiens et bisexuels, c’est le cas de ceux interprétés par Cate Blanchett et Rooney Mara dans le film Carol. Le film a été réalisé et produit par des gais et basé sur le livre d’une femme queer. Quand nous avons la chance de raconter nos propres histoires, plutôt que d’espérer que des réalisateurs et scénaristes hétéros les racontent convenablement, je crois que cela mène à une représentation plus authentique. J’apprécie les histoires qui vont au-delà du coming-out, afin de creuser les subtilités de nos vies. C’est correct si nous sommes parfois des vilains, d’outrageux acolytes, ou finissons seuls, mais on ne peut pas TOUJOURS être représentés de la sorte! Nous avons droit à toute la gamme de caractérisation de personnages, auxquels les hétéros ont droit à la télé et au cinéma. Je garde toujours cela à l’esprit lorsque j’écris des personnages gais. 
 
Maybelle est distribué sur le web par Tello Films, qui demeure à l’avant-garde afin de développer de nouvelles stratégies de distribution, notamment pour les séries et films mettant de l’avant autant les thématiques lesbiennes que féminines. Crois-tu que les réseaux de distribution indépendants et le web sont les diffuseurs en vogue afin que les populations LGBT soient dépeintes de manière authentique?
 
Cela garantit que nos histoires seront racontées et montrées. Parfois, des projets qui débutent sur le web se retrouvent à la télévision. Le succès populaire et critique de séries telles qu’Orange is the New Black (Netflix) et Transparent (Amazon) prouvent que les moyens alternatifs de distribution sont vus par les masses sans devoir obéir aux contraintes des réseaux télévisuels, ou des chaines câblées. Je crois même que le succès des séries web indépendantes pourrait forcer les réseaux de télévision à élargir leurs horizons et prendre davantage de risques. 
 
Maybelle disponible dès le 13 décembre :