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Cameron Carpenter – L’organiste et son instrument...

Richard Burnett
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Cameron Carpenter

Organiste concertiste, Cameron Carpenter est un délice autant pour les oreilles que pour les yeux. Ce musicien encensé a été qualifié «d’extrèmement talentueux» par le New York Times, on l’a aussi appelé «le mauvais garçon de l’orgue» ou encore un «organiste franc-tireur».

«C’est un démolisseur des tabous culturels et de la musique classique», l’a qualifié le Los Angeles Times. «Un génie malin ou un évangéliste radical ?», s’est déjà demandé le Sydney Morning Herald. «Cameron Carpenter est un peu des deux.»
 
En vérité, Cameron Carpenter ne supporte pas les étiquettes, c’est quelque chose qu’il a longtemps combattu surtout en tant qu’homme bisexuel.
 
Lorsque je fini par l’avoir sur son cellulaire, il court dans l’aéroport de New York pour prendre son vol vers son prochain concert de sa tournée mondiale officiellement appelée (avec un sous entendu) : «Cameron Carpenter and his International Touring Organ» !
 
«Bisexuel me décrit mieux que gai, dit Carpenter. De manière ironique, j’aime dire que je suis gai et bisexuel parce que c’est, également, vrai. Quand je suis gai, je suis gai en même temps que, de façon générale, je ne le suis pas. Il est possible d’avoir des vues et des désirs tout à fait conflictuels. Je suis conscient que je suis attiré par les femmes lorsque je suis en relation avec des hommes. Ma sexualité touche à tous les genres.»
 
Or, c’est quelque chose qu’il découvre en vieillissant. Cameron Carpenter est un génie des claviers, il apprend cet art au American Boychoir School dès l’âge de 11 ans avant de se diriger vers l’University of North Carolina School of the Arts. Il était autant attiré vers les garçons que les filles «c’était important pour moi, mais c’est seulement vers l’âge de 15 ans que j’ai vraiment réalisé ça dans ma vie quotidienne», dit-il.
 
«C’était une bénédiction que d’avoir été dans un pensionnat dès mes 11 ans et, par la suite, j’ai été accepté à l’Université de Caroline du Nord à 14 ans et, de là, j’ai directement été à Julliard. Donc, j’ai été loin de la maison dès 11 ans et je n’y suis jamais retourné. Ce qui est fantastique est que j’avais l’appui de famille, mais en même temps cela voulait dire que je pouvais explorer ma sexualité comme je l’entendais. Je n’ai pas eu à faire mon coming out comme bien d’autres gens doivent le faire. De plus, je venais d’une famille aux idées très ouvertes. Il n’y avait aucun doute dans ma tête que je ne serai pas accepté», de souligner Cameron Carpenter.
 
Tout cela a servi à former Carpenter qui allait ainsi devenir un virtuose compositeur, performeur et maître incontesté du spectacle !
 
Aujourd’hui, le répertoire de Carpenter oscille entre les œuvres de J.-S. Bach et Cesar Franck aux centaines de transcriptions d’œuvres autres que de l’orgue, ainsi que des compositions originales et des collaborations avec des artistes de jazz et de la scène pop. Ces concerts comprennent certaines des salles des plus réputées du Royal Albert Hall de Londres à la Salle Tchaïkovsky de Moscou en passant par la Konzerthous de Vienne. Les enregistrements de Carpenter son également variés : il y a l’album Revolutionary nommé aux prix Grammy (il est d’ailleurs le seul organiste à avoir jamais été en nomination pour un album solo aux Grammy’s). Son dernier album intitulé «If You Could Read My Mind» mélange les styles prisés par Carpenter soit du classique et du moderne ainsi qu’une pièce d’orgue appelée «Music for an Imaginary Film».
 
«Je ne suis pas sûr que c’est ce que je voulais faire. Encore aujourd’hui, je ne suis pas certain. Mais c’est une obsession et les obsessions ne vous laissent guère le choix», dit-il de l’époque lorsqu’il était un prodige de l’orgue. Cela étant dit, Carpenter a tout de même révolutionné le milieu de la musique classique avec son International Touring Organ avec un instrument monumental – un orgue digital – qu’il a lui-même dessiné et fabriqué par Marshall & Ogletree. Quant à sa tournée, après plus d’une dizaine d’année de préparation, il l’a lancée en mars 2014 lors du festival de la Alice Tully Hall du Lincoln Center. Après quoi, il y a eu les salles majeures d’Europe.
 
«Je ne sais pas si j’ai révolutionné mon domaine musical, mais j’ai révolutionné ma vie musicale et je suppose celle de l’auditoire qui vient m’entendre. J’ai l’impression que, à part quelques rares et merveilleuses exceptions, la communauté des organistes en est une de très conservateurs, je regrette de le dire, mais ils sont du genre plutôt arriéré. On croirait qu’une communauté de gens des plus travaillants et parmi les musiciens les moins bien payés et avec peu de débouchés musicaux qu’ils regarde-raient ailleurs pour de nouvelles opportunités puisque nous arrivons au déclin de l’ère des grandes orgues et de l’Église. Ce sont ces types de limites structurelles qui font qu’un organiste ne peut avoir une carrière semblable à celle d’un pianiste. J’essaie justement de changer tout cela», note-t-il.
 
Quelques jours après l’entrevue, il a fait fureur lors d’un concert au Centennial Hall de Tucson en Arizona. Le public a adoré son mohawk, mais de toute façon autant ses fans que ses détracteurs se sont toujours amusés du style et de l’extravagance de Carpenter… 
 
 
Le concert du 29 mars prochain au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts à Montréal sera le premier d’une série de cinq performances que comprend sa tournée canadienne, incluant Saint Catherines (le 30 mars), Toronto (1er avril), Kingston (3 avril) et Ottawa (4 avril).

Pour plus d’infos sur Cameron Carpenter :
www.cameroncarpenter.com

ou sur le site du Festival musique de chambre : 
www.festivalmontreal.org