Le drame d’Orlando

Rêver à un monde qui réfléchisse...

Yves Lafontaine
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Yves Lafontaine
Photo prise par © Robert Laliberté

Depuis l’attentat dans un bar gai de Orlando, opportunément revendiquée par l’État islamique, le monde LGBT exprime son effroi et sa tristesse, mais aussi sa colère et sa solidarité devant ce crime de haine, un crime d’autant plus douloureux qu’il survient alors que la saison des célébrations de la fierté LGBT débute en Amérique du Nord. 


Si l’attentat d’Orlando fait ressortir la montée du fanatisme religieux chez certains hommes psychologiquement instables (ou en quête de sens à leur vie) et facilement influençables par le discours de groupes islamistes comme l’État Islamique, le caractère homophobe de la tuerie est indéniable. Pas de doute sur la cible visée : éliminer le plus de personnes LGBT possible. C’est un terrible rappel du prix payé par la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle, trans et queer à travers le monde, simplement pour ce qu’elle est. 

Je suis choqué et consterné, mais malheureusement pas surpris par cet attentat qui n’est que le résultat d’un discours de haine homophobe, qui repose sur des croyances religieuses (pas juste de l’Islam, mais aussi des religions chrétiennes et juives), insuffisamment dénoncé et combattu dans le monde, dont aux États-Unis et en France, deux pays pourtant perçus comme les berceaux des droits humains.

Il faut dénoncer publiquement les discours de haine homophobe à motif prétendument religieux, tenu par tous les «fous de Dieu» qui se croient autorisés et même encouragés à commettre les pires actions auxquelles ils se prétendent poussés de par la volonté divine ou simplement par leur valeurs.

Contrairement au Canada, les protections légales ne sont pas aussi étendues aux États-Unis et l’égalité légale entre les citoyens est loin d’être atteinte. En juin 2015, dans une décision historique, applaudie par beaucoup et saluée comme une «victoire» pour l’Amérique, la Cour suprême des États-Unis autorisait le mariage entre personnes de même sexe sur tout le territoire américain. Pour nos voisins LGBT du Sud, le combat n’est toutefois pas terminé. Comme tout couple marié, les couples de même sexe peuvent dorénavant bénéficier de certains avantages en termes de fiscalité, de couverture santé ou d’héritage. La question de l’adoption est en revanche plus floue : des obstacles administratifs et des discriminations persistent toutefois dans de nombreux États. Depuis l’été dernier, l’État du Michigan a d’ailleurs adopté une loi autorisant les agences d’adoption privées à refuser de placer des enfants dans une famille homosexuelle, au nom de la liberté religieuse. D’autres États envisagent d’aller de l’avant dans la même direction. 

Par ailleurs, devant une plus grande visibilité des réalités trans dans l’espace public, certains politiciens ont cru nécessaire d’exiger des transgenres qu’ils utilisent dans les lieux publics les toilettes correspondant à leur sexe de naissance, et non celui auquel ils s’identifient, créant artificiellement un psychodrame d’une ampleur rarement égalé. La «bataille des toilettes» a démarré après que l’État de Caroline du Nord, puis le Mississipi aient adopté, un après l’autre, des lois en ce sens. Et d’autres législations similaires sont envisagées ailleurs... Heureusement, ces règlementations controversées ont déclenché un tonnerre de protestations chez les associations de défense des transgenres et homosexuels, et plusieurs grandes entreprises et vedettes ont qualifié ces mesures de discriminatoires.

Si la proportion d'Américains qui rejettent l'homosexualité a notablement diminué depuis Stonewall, on a tendance à oublier qu’encore aujourd’hui, 28 États américains ne disposent d’aucune loi interdisant les discriminations sur la base de l’orientation sexuelle. Oui, dans plus de la moitié des États américains, il est parfaitement légal, par exemple, pour un propriétaire, de refuser de louer un appartement à une personne homosexuelle ou de lui interdire l’accès à un restaurant. Dans un tel environnement où l’homophobie est non seulement acceptable mais légale — sous le couvert de la liberté d’expression ou des valeurs morales —, la route vers l’égalité risque d’être longue.

La situation en France n’est guère plus reluisante. Depuis plus de deux ans, on a toléré que s’expriment dans l’espace public des discours religieux homophobes irresponsables (très peu condamnés) lors des manifestations et dans les médias entourant le mariage entre personnes de même sexe. Résultat: un nombre effarant d’agressions et d’actes homophobes sur le territoire français. Et pour mémoire, l’homosexualité est toujours illégale dans plus de 80 pays, voire passible de la peine de mort dans certains d’entre eux, comme l’Iran, le Soudan, l’Arabie Saoudite...

En visant un bar, un lieu de fête, de plaisir et de rencontre, l’auteur de ce massacre a visé, un lieu de joie, de danse, de célébration de la vie et de rencontre. En visant un lieu LGBT, il a confirmé la haine à l’égard de celles et de ceux qui, en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre, ne rentrent pas dans le cadre étroit et violent de leur vision du monde. Cette violence homophobe est aussi la continuité de toutes ces paroles, de tous ces discours qui insultent, infériorisent, stigmatisent ou condamnent les personnes LGBT. Il faudra être plus vigilant à l’avenir et ne pas hésiter à dénoncer le caractère haineux de certains discours ou même de poursuivre en justice ceux qui tiennent de tels propos. La liberté d’expression n’est pas sans limite.

Face à la haine terroriste, nos sociétés doivent rejeter cette haine et affirmer leur confiance dans les principes d’ouverture et d’inclusion, mais aussi elles doivent  affirmer le principe d’égale dignité de tous et de toutes, sans distinction d’orientation sexuelle et d’identité de genre.

À l’instar de Lady Gaga, nous sommes plusieurs à rêver «à un monde qui réfléchisse à ce que l’on peut faire pour surmonter cette violence». Pour aller au delà du rêve, il faudra des gestes politiques clairs. Les candidats aux élections américaines seront-ils à la hauteur ? Souhaitons le!