Chine

Victoire judiciaire partielle du réalisateur d'un documentaire gai contre ses censeurs

Max Dubreuil
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Fan Popo, réalisateur chinois de documentaires et militant LGBT, a indiqué jeudi avoir remporté une victoire judiciaire partielle contre la puissante autorité chargée de la censure, reconnue coupable par un tribunal pékinois d'avoir « illégalement » répondu au jeune homme au sujet du bannissement d'un de ses films sur internet.

Le jeune documentariste s'était aperçu, début 2015, que « Mama Rainbow », un moyen-métrage poignant où des mères chinoises racontaient de façon bouleversante leurs réactions face à l'homosexualité de leur enfant, avait disparu des principales plateformes de vidéo chinoises.

Le site 56.com avait fini par lui confier que le film, couronné d'un vif succès à sa mise en ligne, avait été supprimé suite à une requête de la puissante Administration d'Etat du cinéma, de la radio et de télévision (SAPPRFT).

Fan Popo (photo) contacte l'agence étatique, qui lui répond peu après qu'ils n'ont « aucun document » à lui transmettre concernant le documentaire incriminé, niant être à l'origine de sa disparition. « J'ai alors décidé de porter plainte contre eux pour défendre mes droits et les forcer à communiquer leurs raisons », a-t-il expliqué à l'AFP.

De façon inattendue, un tribunal accepte d'examiner l'affaire. La Première cour intermédiaire de Pékin a estimé que la réponse officielle transmise à Fan Popo « avait enfreint la loi », notamment car elle n'émanait pas formellement de l'Administration dans son ensemble, selon un verdict daté de mardi. Le tribunal a donc enjoint la SAPPRFT d'acquitter 50 yuans (7 euros) de frais de procédure. Une condamnation certes symbolique, mais rarissime concernant la puissante agence étatique, bras des autorités pour contrôler l'internet et les contenus culturels.

En revanche, le tribunal ne s'est pas prononcé sur le fond du dossier et a rejeté les autres demandes du réalisateur. « Ils affirment qu'ils n'ont aucun document (à me fournir) sur la censure de ma vidéo, mais je suis persuadé que c'était lié au sujet abordé, l'homosexualité », a indiqué Fan Popo. Une telle position « peut jouer en ma faveur, cela pourrait conduire au retour (durable) de mon film sur les plateformes », espère-t-il.

Si les autorités avaient inclus en 2008 l'homosexualité parmi les contenus « pornographiques et vulgaires » à bannir des écrans, cette clause avait été supprimée en 2010, rappelait récemment un média d'État. L'Administration du cinéma a même approuvé début septembre, pour la première fois, la diffusion en salles d'un film chinois ayant pour sujet principal un amour homosexuel, « Seek McCartney ».

La censure reste cependant opaque, moralisatrice et imprévisible, avertissait alors Fan Popo. Pékin a dépénalisé l'homosexualité en 1997 et l'a retirée de sa liste des maladies mentales en 2001, mais les gais et lesbiennes chinois font encore l'objet d'une très forte pression familiale et sociale.