Agression de Philippe Couillard

Agression de Philippe Couillard : un geste d’une effarante stupidité

Denis-Daniel Boullé
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Aucune justification politique ne peut justifier le geste d’agression à l’encontre du Premier ministre, Philippe Couillard, à la fin de la vigile en hommage aux victimes d’Orlando organisée par Fierté-Montréal et le Collectif du Carré rose au parc de l’Espoir dans le Village. À moins d’avoir une personnalité hautement narcissique voulant voler la vedette et reléguer au second plan ceux que nous étions censés honorés : les 49 personnes assassinées à Orlando. 

Je ne connais pas personnellement Esteban Torres. Il était parmi les personnes qui avaient demandé à prendre la parole au nom du groupe qu’il représentait, le Pink Block. Un groupe «queer» radical qui reproche aux gais d’être devenus indifférents à tout ce qui touche d’autres grands enjeux ici et à travers le monde.

Lorsque les organisateurs ont invité Esteban à prendre la parole, celui-ci est très rapidement passé à l’espagnol, trop ému pour continuer en français. Un discours très confus où il dénonçait aussi bien les violences subies par les populations syriennes et irakiennes, que celles que vivaient les populations vénézuéliennes. Il  a évoqué l’assassinat de quinze personnes dans un bar gai de Xalapa au Mexique, en mai dernier.

Somme toute, il voulait associer tous ceux et toutes celles qui, à travers le monde, sont victimes d’exactions et d’assassinats en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Un discours empreint d’un vocabulaire aux accents révolutionnaires, appelant à prendre la rue et qui s’est terminé par un Viva la Revolución.

Le geste aurait donc été motivé par des convictions politiques mais qui s’avère totalement contre productif :

  • Car quand on veut rallier des personnes à sa cause, on doit choisir ses combats, choisir ses stratégies pour espérer gagner. En semant l’émoi et la peur, l’immense majorité des participants à la vigile se sont indignés à juste titre du comportement du jeune radical.
  • Car si ce jeune dénonce la violence étatique et l’obsession sécuritaire, ce geste donne raison à un état de vouloir augmenter les mesures de protection de la population et diminuer ainsi les libertés.
  • Car la cible, Philippe Couillard, n’est pas responsable de toute la misère du monde, même si on peut se dissocier de ses politiques ou d’une complaisance à l’égard de pays qui ne respectent pas les droits de la personne.
  • Car nous sommes dans une société où l’on peut critiquer librement nos élus, un privilège que de nombreuses populations n’ont pas.
  • Car la vigile était une dénonciation de la violence envers les personnes LGBT, envers toute forme de violence, et qu’Esteban s’est abaissé au rang de tous ceux qui commettent des actes terroristes, de tous ceux qu’il dénonçait dans son discours.
  • Car, quitte à cibler des responsables, choisir Philippe Couillard témoigne d’une forme de lâcheté, sachant que dans notre société, et nous devrions nous en féliciter, les hommes et les femmes politiques sont accessibles et proches de la population.

Esteban Torres a jeté un discrédit sur le groupe Pink Block qu’il représentait et que l’on percevra dorénavant comme potentiellement dangereux physiquement lors des prochains événements.

Un gros zéro pointé pour ce groupe et son représentant qui ont su ainsi mettre une ombre sur la vigile, et surtout, plus grave, montrer que les actes homophobes, sexistes, transphobes, racistes, tous les actes qui stigmatisent et excluent, peuvent venir de nos propres communautés et nourrir une nouvelle psychose de peur.

Alors que d’autres, et ils sont nombreux, comme Éric Pineault, Jean-Sébastien Boudreault et Louis-Alain Robitaille, construisent des ponts, certains s’amusent bêtement à les faire sauter.

Il nous faut être du côté des bâtisseurs de ponts.

 

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