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Les fausses peurs de Lise Ravary

Denis-Daniel Boullé
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Dans une chronique parue le mardi 31 mai dans le Journal de Montréal (JDM), Lise Ravary s'inquiétait des enfants transgenres. Et se demandait si on n'allait pas trop vite. Elle en appelait à la prudence. Ironie du sort,  le jour de la publication de sa chronique, la ministre de la Justice et ministre responsable de la lutte contre l’homophobie, Stéphanie Vallée, annonçait en conférence de presse que les mineurs pourraient changer la mention de sexe et de nom à l’état civil.


Pour justifier cette peur, Lise Ravary avance deux arguments de poids. D’une part, la science n’est pas très avancée dans la compréhension de la dysphorie de genre. D’autre part que des militants LGBT, hostiles selon elle, réfuteraient toute discussion sur cette question, au nom de l’idéologie du genre.

Si la science n’est guère avancée dans la compréhension de la dysphorie de genre, j’aurais envie d’avancer à mon tour qu’elle n’est pas très avancée dans la compréhension de l’hétérosexualité. Pour l’instant, il ne s’agit pas de « soigner » la dysphorie de genre, mais sur le terrain d’améliorer la vie des personnes, mineures ou non, qui sont confrontées à ce choix. Et là, la littérature sur le sujet est abondante, écrite par des spécialistes et des chercheurs, écrite par des personnes trans. Lise Ravary avance aussi des chiffres qui viendraient confirmer sa thèse mais sans citer ses sources. Pas très éthique.

Elle s’en prend aussi à ces militants LGBT hostiles à la discussion. Depuis plus de 20 ans que je travaille pour le magazine Fugues, j’ai rencontré tous les acteurs et toutes les actrices du milieu communautaire, des universitaires, des chercheur-e-s, qui s’intéressent au droit et au bien-être des minorités sexuelles. J’ai rencontré aussi les associations de personnes trans. Jamais je n’ai croisé de militants LGBT hostiles à la discussion. Encore moins des tenants de l’idéologie du genre. Qui sont ses militants LGBT hostiles s’arc-boutant à la théorie du genre que la chroniqueuse, comme elle l’écrit, à croiser ? Pas de noms, même pas celui d’un groupe qui les fédérerait ?

Ce qu’il y a de plus inquiétant dans l’argumentation de Lise Ravary, c’est qu’elle est en tout point semblable à celle développée par tous les opposants aux LGBT, par tous  les opposants au mariage de conjoints de même sexe. C’était la même argumentation scandée par tous ceux et celles en France qui avec la Manif pour tous refusait le Mariage pour tous. Ces opposants d’obédience religieuse et/ou conservatrice, militants d’extrême-droite et  sympathisants ne cessaient de répéter ad nauseam le danger de l’idéologie du genre ou de la théorie du genre vantée, selon eux, par un lobby LGBT. L’idéologie – ou la théorie – du genre n’existe que dans cette frange de la population qui au nom de leur propre idéologie religieuse et conservatrice veut défendre la famille traditionnelle, c’est-à-dire, hétérosexuelle genrée. Ces opposants ne citent pas leur source sinon celles d’obscures études menées par des groupes religieux américains et que l’on retrouve sur les sites – religieux aussi – d’associations guérissant l’homosexualité. 

Je ne fais pas partie de ceux et celles qui pensent que Lise Ravary est d’extrême-droite, mais il est surprenant que cette femme adhère avec autant de facilité, et par manque de recherche, à cette argumentation. Prudence pour prudence, elle aurait pu se fendre d’un coup de téléphone auprès des principaux intéressés. Par exemple, Enfants transgenres Canada, l’Aide aux trans du Québec, la Coalition des familles LGBT ou encore au Conseil québécois LGBT. D’une part, elle n’aurait rencontré aucune personne hostile, bien au contraire. D’autre part elle aurait vue que l’idéologie du genre n’est qu’une pure vue de l’esprit qui n’a pas cours sur le terrain. Bref, elle aurait fait son véritable travail de journaliste. Elle n’aurait pas conduit ses lecteurs dans une confusion déplorable et n’aurait pas aussi légèrement, et surtout imprudemment, propagé les idées d’une autre idéologie, celle de l’extrême-droite. J’invite Lise Ravary à participer à la journée communautaire de Fierté-Montréal. Je me ferai un grand plaisir de lui servir de guide.