La chronique du Conseil québécois LGBT

Kiss-in, Kiss-out

Marie-Pier Boisvert
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Marie-Pier Boisvert

Le 9 mai dernier, pour manifester notre soutien aux victimes d’une agression violente et homophobe qui s’était déroulée la semaine précédente, le Conseil québécois LGBT a organisé avec Gai Écoute ce qu’on appelle communément un « kiss-in ».


 
Le concept est simple : une belle gang de personnes – dans ce cas-ci, des personnes LGBTQAI+ –   se rassemblent pour s’embrasser sur la place publique et montrer que, comme ils disent en anglais, « we’re here, we’re queer, get used to it! »
 
J’étais invitée à prononcer un discours pour parler du Conseil, et de droits, puisque c’est notre mission, la défense des droits des personnes LGBT. Et comme j’ai réussi à me faire pleurer moi-même en l’écrivant, je me suis dit que c’était peut-être un discours qui valait la peine d’être publié; donc voilà. Je vous laisse avec ça.« [Introduction plate que je vous épargne]. 
 
J’aimerais vous parler un peu de droits. De nos droits, de vos droits. Il se trouve qu’on en a, hein, aussi étonnant que ça puisse paraître, puisqu’on a encore besoin de se rassembler ici, ce soir, pour rappeler ça au monde.
 
On devrait avoir tous les droits et pourtant il y a des gens qui pensent qu’ils ont des droits sur nous, sur nos corps, qu’ils ont le droit de jouer à la police du comportement, de la « nature » et même de l’amour. Pourtant, qu’est-ce qu’ils ont fait, Simon et Sébastien, au juste? 
 
Ils se sont embrassés. En public.
 
Mais à quoi ils ont pensé exactement en décidant de s’embrasser? Les gens se posent beaucoup cette question-là. Ça vaut sûrement la peine de s’y pencher : à quoi on pense quand on embrasse une personne qu’on aime? Peut-être qu’elle vient de dire quelque chose de vraiment adorable, et que ça nous a soulevé la poitrine, ça nous a coupé le souffle littéralement et on l’embrasse parce qu’il n’y a rien d’autre à répondre. Peut-être qu’on la regardait dans les yeux et que ça nous donnait mal au ventre alors on s’est dit qu’en l’embrassant on n’aurait pas le choix de fermer les yeux pis que ça ferait peut-être un peu moins mal? (…En fait non, c’est un piège, ça va nous donner encore plus mal au ventre, je vous avertis.) Peut-être qu’on l’embrasse parce qu’on lui a fait de la peine pis qu’on voudrait s’excuser encore mais que ça fait déjà 50 fois et qu’on l’embrasse pour lui demander plutôt : «Peux-tu me pardonner». Peut-être qu’on a nous-même de la peine et qu’on a squeezé sa main un peu plus fort pour lui dire qu’on avait besoin de réconfort et qu’elle sait pas quoi dire, elle non plus. Alors c’est elle qui nous embrasse.Parfois on l’embrasse parce qu’on est fatigué. Parce qu’on s’en va pour longtemps… ou juste pour quelques minutes. Parce qu’on l’a pas vue depuis longtemps. Parce qu’elle est là et que ça fait tellement 
du bien. 
 
Et oui, des fois on l’embrasse parce qu’on la désire. Et qu’on espère qu’elle nous désire en retour.
 
Mais à la fin, juste avant que ça se passe, généralement on pense à ses lèvres. On se souvient de la dernière fois qu’on l’a embrassée, et on attend déjà la prochaine fois. On colle nos lèvres sur les siennes pour mettre « pause » sur le monde, juste penser à ses lèvres.
 
Donc à quoi ont pensé Simon et Sébastien en s’embrassant? Je ne sais pas exactement, mais j’aimerais ça que les gens arrêtent de se poser la question, surtout s’ils croient qu’ils se sont fait agresser parce qu’ils s’embrassaient. Non. Ils se sont fait agresser parce que leurs agresseurs ont décidé que c’était leur droit, que dis-je, 
leur devoir de les agresser. 
 
C’est un véritable cadeau pour moi, pour nous, pour toutes les communautés LGBT du Québec qu’ils nous font en étant ici.  Il faut que les agressions homophobes, et la peur de subir des agressions homophobes cessent ici; l’amour c’est assez terrifiant tout seul, il me semble, ça serait pas pire d’avoir juste ça à gérer, non? »
 
 
 
CQLGBT