Prix annuels de la fondation émergence

Hommage à Justin Trudeau et à une alliée... ainsi qu’un coup de cœur

Étienne Dutil
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Les prix de la Fondation Émergence remis à l'ex-ministre Marguerite Blais, au journaliste François Cormier et au Premier ministre du Canada Justin Trudeau

Fébrilité, lundi 16 mai dans les milieux communautaires LGBT, et dans les salles de presse suite à l'annonce de la présence du Premier ministre en personne lors de la cérémonie de remises des prix de la Fondation Émergence à des personnes s'étant distinguées dans la lutte contre l'homophobie et la transphobie en favorisant, l'intégration sociale et légale des minorités sexuelles. Une cérémonie chargée d'émotions et d'une grande portée symbolique aussi bien pour les minorités sexuelles d'ici, que d'un message fort à l'égard de la population canadienne, mais aussi à l'extérieur des fjustinrontières.
 
Questions d'horaires, le prix Laurent-McCuchteon, le plus presti-gieux des trois pris, a été remis au Premier ministre Justin Trudeau, bousculant la chronologie de l'événement. Soulignant ainsi l’enga-gement hors pair de Justin Trudeau « dans la démystification des réalités lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentitaires (LGBT) auprès d’un large public, et ce, à travers le Québec et le Canada »,a détaillé Claude Leblond, président de la Fondation Émergence.
 
Pour le Conseil d’administration de la Fondation Émergence, le premier ministre du Canada apporte des changements tangibles au plan politique pour la reconnaissance et le respect des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentitaires (LGBT). Justin Trudeau a justinentre autres soutenu le mariage gai, inclus quatre députés LGBT dans son caucus, favorisé l'entrée au Canada de réfugiés LGBT syriens. Dans son discours de remerciement, Justin Trudeau a évoqué son père, lui-même honoré par la Fondation Émergence en 2005. « S’aimer n’est pas crime ! Pas aux yeux des Canadiens, ni aux yeux de la Loi », a déclaré le Premier ministre. « Nous avons tous travaillé beaucoup trop fort pour nous arrêter ici. Trop fort pour nous contenter des progrès réalisés. Au Canada, nous devons faire plus, pas juste ici pour nous, mais pour démontrer au monde qu’une société ouverte, libre, est la plus grande aspiration que nous avons ici sur cette planète. Nous allons faire un grand pas pour les LGBT. Nous déposerons dès demain, 17 mai, lors de la Journée internationale de lutte contre l’homophobie, le projet de loi C-16 pour assurer la protection plein et entière des droits des personnes transgenres », a-t-il déclaré sous un tonnerre d’applaudissements.
 
De même a-t-il ajouté qu'il souhaitait permettre le don du sang par des personnes LGBT, et accorder le pardon du Canada aux homosexuels condamnés en raison de leur orientation sexuelle avant 1969, année durant laquelle, son père, Pierre Elliott Trudeau avait décriminalisé l'homosexualité. Il a terminé en ajoutant qu’il serait présent au défilé de la Fierté de Montréal en août prochain, en tant que Premier ministre du Canada cette fois-ci. Il sera rappelons-le, le premier chef de gouvernement fédéral à le faire.
 
Notons que le prix L. McCutcheon a été remis à Justin Trudeau par Stéphanie Vallée, ministre de la Justice, procureure générale du Québec et responsable de la lutte contre l’homophobie et la transphobie.
 
Marguerite Blais, une alliée de longue date
Honorée comme "Alliée", Marguerite Blais a porté une attention particulière à la condition des personnes aînées LGBT en signant la Charte de la bientraitance envers les personnes aînées lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentitaires. «Je suis extrêmement touchée de recevoir cette distinction?», s’enthousiasme l’intéressée. «C’est un symbole très fort. Certes, je suis hétéro, mais je me suis toujours beaucoup impliquée dans les causes qui combattent l’exclusion. Pour moi, c’est un engagement sociétal, pas politique?», insiste Marguerite Blais. «Alors que j’animais l’émission "Les mots pour le dire", j’y ai entendu beaucoup de souffrance. À l’époque, on avait encore bien du chemin à parcourir pour faire avancer les mentalités. Il faut pourtant encore et toujours faire de la sensibilisation…?»

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Marguerite Blais est une figure connue du grand public par son travail à la télévision et à la radio (1971 à 2002). Ministre responsable des aînés de 2007 à 2012, elle fut nommée vice-présidente de la Commission des relations avec les citoyens de 2014 à 2015. Son engagement social actif auprès de plusieurs organismes a été maintes fois reconnu. «Apprendre ces valeurs de sensibilité, ça commence très tôt?», admet l’intéressée. Cette fibre humaniste, elle l’a appris très jeune en suivant sa mère dans de nombreuses activités d’entraide auprès des personnes âgées, handicapées ou malentendantes. «Je pense que cela m’a prédisposé aux réalités différentes.?»
 
justin«Mon père ne voulait pas que je sorte avec des garçons. Pour mon bal de graduation, il a même pourchassé mon cavalier avec un balai?», sourit-elle. Il a fallu que ma mère s’en mêle. Mais j’ai dû intégrer cette injonction paradoxale de mon père, quand j’ai réalisé que la plupart de mes amis de gars… étaient gais?!» Une anecdote qu’elle raconte dans ses mémoires, Les lieux de mon cœur, publié récemment et dont une partie des profits de vente seront versés à la clinique L’Actuel. Le Dr Réjean Thomas en a d’ailleurs signé la préface.
 
L’art et la manière selon François Cormier
Le conseil d’administration de la Fondation Émergence a eu un coup de cœur pour le journaliste François Cormier en raison de l’impact positif qu’il a suscité en évoquant publiquement son homosexualité au cours d’une entrevue télévisée. Originaire du Saguenay, François Cormier a été recherchiste, rédacteur et journaliste au Réseau TVA avant de rejoindre Radio-Canada en 2007. «Je suis très fier d’être ainsi honoré par la Fondation Émergence. Je ne m’y attendais pas», affirme-t-il. «Je reste surpris de recevoir autant justind’attention, mais les témoignages de sympathie exprimés parlaient de "coming out". Or je n’ai pas fait un "coming out" en août dernier, parce que je n’ai jamais été dans le placard!» «C’était un témoignage, pas une révélation?», insiste François Cormier. «La réaction sortait de l’ordinaire. Dans ma famille, on m’a demandé "est-ce que c’était nécessaire ?" Non?! Comme ce n’est pas nécessaire, pour une animatrice X ou un comédien Y de parler de son conjoint ou de ses enfants. Je l’ai dit le plus simplement du monde parce que la conversation abordait ce sujet…»
 
Toutefois l’histoire de François Cormier "colle" bien au concept de 
la Fondation Émergence dont les activités depuis près de 15 ans cherchent à démystifier l’orientation sexuelle. «Je me réjouis que ce soit vu de plus en plus comme un fait, ordinaire et banal, parce que je ne suis pas que ça. C’est un aspect de ma personne, sans plus?» Dans ce sens, François Cormier a reporté quelques propositions de porte-parole, ou d’animation de galas ou de panels LGBT. «Je ne veux pas être le gai de service. Mon homosexualité, c’est une question de sensibilité, pas de particularité. Ce n’est pas un enjeu. Même l’expression "la communauté gaie" me gêne un peu parce la réalité LGBT à Montréal est très différente de celle d’un gai au Saguenay…»