La chronique du Conseil québécois LGBT

Du plan et des jeux

Marie-Pier Boisvert
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Marie-Pier Boisvert

À regarder le calendrier, on savait que ça s’en venait, mais là on y est pour vrai : voici l’heure d’évaluer, de critiquer, d’innover et de renouveler le Plan d’action de lutte à l’homophobie 2011-2016, pour qu’il devienne le plan 2017-2022. 

Ô chance, ô joie qu'est la mienne d'arriver à mon 9e mois au Conseil québécois LGBT avant d'attaquer ce plan. C'est qu'il y a déjà une grande différence entre ce prochain plan d'action et le suivant: les consultations élargies. Et les groupes qui seront consultés pour ce plan, je commence à les connaître, à connaître leurs services, leurs spécificités et leurs enjeux. Ça veut aussi dire que je connais leurs frustrations: ça, c'est moins joyeux, mais c'est certainement utile.
 
Sur les 60 actions émises dans le dernier plan, certaines ont été remarquables: la création de la Chaire de recher-che sur l'homophobie, par exemple. Et la campagne de sensibilisation «Vraiment ouverts?» lancée par le gouvernement en 2013, qui montrait (à la télévision et à des heures de grande écoute!) des scènes de la vie quotidien-ne de couples homosexuels.
 
D'autres actions, comme «Mettre sur pied un groupe de réflexion et de suivi des actions pour s'assurer que l'offre de service du réseau de la santé et des services sociaux soit adaptée aux besoins des personnes de minorités sexuelles [...]», sont évidemment attendues et nécessaires, mais plus difficilement mesurables: les groupes LGBT ne peuvent pas savoir si cette action a été menée, puisqu'ils doivent attendre des nouvelles du Ministère en charge (dans ce cas-ci, le Ministère de la santé et des services sociaux (MSSS)).
 
Vous avez bien compris: on entre en consultation alors qu'on n'a pas eu de bilans des différents ministères sur les retombées du dernier plan d'action.  On s'en va leur dire quelles actions devraient être entreprises pour les 5 prochains années en n'ayant (presque) aucune idée des retom-bées du plan précédent. Je trouve ça assez curieux, pour rester politiquement correcte. Plusieurs groupes m'ont dit la même chose. 
 
On nous a aussi dit qu'on pourrait remettre des mémoires écrits jusqu'au 1er septembre, tout en nous précisant qu'une première mouture du plan d'action serait prête à l'automne pour qu'elle soit soumise à l'étude rapidement, dans le but d'être adoptée avant mars 2017. Ils vont lire tous nos mémoires, toutes nos recommandations et les intégrer dans le plan avant l'automne? Ça laisse 20 jours avant l'équinoxe: peut-être que les heures de bureau s'étirent durant le changement de saison? On l'espère, pour le bien-être de nos fonctionnaires.
 
Parce que sinon, ça veut dire qu'on n'est consultés que pour des motifs de bonne conduite, ce que je ne crois pas qui soit le cas. Mais il reste que les groupes ont noté des faux-pas déplorables: on a été invité.e.s aux consultations trois semaines avant leur tenue. On a reçu le document de préparation une semaine avant. Plusieurs groupes ont d'emblée été exclus dans le processus, puisqu'ils fonctionnent sur une base entièrement bénévole et que c'est pas si facile de se libérer de leur job à temps plein, un jour de semaine, avec si peu de préavis. Et que d'autres groupes sont peut-être oubliés, mais comme on ne sait pas qui a été invité, on ne peut pas veiller au grain. 
 
N'allez pas croire que je m'oppose au renouvellement du Plan d'action: mais on demande beaucoup d'efforts, de temps et de reddition de compte aux groupes et aux individus concerné.e.s, et on ne leur donne pas beaucoup en échange. Ni transparence, ni résultats.
 
Bien qu'il ne soit pas l'ultime solution à tous les problè-mes de transphobie, de biphobie, de lesbophobie et d'homophobie au Québec, ce plan a le potentiel d'être une vision d'avenir de ce que seront nos communautés dans les 5 prochaines années. Il est devenu indispensable pour que les ministères de notre province fassent un examen de conscience sur ce qui se passe en leur sein, que nos universités se penchent sur les droits humains qui sont oubliés chez eux, que nos ordres professionnels se saisissent de leurs responsabilités envers les populations les plus vulnérables... Et j'en passe. 
 
Mais il s'agit bel et bien de droits humains. De vies humaines. Parfois, quand le gouvernement s'en mêle, on a des résultats: nos enfants transgenres on enfin retrouvé leurs droits lors du passage du projet de loi 103, ce mois-ci. J'espère seulement qu'on verra le même genre de prises de conscience collectives avec le prochain plan d'action... En supposant qu'on aura un bilan à la fin de 2022.
 

Marie-Pier Boisvert,

directrice générale du conseil? QUÉBÉCOIS LGBT

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