Des investisseurs qui réinvestissent

Le Village en transition !

André-Constantin Passiour
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Jocelyn roy

On le sait, lorsqu’on parle du «Village» immédiatement les langues se délient pour affirmer que sa fin est proche, que l’on atteint un seuil critique avec plusieurs fermetures. Bien sûr, les points les plus visibles comme l’ex-Complexe Bourbon/Club Sandwich et le Drugstore, fermés depuis plusieurs mois, semblent tirer le quartier vers le bas. Mais d’autres, par contre, persistent et signent. Au contraire, ils investissent dans le Village, rénovent, réaménagent en vue d’offrir un meilleur établissement. C’est le cas de  Jocelyn Roy, le propriétaire de l’Aigle Noir, qui a décidé d’ouvrir le restaurant Le Plessis, l’ex-Planète, dont le local était vacant depuis un an environ. Il y a, également, Pascal Lefebvre, le propriétaire du bar Le Normandie qui s’est commis à revamper l’endroit en lui octroyant un look urbain plus actuel… C’est que ces deux proprios de commerces croient au quartier qui, pour eux, n’est qu’en réalignement, tout simplement…


terrasseOn notera que des investissements, certains majeurs d’ailleurs, sont venus embellir le Village depuis deux ans. Ainsi, si on a enregistré quelques fermetures - dernièrement les restaurants La Strega, Lallouz, Tataki et Marrakech, entre autres -, on enregistre des nouveautés comme les rénovations du St-Hubert (plus d’un million de dollars), de Chez Cora, de la SAQ du Village (face au métro Beaudry) et de l’agrandissement de la Station des Sports, entre autres. Il y a aussi l’ouverture de commerces sur Amherst comme le Lounge L’un et L’autre, Plumes d’Anges, la pizzeria Magpie et, bientôt, la salle de spectacle et le restaurant du groupe montréalais Arcade Fire. La Station C revit aussi grâce, entre autres, à Michel Desjardins, le fondateur du Playground – un club bien connu des années 1990 – qui a investi dans le nouveau «Play» qui a ouvert ses portes le 5 décembre…
 
Le 16 décembre, on célébrait la fin des travaux au Normandie, le plus vieil établissement du coin : agrandissement vers l’arrière nouveaux bar et planchers. La terrasse avait déjà été rénovée entièrement en début d’été dernier avec une belle clôture en bois et agrémentée de plantes. «Nous sommes passés de 900 pi2 à 1 500 pi2, soit une augmentation de 600 pi2 environ. En l’espace d’une année, il y a eu beaucoup de changements ici. J’ai vu le potentiel inexploité de la place. J’ai analysé le marché et j’ai compris qu’il fallait agir et, en faisant tous ces travaux, je ne me suis pas trompé, car la clientèle non seulement est restée, mais elle a apprécié les rénovations et a suivi. Je suis très content du résultat !», commente Pascal Lefebvre qui a acquis le Normandie en août 2014. Cela n’a l’air de rien, mais en tout «cela signifie des investissements d’environ 200 000$ si on compte la terrasse», estime M. Lefebvre.
 
barAprès Jean-Luc Raymond, le fondateur du restaurant Le Planète, deux propriétaires différents avaient tenté d’opérer ce commerce de restauration, hélas sans succès. Le dernier étant foudroyé par une crise cardiaque à quelques jours de l’inauguration. Le local était encore vacant. Jocelyn Roy, qui a déjà dirigé un hôtel, a décidé d’y ouvrir Le Plessis, un resto de cuisine française de style bistro. «J’ai pensé l’acheter en début d’année 2015 mais, entre temps, il avait été repris par un restaurateur. Puis, le monsieur est décédé. C’était triste de voir cette place inoccupée parce que le local est bien situé et que le loyer est «correct» pour le secteur. Il y avait quelque chose à faire là, c’est certain. Je me suis dit, pourquoi ne pas investir ? J’ai eu deux restos en tant que gérant dans les années 1990, donc je connais le domaine de la restauration. Bien sûr, il fallait faire des rénovations, des ajustements, mais c’est une belle aventure», croit Jocelyn Roy. Celui-ci a donc sorti de sa poche la coquette somme d’environ 100 000$. On a donc procédé à la réorganisation de la cuisine, on y a aménagé une nouvelle chambre froide et, bien sûr, on a redécoré l’établissement pour le rendre plus attrayant… Ici, on crée une dizaine d’emplois en tout alors qu’Alain Dicaire officie en tant que gérant et que le jeune Nicolas Millette occupe l’important poste de chef.
 
