Par ici ma sortie — nous et la société

Éric et les Fantastiques, transphobes ?

Denis-Daniel Boullé
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Le 22 février denier, La Presse révélait que le Québec avait dépensé 9 millions pour plus de 600 changements de sexe. Précision importante qui n'apparaissait pas dans le titre de l'article, depuis... 2009. Soit une moyenne de 1,5 million par an.

Lors de son émission Éric et les Fantastiques sur Radio Énergie, l'animateur, Éric Salvail, et son équipe, Réal Béland, Mike Ward, et Caroline Proulx, ont ironisé autour des opérations de changement de sexe tout en s'indignant que ces opérations soient remboursées, et donc à la charge de tous les Québécois. Dans leurs conseils éclairés, ils signalaient le Brésil comme pays qui devrait prendre en charge ces opérations-là. Gros cliché stupide sur ce pays d'Amérique latine. Cela en dit long sur l'attachement de ces animateurs vis à vis du principe d'universalité du système de santé. Un principe malmené, certes, mais qui reste cher aux Québécois.

1er rappel : La transidentité n'étant plus considérée comme une maladie, certains voudraient que les opérations de changement de sexe ne soient plus remboursées. Visiblement, les animateurs abondent dans ce sens. Or, il y a des soins couverts par l'assurance maladie qui ne sont pas des maladies. La grossesse, l'accouchement, et les soins donnés au nouveau-né ne sont pas, à ce que je sache, des maladies.

2e rappel : Le diabète de type 2 au Québec représente 3,5 milliards des dépenses en soins de santé par an. Les coûts liés à ce diabète acquis ne cesent d'augmenter et représentent proportiennellement la maladie la plus onéreuse après la maladie mentale dans la plupart des pays occidentaux, bien avant le cancer. Or, devrions-nous nous en prendre aux diabétiques, les accusant d'avoir eu une mauvaise hygiène alimentaire et phsyique en leur refusant la gratuité des soins ? Non, et c'est normal au nom du principe d'universalité. Mais ni les Mike Ward, ni les Éric Salvail de ce monde ne se paient la tête des diabétiques. Aucune Catherine Proulx de ce monde ne demande aux diabétiques de type 2 d'aller se faire soigner ailleurs comme elle et ses co-équipiers le suggéraient pour les personnes trans.

Éric Salvail et son équipe sont-ils transphobes ? Peut-être pas. Sont-ils stupides ? Peut-être pas non plus. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est qu'ils font preuve d'une ignorance crasse, d'un humour de bas étage, et d'un populisme bon marché.