Crystal meth

Sexe, drogues et Rock & roll

André-Constantin Passiour
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Rézo, CMA, Centre Dollar Cormier

On l’appelle méthamphétamine, crystal meth,  «tina» ou encore «ice», vous en avez sans doute entendu parler ? Il s’agit d’une drogue très populaire, particulièrement au sein de la communauté gaie et Montréal ne fait pas exception. Il n’y a pas de statistiques précises, mais on estime de 10 à 15 % des hommes gais qui consultent pour le VIH ou d’autres ITSS (infections transmissibles par le sexe et par le sang) seraient des consommateurs de crystal meth. Pourquoi le crystal meth ? Parce que cette drogue aurait des effets euphorisants très puissants, qu’elle augmente de manière exponentielle le plaisir pourrait-on dire la drive sexuelle. Pour la plupart des consommateurs la consommation de crystal meth se fait dans un contexte,  de pratiques sexuelles souvent à risque de contracter ou de transmettre des ITSS.

«Pour certains hommes gais, le crystal meth fait partie de la sexuali-té, il est souvent difficile d’imaginer  des rapports sexuels sans avoir consommé du crystalmeth, on le prend pour tripper, souvent avec d’autres substances : cannabis, alcool, GHB, kétamine…», indique le Dr Pierre Côté de la Clinique médicale du Quartier Latin dans le Village gai de Montréal…
 
Pour plusieurs, il est difficile de contrôler sa consommation de crystal meth
 
L’amplification des sens et du plaisir sont ici les plus importants facteurs en raison desquels on va fumer, sniffer ou s’injecter du crystal meth. «Pour le cerveau, cette drogue serait, d’après les études, environ 1 000 % plus puissante que la cocaïne par exemple, rajoute le Dr Pierre Côté.
 
La plupart des gens fument le crystal. Depuis 1 ou 2 ans, de plus en plus de personnes à Montréal se l’injectent, on parle de «slamming». «Nous sommes très préoccupés de voir de plus en plus de gens qui font l’usage de cette drogue par injection. Le partage de seringues ou de matériel d’injection est très à risque pour la transmission du VIH, mais aussi du virus de l’hépatite C et d’infections graves à partir de bactéries qui se trouve au niveau de la peau», dit le Dr Côté.
 
L’utilisation de matériel d’injection stérile est essentiel et disponible gratuitement dans toutes les pharmacies du village et dans des orga-nismes comme CACTUS Montréal.
 
Classiquement, les gens rapportent avoir fait l’expérience du CM lors de party privés ou dans les saunas, souvent en participant à du sexe en groupe. L’expérience de consommation devient de plus en plus fréquente et dure de plus en plus longtemps.
 
Le retour à la réalité après le week-end est souvent difficile et amène les personnes à consommer un peu les jours de semaine pour rester en forme et performant au travail.
 
Les gens hésitent et ont un peu honte de parler de leur consommation. Ce n’est pas facile de discuter ouvertement de sa consommation de drogues et de ses comportements sexuels sans se sentir jugé.
 
Les ressources plus spécifiques en dépendance pour les personnes qui ont besoin d’aide en lien avec leur consommation de CM sont limitées. La relation entre la drogue et le sexe est très forte. C’est donc très dur pour eux d’aller chercher de l’aide. Il y a des groupes d’entraide, mais certains de ces hommes risquent de rencontrer des partenaires avec qui ils ont consommé et tripper.
 
«C’est parfois difficile d’imaginer du sexe sans consommation, c’est le défi qu’il faut affronter. Mais la plupart réussissent même si ce n’est pas facile au début», explique le Dr Côté qui est médecin depuis 1988. 
 
Les crash et les downs sont aussi en conséquence de cet état d’extrême plaisir ressenti. Ceux qui traitent ces personnes appellent ça le «Bad Tuesday», soit le mardi noir, parce que c’est souvent le mardi que la personne ressent la chute à son maximum. Il n’est, malheureusement, pas étonnant d’enregistrer des suicides cette journée-là tellement la dépression vécue par ces hommes est à son comble.»
 
«L’important, c’est de ne pas hésiter à en parler avec votre médecin ou avec un  professionel de la santé.
 
On peut diminuer les risques reliés à la consommation de drogues en passant des test de dépistage des ITSS régulièrement, en prenant une médication pour prévenir la transmission du VIH avant : la PreP, ou après avoir potentiellement été exposé au VIH : la PPE, de conclure le Dr Pierre Côté qui pratique dans le Village depuis près de 30 ans.  
 
Pour des conseils et de l’aide : methetrealite.com
Rézo, CMA, Centre Dollar Cormier