«Ce n’est pas vrai que le Village va mourir. On assiste plutôt à une réorientation du Village en tant que «quartier gai». Les gais, surtout les jeunes, vont ailleurs, ils sortent sur le Plateau, dans Griffintown, dans le Mile End, et c’est bien. C’est signe que la société a avancé, on s’est battu pour être accepté et pour l’égalité des LGBT. On ne peut se draper de l’exclusivité de la clientèle gaie. Il faut se faire à l’idée de faire de nouvelles choses qui ne s’adressent pas qu’aux gais. Je crois encore en ce quartier, il est à la fin d’un cycle et au début d’un autre, c’est donc le temps d’investir, d’ouvrir des commerces», pense M. Roy.

*** MISE À JOUR - Le restaurant Le Plessis a fermé ses portes peu de temps après la publication de cette chronique. ***
 

Même son de cloche chez Pascal Lefebvre. «Ceux qui disent que le Village est fini se trompent. Premièrement, pour moi, j’appelle ça plutôt le «quartier gai» et il y aura toujours un quartier gai comme il y aura un quartier chinois, un quartier italien, etc. Il y a des commerces qui ferment, d’autres qui ouvrent et je découvre de plus en plus de beaux établissements comme le Mezcla, le Red Tiger, le Panacée, etc. Arcade Fire ouvrira sous peu une belle salle de spectacle doublée d’un restaurant. Regardez aussi comment ça bouge sur Amherst avec de nouveaux commerces. […] Donc, ce n’est pas la fin du Village, mais il est en période de transition. Si Arcade Fire a décidé d’investir dans le secteur c’est parce qu’il y a un potentiel ! C’est ce que j’ai remarqué aussi. Ma clientèle vient à 50% du Plateau, surtout les week-ends. Il faut donc répondre à la demande de la clientèle», dit Pascal Lefebvre qui, récemment, est devenu membre du conseil d’administration de la Société de développement commercial du Village (SDC). 
 
Les deux commerçants s’entendent que l’aspect abandonné du Complexe Bourbon et du Drugstore n’aide pas. «Il y a deux gros trous noirs, donc le contexte peut paraître morose et difficile, mais il faut en profiter pour offrir des choses qui n’existent pas en ce moment sur Sainte-Catherine, il faut plus de variété que ce que l’on retrouve actuellement. Cela attirera la clientèle gaie comme hétéro qui n’est pas encore habituée à y venir», indique Jocelyn Roy.
 
«C’est sûr qu’il y a de gros bâtiments à réorienter, mais l’époque des grands complexes gais est révolue. Comme à New York, le gros complexe avec hôtel, restaurant et club n’a pas fonctionné non plus. La jeune clientèle gaie n’est plus obligée d’aller uniquement dans des endroits «gais». Il nous faut donc trouver des solutions de rechange et améliorer le quartier», de souligner Pascal Lefebvre…
 
«Il faut croire en ce secteur. C’est bien certain que si on investit, si on y met des efforts et qu’on rénove, ce n’est pas pour se planter ! Mais je crois en ce quartier et à son potentiel», de conclure Jocelyn Roy.
 
D’autres investissements du secteur privé sont à venir dans le Village, dont l’édifice au coin St-André, occupé actuellement par le Pub St-André et Dollar Rabais, qui passera de 3 à 8 étages. Également, l’édifice situé à côté du Cora qui avait été incendié est en train d’être complètement reconstruit. De plus, la Banque TD, très impliqué envers la communauté LGBT, vient d’ouvrir une magnifique succursale en plein cœur du Village au coin Amherst et Sainte-Catherine. Toute une amélioration pour ceux qui se souviennent de l’ancien locataire de ce même espace, « La Belle Province ». C’est un excellent indicateur de l’intérêt du secteur privé envers le Village gai de Montréal, car il est bien connu que les gens du milieu bancaire investissent là où ça rapporte. Même le Complexe Bourdon-Club Sandwich intéresse actuellement des gens d’affaires qui aimeraient y installer un type d’entreprise qui n’a jamais existé auparavant dans le Village. Et qui aurait cru que le magnifique IGA de Place Dupuis, qui vient de procéder à de nouveaux investissements, serait rentable dans le Village au point d’y installer son petit frère « Rachelle-Béry » à quelques coins de rue», de compléter Bernard Plante de la SDC du Village.