Par ici ma sortie — nous et la société

La Saint-Valentin avec Justin

Denis-Daniel Boullé
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Denis Daniel

Je le confesse. J’ai un faible pour le nouveau Premier ministre du Canada. Pas seulement parce qu’il nous change d’un Stephen Harper aussi chaleureux qu’un congélateur sur la banquise, pas seulement parce que Justin est "cute" et séduisant, pas seulement parce qu’il aime les gens et reste accessible, mais parce qu’il semble incarner une nouvelle façon de faire de la politique. Nous n’en sommes pas encore à la lune de miel, les bans n’ont pas encore été publiés. Mais disons que les fiançailles augurent plutôt bien. C’est pour cela que j’aimerais passer le 14 février en sa compagnie. Autour d’un repas et d’une ou deux bonnes bouteilles de vin, histoire de se réchauffer le trou de l’âme, le trou du cœur… et pourquoi pas les autres.

Entre la poire et le fromage et des nouvelles de ses enfants, je lui parlerai d’un autre menu aux couleurs de l’arc-en-ciel. Dans la liste des plats : l’inclusion des personnes trans dans la Charte canadienne, la prostitution, la criminalisation des personnes séropositives, Fierté Montréal et le défilé auquel il a souvent participé, mais que le fédéral n’a jamais vraiment soutenu, sans oublier peut-être son vœu de faire du Canada LE pays au monde qui défend les droits de la personne. Je lui suggérerai de prendre ses distances avec tous les pays qui ne respectent pas les femmes, les enfants et les LGBT. La liste est longue, mais il faut bien commencer quelque part. Je lui rappellerai qu’il a de fervents partisans parmi les LGBT et qu’il serait bon qu’ils ne les déçoivent pas. Même les mariages les plus heureux peuvent conduire à un divorce.
 
Bien sûr, je ne suis pas nombriliste au point d’oublier d’autres enjeux qui dépassent nos communautés. Je le féliciterai pour son discours prenant acte du rapport Vérité et Réconciliation sur les autochtones. Et de son acte de contrition (larmes comprises). Et je suis à peu près sûr qu’il s’attellera à ce que les recomman-dations soient suivies de gestes. Tout comme, il voudra que la lumière soit faite sur la disparition des femmes autochtones avec 
la mise en place d’une Commission. Je le féliciterai aussi de son engagement dans la lutte contre le changement climatique, même si ses propositions sont encore trop timides face au danger. Je le féliciterai aussi de vouloir redonner au Canada l’image d’un pays en faveur de la paix, plus prompt à jouer les ambulanciers que les guerriers. Enfin, je le féliciterai de n’être plus le fils de «l’autre», et d’être plus qu’un symbole de jeune premier tout juste à bon à faire la une des magazines people.
 
Pour vous démontrer à quel point je l’aime, Justin, je serais prêt à lui donner quelques cours de français oral, pour améliorer sa connaissance de la langue francophone comme l’a si bien dit, sa ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly. Et à en donner aussi à ses ministres unilingues. Ça fait un peu tache dans le portrait de notre pays soi-disant bilingue.
 
L’amour m’a rendu parfois aveugle, mais jamais sourd. Quelque temps après son arrivée au pouvoir, Justin (au moment du dessert, on se tutoie et l’on s’appelle par nos prénoms) a dit que son gouvernement et lui commettraient sans doute quelques erreurs, mais qu’ils s’engageraient à les reconnaître et à les corriger.
 
Donc, mon Justin (nous en sommes au digestif et, de plus en plus, intimes comme deux vieux copains), il me faut te dire que, à mon humble avis, tu as commis une belle bourde en faisant un parallèle avec les propos de Donald Trump voulant interdire l’entrée des musulmans aux États-Unis et les Québécois perçus comme d’affreux radicaux indépendantistes à tendance xénophobe ? Cela manquait d’une part de cohérence, et, d’autre part,  d’une connaissance historique évidente. Là, tu as un bout de chemin à faire pour ne pas reprendre bêtement les propos de ton illustre paternel. Bien sûr, il y a encore des nationaleux, mais il y en a dans le reste du Canada et dans le reste du monde. Moi-même, j’ai rêvé d’une République du Village indépendante et autonome, avec sa charte des valeurs, et le buste de Mado Lamotte comme Marianne. Non, je plaisante Justin.
 
Et puis Justine (l’alcool aidant, voilà que mes origines remontent et que je prononce son prénom comme les journalistes français à moins que l’on en soit rendu, lui et moi, au-delà de la binarité du genre), la confection de paniers-repas avec ta femme, Sophie Grégoire, pour Moisson Montréal ne t’a pas allumé une lumière comme premier ministre ? Est-ce que ce n’est pas le rôle d’un gouvernement de s’assurer que sa population ne manque de rien ? Est-ce que ce n’est pas une de ses missions d’en finir avec la pauvreté ? N’es-tu pas en train perpétuer le désengagement de l’État ? Si on balance tout au privé et aux organismes caritatifs, ton rôle se limitera-t-il à tricoter des mitaines pour les nécessiteux ? Pardonne-moi si je suis un peu dur, mon Juju, mais regarde du côté de la Finlande. Ce pays a décidé de verser un revenu pour tous. Un revenu permettant d’en finir avec la pauvreté, et avec toutes les guignolées, utiles aujourd’hui, mais, qui restent des palliatifs qui ne résolvent rien.
 
Les heures passant, et comme je sais que, par définition, un premier ministre est toujours très occupé, même un jour de Saint-Valentin, je finis avec un dernier digestif par lui demander d’être l’invité d’honneur de Fierté Montréal en 2016 et d’ouvrir le défilé. Il a déjà confirmé sa présence pour celui de Toronto. Et enfin, je souhaite qu’il accepte une grande entrevue dans Fugues d’ici-là.
 
Allez, Juju, on est avec toi, on t’aime, on a mis quelques espoirs en toi, ne nous déçois pas ! Bonne Saint-Valentin, mon Juju; tu paies et je laisse le pourboire.