Solidairement vôtre

Le party est politique

Marie-Pier Boisvert
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Marie-Pier Boisvert

Je ne sais pas si c’est mon réseau qui est particulièrement malchanceux, ou démesurément anxieux, mais il me semble qu’autour de moi l’expression « temps des Fêtes » est souvent suivie d’un long soupir.


Faut dire que les Fêtes, c’est l’apothéose du small talk. Si vous n’avez pas encore pratiqué vos références météorologiques ou noté une bonne réplique à la question « Toi c’est pour quand les enfants? », pas de panique! Vous avez encore un peu de temps pour y penser avant de vous faire manger tout cru pour dessert, entre le gâteau aux fruits et le panettone.
 
Même pas besoin d’être très marginal.e pour se faire critiquer dans nos partys de famille. Une fois, trouvant que j’étais fort active sur les médias sociaux, une cousine m’a déjà dit que j’avais trop d’opinions! (J’aurais dû répondre : c’est quoi un nombre respectable d’opinions? Une par jour? 5 max. par personne?)
 
Et vous étudiez encore? Ah, ça mène à quoi ce programme-là? Vous avez un emploi? Ça paye-tu bien au moins? Vous êtes célibataire? Quand est-ce que tu nous ramènes un p’tit chum/ une p’tite blonde? 
 
Cette dernière question est tellement déplaisante pour une panoplie de gens – et pas juste pour les personnes homosexuelles. Les personnes asexuelles ou aromantiques*, par exemple, ont peut-être réussi, avec les années, à élaborer des stratégies pour éviter les interrogatoires… Mais si pour moi ça a été stressant pendant plus de 10 ans (je rêvais de m’exclamer «Un chum OU une blonde, ÇA POURRAIT ÊTRE L’UN OU L’AUTRE »), je n’arrive même pas à m’imaginer ce que ça doit être pour celles etc eux, qui doivent se demander cons-tamment: quand est-ce qu’on arrête de se faire poser cette question?
 
Les LGBTQ+ – y compris celles et ceux en questionnement sur leur identité de genre ou leur orientation sexuelle – ont presque toutes des anecdotes des Fêtes qui vont de «malai-santes» à «traumatisantes». Pas surprenant, dans ces circons-tances, que même le préparty soit angoissant : mettre une cravate, trop provocateur? Une ligne d’eyeliner, trop cho-quant? Si j’amène mon ou ma partenaire, est-ce trop lui demander? Si je ne l’amène pas, est-ce que je leur donne raison? Vont-ils me mégenrer**  toute la soirée? Qui est au courant? Est-ce qu’on va se faire dévisager toute la soirée? Vais-je me faire demander ce que je pense de Caitlyn Jenner? 
 
L’entièreté de notre identité est scrutée à la loupe, même dans nos propres têtes. C’est épuisant, tellement qu’on en vient à se demander : quand n’aurai-je plus besoin de me poser ces questions?
 
On dit souvent que dans les soupers de famille, il ne faut parler ni de religion, ni de politique. Mais si le privé est politique, comme le proclamait le fameux slogan féministe des années 70, il y a des familles qui politisent leurs repas pas mal quand ils demandent à telle nièce si elle s’est fait opérer…
 
Je ne peux pas vous donner de conseils sur comment gérer vos partys hivernaux, mais une chose est sûre : vous n’êtes pas seul.e. Peut-être que votre sœur va accepter d’être votre bouclier en cas « d’oncle-réactionnaire » inattendu. Peut-être que vos associations LGBT préférées  font des soirées des Fêtes pour vous offrir un safe-space incomparable. Ou alors vous allez simplement ajouter Gai Écoute  dans vos contacts de cellulaire, au cas.  
 
Il y en a qui choisissent d’éviter leurs familles pour les Fêtes pour ne pas affronter la bigoterie : c’est une stratégie tout à fait légitime. Ou peut-être que cette année, vous allez enfin faire face à votre tante qui vous redemande s’il ne manque pas un modèle masculin à votre p’tit chou.?Et vous de répondre : «Bon, écoute-moi bien Ma Tante, je vais t’expliquer les choses de la vie. »
 
En attendant, on peut bien se faire une petite communauté solidaire en ligne : racontez-nous vos meilleures (ou pires) anecdotes de party de famille en utilisant le mot-clic #LGBTdesFetes sur Twitter ou Facebook, ou envoyez vos témoi-gnages en privé au @CQLGBT ou à [email protected] : nous les publierons anonymement!
 
Le Conseil québécois LGBT vous souhaite de très joyeuses Fêtes, avec la/les famille(s) de votre choix. On se revoit en 2016!  

Marie-Pier Boisvert, directrice générale du CONSEIL QUÉBÉCOIS LGBT  
 
*  Respectivement : qui ne ressentent pas de désir sexuel et qui ne ressentent pas d’attirances amoureuses.
 
1 888 505-1010 (clavardage disponible sur www.gaiecoute.org)