Fière

Représenter la Fierté et vendre la diversité

Julie Vaillancourt
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Justine Labrecque

À 28 ans, Justine Labrecque a un parcours impressionnant. Si la majeure partie de son adolescence a été consacrée au soccer - elle fut notamment des jeux panaméricains avec l’équipe canadienne - sa passion sportive la mènera à intégrer l’équipe des Citadins à l’UQAM, lors de son cursus académique en gestion du tourisme et de l’hôtellerie. Avec un baccalauréat en administration en poche, sans oublier son bagage sportif et ses expériences de travail connexes, l’esprit compétitif de la jeune femme originaire de Québec, est maintenant mis à profit au sein de l’équipe de Fierté Montréal, à titre de Directrice des ventes et partenariats. Rencontre.

« Moi je connais une chose, c’est le service alimentaire », avoue d’emblée Justine, au sujet de sa profession : « Depuis que j’ai 18 ans, je travaille dans les bars et restaurants en représentation de services et produits. En fait, lorsque nous sommes dans un restaurant, les restaurateurs doivent se procurer les produits, afin que nous puissions les consommer. Chaque produit est représenté par une compagnie. J’ai vendu de la bière - Molson, Coors - et je faisais des ententes de commercialisation avec les restaurateurs. Même chose pour les frites - McCain - je m’assurais de développer le portefeuille de produits. » Si Justine connaît le service alimentaire, elle en sait tout autant au sujet des communautés LGBT, forte de ses implications depuis plusieurs années. Remarquée par l’équipe de Fierté Montréal, elle fut contactée en mai dernier afin d’intégrer l’équipe à titre de Directrice des ventes et partenariats. 
 
Justine LabrecqueLa question qui tue : Est-ce plus facile de représenter de la bière et des frites aux gens, que la Fierté? Et Justine de répondre : « Oui j’ai représenté des compagnies du service alimentaire, mais je me suis dit pourquoi ne pas représenter des communautés auxquelles je m’identifie? Pour moi, cela donne un sens à ma démarche de vie! Ce qui est unique avec Fierté, c’est que c’est le plus gros événement du genre dans la francophonie au monde et, cette année, c’est la dixième édition! Il y a une crédibilité qui s’est bâtie et une confiance à travers les communautés qu’elle représente, qui fait que je me sens moins seule face aux défis. En fait, je sens que je suis au sein d’un organisme fort avec lequel je suis soutenue, autant par mes supérieurs que par mes collègues », ce qui est très différent du milieu de la représentation alimentaire, par exemple, comme l’explique Justine. « C’est un milieu où il y a peu de femmes, très compétitif, axé sur la performance financière. Oui, c’est axé sur le plaisir, bien sûr, mais cette industrie compétitive touchait plus à mon esprit sportif : on travaille en équipe, mais il faut se donner à 100% pour obtenir notre position sur le terrain », s’amuse Justine de la comparaison. « Là, chez Fierté, je travaille avec toute l’équipe vers la poursuite d’un objectif commun, qui est de supporter, de soutenir et de promouvoir les communautés LGBT locales tout en servant de phare d’espoir pour les communautés qui vivent dans l’injustice à travers le monde».
 
Même si elle vient de débuter au sein de l’équipe, Justine comprend déjà les principaux enjeux et défis liés à son travail. « Le L-G-B-T implique plusieurs communautés, ce sont LES communautés LGBT et je pense qu’un des défis pour Fierté est de diversifier et d’inclure toutes les communautés, autant celles plus connues des gens, en général, que les réalités moins connues. On a un certain privilège, et il faut s’assurer de bien représenter tout le monde. » Dans la recherche de commanditaires, Justine n’y va pas dans la perspective de cibler le L-G-B-T ou Queer, mais cherche plutôt à s’associer avec des gens qui désirent faire une différence, des entreprises qui se positionnent en affirmant «on a le goût de soutenir vos activités, peu importe la communauté ciblée». 
 
D’ailleurs, Justine ajoute : «C’est pas parce qu’une entreprise vend des produits pour hommes, qu’elle n’a pas le goût d’en vendre aux différentes communautés. Donc je reste toujours très large dans ma démarche et j’essaie d’approcher les gens avec le moins d’étiquette possible, comme j’aimerais qu’on m’approche d’ailleurs…» Parlant d’implications dans le milieu LGBT, Justine Labrecque siège à titre de vice-présidente au sein de la Fondation Émergence, qui vise la lutte contre l’homophobie et la transphobie. Cette année, la campagne L’homophobie et la transphobie affectent tous les âges portait sur les défis liés au vieillissement de la population homosexuelle, où «plusieurs personnes plus âgées sont confrontées à un retour au placard, lorsqu’ils vont en maison d’hébergement», explique Justine, et «c’est une réalité à laquelle on sera davantage confronté dans les années à venir, puisque la population est vieillissante.» 
 
Si la Fierté de Montréal est imminente, la jeune femme diplômée en tourisme a eu l’occasion de visiter de nombreuses célébrations de la Fierté à travers le monde, dont celles de Paris et de Tel-Aviv. «Pour moi, une Fierté c’est aussi une façon de remercier nos prédécesseurs qui ont fait avancer nos droits. Je le fais aussi pour briser les stéréotypes qui peuvent être attribués aux différentes communautés, par exemple, dans nos milieux de travail. Il nous reste du travail à faire à tous les niveaux, mais on est très chanceux ici, surtout avec Fierté Canada 2017! Ça va être extraordinaire et la première ville d’accueil est Montréal… Mes collègues de Fierté étaient à différentes célébrations LGBT notamment en Inde et en Ukraine et le contexte est moins évident. C’est une des raisons pour lesquelles je m’implique au sein de Fierté, pour aider les gens d’ici ou ailleurs dans le monde. Et à l’ère du web, c’est tout à fait possible de relayer des ressources! » 
 
Parlant de web, Justine est impliquée depuis 4 ans, au sein de Lez Spread the Word : «Pour moi LSTW est un vent de fraîcheur pour les différentes communautés, un mouvement auquel je m’identifie énormément! Et c’est en constante évolution…» D’ailleurs, le magazine web « évoluera » avec la parution d’un magazine papier annuel, un « beau-livre » de collection, qui sera lancé en 2016 explique Justine: « Le magazine aura près de 100 pages en français et en anglais, une édition bilingue pan-canadienne, des articles de l’Atlantique à Vancouver, jusqu’à Yellowknife, pour les différentes communautés lesbiennes. Et le shooting photo pour le cover a été effectué à Los Angles avec des femmes très connues ! Elles mettent fin au suspense au début Juillet… (vous en avez une idée en regardant la couverture arrière de Fugues) » Bien entendu, plusieurs autres projets sont à venir pour LSTW conclue Justine, nouvellement fiancé à sa conjointe Florence Gagnon, fondatrice de LSTW. « Dans nos rêves les plus fous pour LSTW, on aurait un truck et on ferait un road trip coast to coast, afin de faire rayonner les communautés à travers le Canada » 
 
D’ailleurs, parlant de voyage, c’est lors d’une escapade à Paris que Florence a demandé la main de Justine « mais c’était drôle car moi chu full pas romantique et on était là toutes les deux, aux Jardins des Tuileries! On voulait se marier à l’automne, mais le temps passe si vite, on est deux filles très occupées et un mariage demande beaucoup de préparation… » Clairement, dans le futur, les deux jeunes fiancées veulent se marier et avoir des enfants…quand le temps leur en donnera l’occasion!