Humour et respect

Quand l’humour s’adonne à blesser une personne

Laurent McCutcheon
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Au cours des derniers jours, nous avons été témoins d’un débat sur la liberté d’expression au nom de l’humour. Y a-t-il une limite à ne pas franchir ?


Mike Ward a été le premier frappeur, la balle a été reprise par Guy Nantel, dans un sketch se voulant une réplique à la liberté d’expression.

J’aime l’humour, j’aime rire. Surtout lorsque c’est drôle. Mais selon moi, la limite à ne pas franchir commence au moment où, gratuitement, on se met à blesser une personne. Chers humoristes, permettez-moi de vous rappeler la différence qui existe entre rire d’une situation, d’un contexte, d’une communauté et de blesser une personne en particulier. Vous pouvez mettre en évidence les travers des gros, des petits gros, des gais, des groupes ethniques : des représentants de ces groupes pourront vous donner la réplique. Mais s’en prendre aux caractéristiques physiques d’une personne dépasse la limite.

Nous avons la chance de vivre dans un pays qui accorde une large part à la liberté d’expression. Ce grand principe est le fondement de la démocratie qui permet à chacun d’exprimer ses idées et ses opinions et à l’autre de répliquer. L’humour a élargi ce principe démocratique sans se donner de balises.

J’aime rire, mais je trouve inadmissible de rire d’un enfant. Il est interdit d’abuser d’un enfant, que ce soit physiquement, sexuellement ou psychologiquement.

Traiter publiquement Ariane Moffatt de grosse lesbienne dépasse la règle élémentaire du droit à la liberté d’expression. Il s’agit d’une attaque qui vise la personne elle-même.

Lorsque l’un de nos plus grands humoristes, Martin Matte, décide au nom de la liberté d’expression de brimer la liberté d’Éric Salvail en dévoilant son orientation sexuelle, il dépasse la limite. Moi aussi j’étais agacé par les allusions à peine voilées d’Éric Salvail, et je souhaite que les personnalités publiques sortent du placard, je m’y attarde depuis 40 ans. Tout le monde savait, dit-on. Rien de moins certain ! Les artistes évoluent dans leur propre monde, une microsociété. Peut-être que le milieu connaissait son orientation sexuelle. Martin Matte en a fait l’annonce à deux millions de personnes. Ce droit revenait à Éric Salvail, même si je crois qu’il est périlleux pour une personnalité publique de cacher son identité réelle.

Enfin, rappelons que les Chartes des droits et libertés de la personne sont écrites au singulier. Il s’agit d’interdire la discrimination envers une personne.

Continuez de nous faire rire, inspirez-vous d’Yvon Deschamps, de Sol, d’André Sauvé, de Louis-José Houde, de l’Oncle Georges et de bien d’autres, qui ont compris que l’humour est un jeu de l’esprit. Dommage que Martin Matte ait été entraîné dans cette mésaventure, lui qui a l’habitude de manier le jeu de l’esprit avec habileté de manière à faire rire.

Le Québec a suffisamment d’esprit pour nous faire rire et faire un « Bye Bye » qui soit drôle sans blesser les personnes. Aiguisons nos esprits.

 

Laurent McCutcheon, 

Pionnier de la lutte contre l’homophobie