Vague de propos racistes contre les communautés ethnoculturelles LGBT

La Fondation Jasmin Roy donne 25 000 $ à l’organisme Arc-en-ciel d’Afrique

Yves Lafontaine
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À la suite de la vague de propos racistes contre les communautés ethnoculturelles LGBT, survenues après la fusillade d’Orlando, la Fondation Jasmin Roy donne l’exemple et invite les différents paliers de gouvernement à faire en sorte de soutenir ces communautés.

À la suite de la fusillade à Orlando, dont plusieurs victimes provenaient de communautés ethnoculturelles, la Fondation Jasmin Roy vient d’annoncer qu’elle donne 25 000 $ sur deux ans à l’organisme Arc-en-ciel d’Afrique pour soutenir la lutte à l’intimidation dont les membres des communautés ethnoculturelles LGBT sont victimes.

« J’ai été très choqué de voir sur les réseaux sociaux la multiplication des propos racistes et homophobes après le drame survenu au club Pulse à Orlando !» déclare Jasmin Roy, lors d’une conférence de presse qui s’est déroulée au bar Cocktail, lundi matin.  «Les communautés ethnoculturelles LGBT ont besoin d’être mieux soutenues par tous les paliers de gouvernement, car en plus de vivre de la discrimination liée à leur orientation sexuelle, ils vivent aussi de la discrimination fondée sur leur couleur et leur origine ethnique, autant dans la société en générale qu’au sein même de la communauté LGBT», poursuit le président de la Fondation Jasmin Roy 

Cet organisme lutte contre la discrimination, l’intimidation et la violence en milieu scolaire aux niveaux primaire et secondaire. Jasmin Roy et les intervenants de la Fondation ont constaté depuis les dernières années qu’il était plus difficile pour les jeunes de la communauté ethnoculturelle LGBT en milieu éducatif d’accepter leur orientation sexuelle et de la dévoiler au grand jour. En plus de vivre des difficultés complexes en milieu scolaire, ils rencontrent de grandes résistances en milieu familial, car ils ont peur des répercussions négatives sur l’ensemble de leur famille.   

« Tout au long de l’année, Arc-en-ciel d’Afrique est appelé à participer à des conférences publiques lors de festivals, colloques ou bien simplement à travers des séances de sensibilisation dans les écoles du Québec, explique Yves Ulysse, coprésident d’Arc-en-ciel d’Afrique. L’Organisme «Arc-en-ciel d’Afrique est évidemment très heureux de recevoir ce don qui nous permettra de poursuivre notre mission.»

L’équipe de la Fondation Jasmin Roy est convaincue que de telles initiatives contribuent à contrer le décrochage scolaire et à faire de nos écoles des milieux qui favorisent la diversité pour tous nos jeunes.

Le plan de lutte contre l’homophobie et la transphobie du gouvernement québécois viendra bientôt à échéance. La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a réalisé le 14 juin dernier une journée de consultation auprès d’une vingtaine d’organismes du milieu pour connaitre les enjeux qui méritent d’être abordés dans le nouveau plan. Rappelons qu’il n’y avait pas d’argent pour les organismes LGBT ethnoculturels en 2016 dans le cadre du programme de Lutte contre l’homophobie. Une situation que plusieurs leaders de la communauté déplorent et qu’il faudra absolument corriger très prochainement. «Les événements survenus dimanche à Orlando nous ont tous glacé le sang et c’est certain que ça donne une couleur différente à notre consultation», avait-t-elle dit d’emblée lors de la consultation. «Mais ça démontre à quel point il est important de maintenir cette lutte à l’homophobie».

(Avec la collaboration de Denis-Daniel Boullé) 

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Voici quelques exemples de commentaires recueillis, par le chercheur Simon Corneau de l’UQAM grâce à la participation du groupe Arc-en-ciel d'Afrique. Ces commentaires sont tirés du Portrait descriptif de santé globale de la population HARSAH afro-caribéenne de Montréal.

 

« Je suis prêt à aller avec des Noirs pour le sexe, mais pour relation chum, ça sera un Blanc ». J’ai dit « ben désolé, je ne suis pas un objet sexuel, bonne chance ».

« Si j’attendais l’extérieur pour avoir l’estime de soi, tout ce que je voyais à l’extérieur c’est que moi j’étais moins bien ou bien moins désirable. Par exemple, moi ce que j’entendais souvent c’est que “les Noirs sont homophobes, la culture Noire est très, très homophobe, et nous les Blancs on est l’exemple à suivre pour combattre l’homophobie.»

«Il y a comme une hiérarchie des couleurs dans le milieu gai, donc le fait d’être jeune et blanc et musclé, etc., c’est comme l’idéal à suivre et quand tu dépasses un certain âge, ton physique change, ça fait en sorte que ces gens-là pour ne pas rester seuls en fait ils vont avoir une deuxième option pour aller vers des Noirs. Moi en fait, je ne veux pas être avec aux parce que je ne veux pas me sentir comme si j’étais une deuxième option.»

«Je pense que gai et Noir, oui on a des propres défis à faire parce qu’en tant que Noir, t’as des propres défis à faire et pis en tant que gai, on va dire, même si t’es un gai blanc, t’as des propres défis à faire. Donc gai et Noir, t’as comme quatre défis à faire parce que t’as un propre défi à faire au sein de ta propre communauté, t’as un propre défi parce que tu es gai, et puis Noir tu as ton propre défi à faire dans ta communauté d’accueil parce que tu es Noir, tu dois te prouver, et puis en tant que gai tu as aussi un propre défi à faire dans la communauté homosexuelle parce que t’es un gai Noir.»

«Clairement oui, il y a le racisme sexuel à Montréal. Il y a des gens qui vont venir à moi parce que je suis Noir, pas autre chose.» 

«J’ai déjà vécu que quelqu’un m’a approché dans un bar et me dit, ‘toi tu me plais parce que t’es pas Noir, moi avec les Noirs foncés là, moi je suis pas capable’. J’ai dit ‘écoutez, moi je suis Noir, j’ai le sang noir, c’est juste un teint qui est là, c’est tout, je suis Noir, donc malheureusement ça ne fonctionnera pas avec moi’.»

«Il y a beaucoup de Noirs dans le milieu gai ici qui ne s’aiment pas en tant Noirs, parce qu’ils sentent qu’ils ont besoin, pour se sentir valorisés en tant que gais, il faut qu’ils soient avec un Blanc. Le milieu, comment c’est construit, c’est autour de la blancheur, le couple gai qu’on voit à la télévision, c’est toujours deux personnes de couleur blanche, et vu que nous dans nos communautés à nous c’est pas quelque chose qui est accepté, qui est valorisé en tout cas.»

 



 

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Publié le 20 juin 2016

par Yves Lafontaine