L’autodéfense

Lutter pour gagner !

André-Constantin Passiour
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Fight to win

Il est tard, vous marchez dans la rue, d’une main, vous avez votre sac d’épicerie et, de l’autre, vous avez un parapluie. Un individu louche vous accoste et ce n’est pas pour vous faire la cour! Comment se défendre? Heureusement, vous avez pris des sessions d’autodéfense et votre parapluie vous sert «d’arme» pour parer aux coups et vous en sortir indemne de cette attaque gratuite... C’est ce qu’enseigne à la base Matthew Dykstra dans des cours d’autodéfense nouvellement offerts à la Galerie Dentaire. Il ne s’agit pas ici de karaté ou de judo, mais d’une vieille technique de combat développée aux Philippines !

Cette forme de lutte s’appelle «Kali», mais on la connait aussi sous des noms tels que «Arnis» ou encore «Escrima». «Dans la vie moderne, si vous êtes dans le métro, dans la rue ou ailleurs, le Kali est une forme idéale pour se défendre car il vise une fin rapide du combat car ici, on ne veut pas donner des coups de poings à l’infini comme dans le Muay-thaï (la lutte thaïlandaise), par exemple», d’expliquer Matthew Dykstra qui enseigne le kali depuis trois ans, mais qui s’entraine avec le Grandmaster Christopher Bautista, un des bonzes en la matière à Montréal, depuis 15 ans maintenant près du métro Plamondon.
 
Ce qu’on veut apprendre ici aux gens c’est que, finalement, on peut se servir d’à peu près n’importe quoi pour parer aux attaques. «On travaille sur les détails parce que, lorsqu’on lutte contre un couteau par exemple, les détails font toute la différence entre la vie et la mort...», affirme M. Dykstra qui a fait des arts martiaux depuis 35.
 
Mais d’où vient au juste le Kali ? «C’est un style de lutte développé en 1521 aux Philippines par le chef Lapu Lapu, poursuit Matthew Dykstra. Lorsque le navigateur et conquistador Magellan a débarqué aux Philippines, ces gens n’avaient pas grand-chose pour se défendre contre les Espagnols qui étaient bien armés. Il fallait que ce soit facile à apprendre pour eux. Ils ont conçu la technique du «gunting», c’est-à-dire du ciseau, il s’agit du principe de pouvoir bloquer d’une main et de frapper de l’autre. C’est comme cela que les Philippins, dans un premier temps à la bataille de Mactan, ont pu battre Magellan et ses hommes...»
 
Mais d’où lui vient cette passion, cet engouement ? Eh bien c’est simple : à Toronto, à l’âge de 16 ans, Matthew Dykstra et un ami se sont fait attaquer par un homme saoul. «Nous étions intimidés, on ne savait pas trop quoi faire. Cela a été un déclencheur pour moi. J’ai commencé à faire des arts martiaux et, deux mois plus tard, j’avais appris à me défendre et à avoir confiance en moi», confie celui qui, dans la vie de tous les jours, est infirmier à l’Hôpital général du Lakeshore. Le procès de son agresseur a duré trois ans et, finalement, il a été trouvé coupable.
 
C’est donc dans la belle et confortable salle de la Galerie Dentaire que l’on peut s’instruire au Kali. «Je suis tout à fait à l’aise à la Galerie Dentaire et dans la communauté gaie, affirme M. Dykstra. J’aimerais enseigner les arts martiaux aux gens de la communauté parce qu’il y a déjà eu des attaques dans le Village. Je crois que cela peut être utile dans ce contexte et que les gens puissent se défendre. (...) Le Kali est un combat de survie et, contrairement aux arts martiaux «traditionnels», ici, on peut doser dans le sens qu’on n’a pas besoin de casser des os, on peut mettre un terme au combat et arrêter son adversaire promptement...»
 
Les lundis et mercredis de 19h à 21h.
À la Galerie Dentaire, 1200, rue Amherst, suite 102, Montréal. 514-523-5535.