Conseil Québécois LGBT

Détermination et persévérance

Denis-Daniel Boullé
Commentaires
Marie-PIER Boisvert

C'est dans leur nouveau bureau situé sur Frontenac, à un jet de la station de métro, que Marie-Pier Boisvert, nouvelle directrice générale du Conseil québécois LGBT (CQ-LGBT) et Gabriel Boisvert nous reçoivent. Flanqué sur un mur d'un coin cuisine, d'une grande table pour des rencontres, et de leur deux bureaux face à face, Marie-Pier et Gabriel, qui n'ont aucun lien de parenté malgré un patronyme commun, sont en charge de porter les dossiers LGBT devant les décideurs, faire de l'éducation populaire, et bien d'autres choses encore. Gabriel depuis plusieurs années assume le poste d'assistant, et a assuré la transition entre le départ d'Audrey Gauthier, qui a démissionné, et l'arrivée de Maire-Pier. Dans la chronique qu'elle tient dans Fugues, Marie-Pier a déjà parlé de son riche parcours et du plaisir qu'elle a en s'impliquant dans l'activisme politique. Que compte faire le CQ-LGBT avec un certain nombre de dossiers? Des questions auxquelles Marie-Pier a bien voulu répondre... et, en la lisant, vous comprendrez que non seulement elle a une vision précise de son mandat, mais aussi une connaissance des dossiers dont elle a la charge.

Peut-être, dans un premier temps, nous rappeler le mandat du CQ-LGBT ?
 
Nous avons un mandat de représenter des groupes communautaires, des entreprises et des individus des communautés LGBT. et d'amener les enjeux qui nous sont rapportés au niveau gouvernemental. Nous sommes en relation avec le ministère de la Justice, le secrétariat à la Condition féminine, le ministère de l'Emploi et de la solidarité sociale, etc, et nous avons aussi le mandat de faire de l'éducation populaire.
 
Qu'en est-il de la Politique québécoise de lutte contre l'homophobie en 2016?
 
Je dois rencontrer bientôt la ministre de la Justice. Le rendez-vous que j'avais a été reporté en raison du remaniement ministériel, mais j'ai eu plusieurs rencontres avec Roger Noël qui est le responsable du bureau de lutte contre l'homophobie au mi-nistère de la Justice. Nous n'avons pas encore de confirmation sur deux points. Le premier concerne un rapport qui est en train d'être rédigé et qui fait le bilan du plan d'action 2011-2016. Ce rapport est rédigé par le bureau de lutte contre l'homophobie et par le comité de liaison (Collectif de travail LGBT) dont nous faisons partie. Et bien entendu, le second concerne le plan d'action 2017-2022. Mais c'est le dépôt du budget qui nous donnera une direction plus claire sur la Politique contre l'homophobie, puisque nous saurons quel budget lui est consacré. Nous sommes un peu sur la sel-lette, car actuellement plusieurs projets ne peuvent aboutir parce qu’il n'y a aucune réponse suite aux demandes de subventions des organismes. Cela fait un maintenant un an que nous sommes en attente.
 
Les recommandations de la commission parlementaire sur le changement de nom et de mention de sexe à l'État civil demandaient qu'on trouve une solution d'urgence pour les personnes trans mineures et celles qui n'avaient pas encore la citoyenneté. Que pensez-vous faire pour presser le gouvernement d'agir?
 
Effectivement, il y a une détresse immense pour les enfants trans et les personnes migrantes trans parce que la loi actuelle les oblige à vivre de la discrimination. Il faut aussi rappeler que lors de la commission parlementaire, les députés ont ouvert les yeux sur cet aspect légal et les difficultés vécues par les enfants et les migrants trans. Les études, cependant, montrent qu'à l'âge de 12 ans, un adolescent sait exactement quelle est son identité de genre. Le CQ-LGBT pense qu'il faut agir dans ce sens. Bien sûr, on a des promesses de la ministre de la Justice qu'un projet de loi allant dans ce sens va être un jour déposé. Mais quand? Actuellement, si l'on pense aux enfants, ce sont les établissements qui acceptent les changements de nom, mais ce n'est pas répandu. En fait, en attendant le projet de loi, le ministère pourrait envoyer une direction claire à toutes les administrations, dans le système de santé et des services sociaux, dans le système scolaire, pour faciliter la vie des personnes trans et qu'elles ne soient pas ainsi la cible de discrimination. Le gouvernement peut donc très bien prendre des mesures transitoires nous travaillons dans ce sens avec le Comité trans.
 
Lors de l'annonce de l'arrivée des réfugiés syriens, le communautaire ne s'est pas manifesté pour venir en aide aux possibles réfugiés LGBT?
 
Quand il y a eu l’annonce que seules les femmes et les familles seraient acceptées au Canada, nous avons un peu paniqué pensant aux hommes gais qui seraient de toute évidence refusés. Cela a été corrigé par le gouvernement libéral. Le groupe qui s’en occupe le plus, c’est HELEM, mais ce sont eux qui reçoivent l’entièreté des réfugiés qui s’identifient comme LGBT. Ils ont l’expérience et l’expertise pour cela. Jusqu’à présent, ils ne reçoivent pas tant de réfugiés que cela qui gênerait leur activité normale. Je suis en contact régulier avec la directrice de l’organisme, Patricia Jean, mais pour le moment cela se passe plutôt bien. J’ai plutôt une inquiétude plus précise sur comment cela se passe à l’arrivée au Canada. J’ai écrit au ministère de l’Immigration du Québec pour savoir si les intervenants qui accueillaient les réfugiés avaient de l’information, avaient une sensibilité face à cette population LGBT. Le ministère d’immigration m’a répondu mais ce n’était vraiment pas clair. J’ai insisté et devant le peu de réponses, finalement je leur ai envoyé de l'information et une liste d’organismes que les intervenants pouvaient donner aux réfugiés qui s'identifiaient comme appartenant à la diversité sexuelle.
 
Depuis votre arrivée, Marie-Pier, il y a eu le gala Arc-en-ciel, la semaine de visibilité trans, qui ont dû vous tenir occupée. Quels sont les objectifs pour 2016?
 
Il ne faudrait pas oublier non plus notre engagement avec Jérémy Dubé sur les critères d'exclusion pour le don de sang d'Héma-Québec et donc aussi le don de cellules souches. Un engagement qui s'est concrétisé par une longue lettre envoyée dans les médias et qui a été souvent reprise. D'abord rappeler que comme les années précédentes, il y aura une campagne de sensibilisation aux alentours de la semaine de Fierté-Montréal, et puis plus tard le Gala Arc-en-ciel. Je me suis concentrée à faire le tour des groupes communautaires, ici à Montréal, à Québec, en Estrie et j'aimerais aussi rencontrer d'autres groupes dans des régions plus éloignées. D'une part pour connaître leurs projets et leurs besoins, et d'autre part, pour pouvoir par transmission des expériences montrer qu'il est possible de monter un groupe LGBT en région. Je souhaite continuer à faire cette tournée commencée dès mon arrivée. Pour l'instant, je finis d'écrire un mémoire sur la pauvreté et l'exclusion sociale pour le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale tout en faisant le suivi sur les dossiers dont nous venons de parler. Enfin, je veux que le site du CQ-LGBT soit revampé et plus dynamique. Mais cela demande de faire appel à une aide extérieure parce que cela prend du temps. 
 
Conseil québécois-LGBT 
Tél : 514-759-6844