En performance

Un géant en mouvements

Samuel Larochelle
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Nico Mayday

Diplômé en danse contemporaine à 28 ans, Nicolas Patry a fait son entrée dans le milieu sur le tard, mais cela ne l’a pas empêché d’attirer l’attention de plusieurs grands chorégraphes québécois, telles Mélanie Demers, Virginie Brunelle et Danièle Desnoyers. Avec cette dernière, il aura d’ailleurs l’occasion de danser sur la scène de la Maison symphonique avec l’organiste en résidence, Jean-Willy Kunz. 

Les 6 et 7 mai prochain, Nicolas et ses collègues danseurs y présenteront Anatomie d’un souffle. Un projet dans lequel Desnoyers continue d’explorer le rapport entre la musique et les corps. « On essaie de voir comment le son peut entrer dans un corps et le faire vibrer, en trouvant sa poésie », explique l’interprète. Si la chorégraphe travaille souvent avec des musiques électros ambiantes ou rythmées, ses danseurs composent cette fois avec la nature déroutante de l’orgue. « Au début, c’était difficile de ne pas produire automatiquement des gestes majestueux, puisque l’orgue est associé au religieux et au sacré. Il fallait revenir au ressenti du corps et apprivoiser cette musique faite de longues notes et de rythmes très différents. »
 
Cette exploration est familière à Patry, lui qui a fait partie pendant des années des majorettes. « Depuis l’essor artistique de la discipline, les ensembles chorégraphiques consistent à reproduire des formes géométriques précises, en réalisant des mouvements très serrés, avec des drapeaux, des sabres et des carabines. C’est la rencontre du sport, de la danse et de la musique. »
 
Très vite, les majorettes lui ont ouvert les yeux sur une nouvelle passion. « Pendant mes cours à l’université, je bougeais dans ma tête et je réfléchissais à mes pas. Rendu chez moi, je pratiquais les chorégraphies au sous-sol. Avec le temps, les majorettes m’ont appris à développer la précision du mouvement, à occuper l’espace et à apprendre une chorégraphie. C’est aussi là-bas que j’ai connu plusieurs personnes qui étudiaient en danse. »
 
À 24 ans, il a décidé de les imiter en tentant sa chance à l’École de danse contemporaine de Montréal (EDCM). « À l’époque, j’étudiais en commercialisation de la mode et je faisais des crises d’angoisse. J’avais aussi un boulot en lien avec mes études et il répondait plus ou moins à mes valeurs. Alors, je me suis donné un an pour faire quelque chose d’éclaté. Je cherchais un projet artistique pour me payer la traite, avant de finir ma vie dans un bureau. »
 
Rapidement, il a compris qu’il allait consacrer bien plus que douze mois à la danse. « Mon corps et mon esprit étaient alignés pour une rare fois dans ma vie. Je me suis embarqué tête première. J’avais beaucoup de 
retard à rattraper sur ceux qui avaient étudié la danse intensivement au secondaire. Je suivais des cours sur l’heure du diner pour peaufiner ma technique, j’allais au gym pour améliorer ma condition physique et je restais une heure après l’école pour assimiler ce que j’avais vu durant la journée. C’était épuisant, mais tellement enrichissant de faire quelque chose que j’aimais. Le matin, dans l’autobus, je sentais que ça brûlait dans mon ventre, parce que j’avais hâte d’aller danser.» 
 
Depuis sa sortie de l’école, la danse l’a mené dans une dizaine de pays d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord, en plus de le faire grandir auprès de plusieurs chorégraphes. Des créateurs qui ont composé avec une particularité physique bien rare en danse : son corps de 195 cm. « Au début, je n’acceptais pas totalement ma grandeur et ça paraissait. En auditions, on me disait que je bougeais très bien, mais qu’il me manquait une petite affaire : je n’affirmais pas mon unicité. Quand j’ai appris à l’aimer et à l’exploiter, les gens ont commencé à me dire que je devenais encore plus grand. »
 
Mais au final, il a également compris que la danse est bien plus qu’une affaire physique. «C’est avant tout une question de personnalité, d’énergie, de présence, de charisme et du rapport qu’on peut établir avec les autres danseurs. »
 
Voilà une partie du bagage qu’il transmet aux jeunes à qui il enseigne à l’EDCM, lui qui prépare peu à peu son après-carrière de danseur. « Je ne veux pas jouer à l’autruche, affirme l’interprète de 35 ans. Je sais que les blessures s’accumulent. Je pense à la fin de carrière qui arrive bientôt, mais je laisse ça aller. J’ai encore plusieurs beaux projets comme danseur au cours des prochaines années. Mais l’enseignement et la chorégraphie vont peut-être prendre plus de place avec le temps. Je me laisse surprendre. » 
 

ANATOMIE?D’UN?SOUFFLE, les 6 et 7 mai. Maison symphonique