De qui Reda est-il le nom?

Confusion au tribunal sur le violeur présumé de l'écrivain Édouard Louis

L'agence AFP
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L'audience consacrée vendredi à l'assignation d'Édouard Louis par son violeur présumé pour atteinte à la présomption d'innocence a pris un tour mi-cocasse, mi-absurde, en raison d'une confusion sur l'identité de « Reda », qui attaque l'écrivain.

«Qui est le demandeur? Qui est votre client? Qu'a-t-il à voir avec la personne mise en détention (dans le cadre de l'enquête sur le viol de l'écrivain Édouard Louis, NDLR)? Quelle pièce produisez-vous? »

Le juge Alain Bourla, sans jamais se départir d'un calme un rien narquois, assaille de questions les avocats de « Reda ».

Du moins, c'est sous ce nom ou surnom qu'il apparaît dans « Histoire de la violence », comme l'homme qui viole et violente, un soir de Noël, Édouard Louis. Aucun des deux ne s'est présenté à l'audience vendredi.

C'est aussi sous l'identité de « Reda », de nationalité marocaine, qu'il est cité, et a été incarcéré, dans l'enquête sur cette agression.

Mais c'est sous u n autre nom, « Monsieur R. B. », et avec la nationalité algérienne, qu'il assigne l'écrivain de 23 ans, pour atteinte à la vie privée et à la présomption d'innocence.

Cette identité-là, c'est la bonne, « la vraie », assurent Thomas Ricard et Matthieu de Valois, avocats de celui qui restera ici, par souci de simplicité, « Reda ». Et de produire un acte de naissance.

Si l'homme, en prison depuis janvier, a d'abord caché son vrai nom à la police, c'est parce qu'il est en situation irrégulière. « Un sans-papiers aussi a le droit de se défendre », lance Me Ricard.

Pour le juge, cette incertitude sur l'identité pose la question de la « qualité à agir » de « Reda ». Et donc de la recevabilité de ses demandes, notamment des dommages-intérêts de 50.000 euros, et un encart dans les exemplaires du roman déjà publiés.

L'avocat d'Édouard Louis, Emmanuel Pierrat, boit du petit lait.

« Dans le dossier pénal et dans le dossier civil, vous avez cinq identités différentes », souligne-t-il. Et d'ironiser: « Est-ce qu'on peut rendre identifiable par un livre un homme dont même les avocats ne connaissent pas la véritable identité? ».

« Reda » estime que l'ouvrage d'Édouard Louis, vendu à 80 000 exemplaires, permet de le reconnaître si l'on croise tous les détails: son âge, ses origines, son homosexualité, sa consommation de cannabis, sa fréquentation d'un quartier, son surnom...

Il estime surtout qu'avec ce livre, qui décrit en détail une tentative d'étranglement et un viol, il se retrouve « condamné avant d'être jugé », explique Me de Valois.

Mais pour la défense, impossible en partant du livre d'identifier le jeune homme brun « à fossettes » d'origine maghrébine qu'Édouard Louis emmène chez lui, avec qui il fait l'amour, avant d'être agressé très violemment quand il s'aperçoit que son amant vient de dérober son iPad.

Me Pierrat souligne que rien qu'en 2015, 2 633 Reda sont nés en France. Et martèle que c'est l'ADN, et non le livre, qui a permis de confondre un suspect.

Me Bénédicte Amblard, pour le Seuil, éditeur de l'ouvrage, parle elle de demande « absurde » à propos de l'encart dans « Histoire de la violence » que demande « Reda ». Le texte, qui soulignerait les atteintes à la présomption d'innocence et à la vie privée, mentionne en effet... la véritable identité de « Monsieur R. B. »

L'identité vraie ou fausse, choisie ou subie, voilà qui fait écho à la vie de l'écrivain, qui en a fait la matière de son oeuvre.

Édouard Louis déboule sur la scène littéraire en 2014 avec « En finir avec Eddy Bellegueule ». Dans cet ouvrage vendu à 300.000 exemplaires, il relate sa rupture avec sa famille du nord de la France, décrite comme pauvre, intolérante et violente.

Depuis, Eddy Bellegueule, son nom à l'origine, a fait officiellement modifier son état civil. Il s'appelle désormais Édouard Louis.

La décision sur la recevabilité des demandes de « Reda » et, le cas échéant, sur les demandes elles-mêmes, a été mis en délibéré au 15 avril.