Diversité et jeunes

L’heure du conte... lu par des Drag queens

Samuel Larochelle
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Drag lecture

À trois reprises depuis décembre 2015, des dizaines d’enfants de San Francisco ont eu droit à une heure du conte unique en son genre. Confortablement assis, le visage maquillé et l’estomac rempli de biscuits, ils ont écouté des histoires lues par les drag queens Persia, Yves Saint-Croissant et Honey Mahogany, qui a participé à la cinquième saison de la téléréalité RuPaul’s Drag Race.

Élaborée par Radar Productions, une organisation mettant en lumière les auteurs et artistes queer de la Fog City, l’activité a eu lieu entre les murs de la Bibliothèque Eureka Valley Harvey Milk, dédiée au grand défenseur des droits LGBT. Bien que l’événement débordait de candeur, il n’en était pas moins engagé et réfléchi. «Le district Castro, où se sont tenues les trois heures spéciales de contes est majoritairement composé d’hommes blancs homosexuels, souligne Juliana Delgado, directrice générale de Radar Productions. Nos interventions visaient d’abord à amener plusieurs autres personnes queer à occuper l’espace, de là l’invitation aux drag queens.»
 
Les «drag queens story hours» misaient également sur la rencontre inhabituelle des bouts de choux et des reines du nightlife. «Les petits enfants vivent dans un monde fantastique et ils ont constamment besoin de créer et de s’exprimer, alors que les drags sont incroya-blement créatives et imaginatives, affirme Mme Delgado. Dans ma tête, l’idée de les rassembler allait de soi. C’était magnifique de voir les drag maquiller les visages des tout-petits avant de passer au coin lecture. »
 
Reconnues pour leurs qualités de showgirls, mais également pour leur humour grivois, pour ne pas dire vulgaire, les trois drag ont été sélectionnées en fonction de leur nouveau public. «Elles avaient déjà l’habitude de travailler ou de côtoyer des enfants depuis des années. Quand je les ai invitées, elles étaient excitées, mais très nerveuses. Les enfants sont très différents des clients qu’on retrouve dans les bars. Elles ont bien sûr adapté leur attitude en conséquen-ce.»
 
Au programme : des contes pour enfants sur les différences, la prise en charge de sa destinée et l’acceptation de qui l’on est. Des choix taillés sur mesure pour un public aux visages multiples. «Nous avons accueilli plusieurs familles de parents hétérosexuels et de parents queer, ainsi que des enfants de tous les genres. Tout le monde se sentait en sécurité et heureux de vivre l’expérience. Au début, les petits étaient un peu gênés, mais avec le temps, ils ont vraiment embarqué dans la rencontre. En général, je crois que les enfants n’ont aucun préjugé sur les drag queens.»
 
Les événements ont connu un tel succès que plusieurs écoles et bibliothèques du secteur ont contacté Radar Productions pour inviter les drag chez elles. «C’est une bonne nouvelle pour les queens, car elles ont adoré ça. Elles m’ont toutes dit qu’elles voulaient répéter l’expérience. On retourne à la bibliothèque Harvey Milk en août et on va sûrement débuter une petite tournée par la suite.» 
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