Jeunes - Tendances

La majorité de la génération Z ne se voit pas exclusivement hétérosexuelle

Maxime Hamel
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Une enquête d’opinion révèle que moins de la moitié de la Génération Z américaine, âgée de 13 à 20 ans, se considère exclusivement hétérosexuelle

 

Les intégristes du genre peuvent s’accrocher à leurs sièges, la génération à venir s’apprête à envoyer valser les catégories de genre et d’orientation sexuelle que nous connaissons aujourd’hui : selon un sondage de l’institut de prospective américain Walter Thompson publié le 11 mars, moins de la moitié des 13-20 ans américains (48%) se considère comme “exclusivement hétérosexuelle”. Chez leurs aînés, les 20-35 ans, la proportion est de 65%. Interrogés sur leur perception du genre, les pré-ados de a génération Z, qui en sont encore au stade des premiers émois, ouvrent de fascinantes perspectives d’avenir sur les mécanismes de la sexualité et de l’identité.

Ainsi, détaille l’étude partagée par Broadly, 56% des ados interrogés disent utiliser ou connaître quelqu’un qui utilise les pronoms neutres «they», «them» voire «ze» pour se décrire, tandis qu’un tiers d’entre eux déclarait fermement croire que le genre ne définit plus autant une personne aujourd’hui qu’avant (seul un quart des 20-35 ans partage cette opinion). Un libéralisme culturel qui se traduit, concrètement, dans le choix de style vestimentaire.

A l’heure ou H&M et Zara sortent des collections neutres pour monsieur ou madame-tout-le-monde indistinctement, que Jaden Smith (la personnification de la génération Z) se balade en jupe et devient l’égérie de Louis Vuitton pour sa collection femme, les 13-20 ans n’ont clairement aucun souci à chiner des fringues dans des rayons que leurs aînés s’interdisent d’approcher. Seuls 44% d’entre eux avouent n’acheter des vêtements que dans le rayon correspondant à leur sexe. L’intégralité de l’étude, qui traite également des enjeux du genre dans le sport, les infrastructures modernes ou la représentation médiatique des minorités sexuelles, sera dévoilée samedi à l’occasion d’un atelier festival au South by Southwest, à Austin, Texas.

Pour Shepherd Laughlin, du cabinet d’étude Walter Johnson, ces résultats, menés sur un échantillon de 300 jeunes, peuvent être extrapolés à l’ensemble de la population des 13-20 ans américains. Selon lui, l’approche complexe et plurielle de la sexualité par la génération Z est une tendance de fond, qui s’explique par différentes raisons.

La première, et la plus évidente, s’explique par les progrès rapide de l’évolution de mentalités ces dernières décennies et l’affirmation médiatique et culturelle de communautés jusqu’alors déstructurées et dissimulées. Comme chaque génération avant elle, celle des 13-20 ans prend pour acquis des concepts que ses aînés ont encore du mal à accepter, au premier plan desquels l’existence d’une riche et complexe rose des vents sexuelle, là où la société du XXe siècle ne voyait qu’une seule direction possible. Avec la pluralité des genres comme certitude pré-établie et renforcée par des célébrités désormais ouvertement pansexuelles, plus facile de comprendre son prochain et, fatalement, de s’interroger soi-même. Et pour toutes les questions qu’ils se posent, Google est plus discret et plus clair que l’infirmière du lycée.

Pour Laughlin, l’explication derrière les chiffres du sondage vient de l’exposition permanente de la génération Z à un vocabulaire entièrement nouveau lié aux nuances d’identité sexuelle, une richesse sémantique incomparable par rapport à leur aînés qui leur permet d’affiner leur pensée critique à ce sujet : “La génération Y est plutôt ouverte à ce sujet, mais elle n’a pas été exposée à la variété de vocabulaire auquel la génération Z a été habituée, surtout sur les plateformes de discussion comme Tumblr.»

Pour lui, cet éclatement de l’identité sexuelle est tout sauf une mode, et les 13-20 ans à la sexualité pluriforme d’aujourd’hui modifieront radicalement les rapports sociaux entre les adultes de demain. «Quand cette génération pénétrera dans l’univers professionnel et interagira avec leurs aînés de la génération Y, cette dernière comprendra beaucoup mieux ces enjeux à leur contact, et l’écart entre les deux générations se réduira.» Et, d’ici une vingtaine d’années, dans les open space remplis d’hommes en jupe aux prénoms non-genrés, les mots «hétérosexuel» et «homosexuel» ne seront peut-être plus que des coquilles vides, trop générales pour définir l’orientation sexuelle et amoureuse.