Mobilise!

Mobilise! veut «brasser la cage». Et vous?

Ken Monteith
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Mobilise

La deuxième Soirée Mobilise! s’est déroulée le 9 juin au Cagibi, un resto-café-espace de spectacle sur le Plateau Mont-Royal, sous le thème de l’accès aux stratégies de prévention pour les hommes de nos communautés. Suivant la formule de la première soirée, ce sont davantage les leaders d’équipes citoyennes qui ont pris la parole, avec un bon temps d’échange à la fin avec les gens de la salle.

Les gens ayant participé à ces équipes citoyennes ont beaucoup apprécié la formule, soulignant l’opportunité non seulement de s’informer, mais aussi de s’exprimer et d’échanger sur leurs expériences. Et ceux qui ont consenti à partager avec nous à la Soirée Mobilise! ont très bien souligné des problèmes liés à l’accessibilité aux différentes stratégies de prévention.
 
Accès à l’information
Premier problème d’accessibilité, et enjeu récurrent depuis le début de ce projet : l’accès à l’information. Les jeunes ont eu moins d’accès à l’information sur la sexualité à l’école, et cela, c’est sans parler des nouvelles stratégies de prévention. Plusieurs leaders, ainsi que les gens dans leurs groupes, ont beaucoup appris avec les outils fournis pour leurs rencontres — notons que les infos que communiquent ces outils sont également disponibles sur le site projetmobilise.org. Il y avait aussi d’autres exemples de manque d’accès à l’information, tels des problèmes de langue (informations en espagnol ou en anglais) ou de professionnels qui ne semblent pas bien comprendre les nouvelles stratégies autant que l’on souhaiterait.
 
Ceci constitue à une autre barrière difficile à surmonter : les attitudes et la stigmatisation. Il y a une partie de cela qui vient de l’intérieur — une réticence de parler ouvertement de la sexualité ou d’affirmer sa prise de risque — mais une seconde partie qui appartient aux autres — attitudes et jugements en milieu clinique, en pharmacie ou même parmi les gens de son propre entourage. Ne pas s’occuper de sa santé sexuelle parce qu’on craint de rencontrer des membres de la famille, des connaissances ou bien des anciens partenaires dans la salle d’attente? Dommage! Personnellement, je trouve que l’action de se faire dépister et d’aller à ses rendez-vous médicaux devraient être vus comme un signe de responsabilité sexuelle et non pas comme quelque chose de négatif!
 
Naviguer dans le système de santé
Pour plusieurs, qu’ils soient originaires d’ailleurs au Canada ou d’un autre pays, c’est naviguer dans le système de santé qui présente le plus grand défi. Que faire quand on ne connaît pas les cliniques privées ou publiques? Que faire quand on n’a pas de carte d’assurance-maladie? Même avec une connaissance des ressources et une carte à jour, il reste que la plupart des ressources sont ouvertes uniquement aux heures où plusieurs sont au travail — que faire pour y accéder sans perte de salaire, sans avoir à s’absenter du travail? La question des heures d’ouverture semble être aussi pertinente pour les organismes communautaires que pour les cliniques. Pratiques à revoir, peut-être.
 
En parlant d’organismes communautaires, les leaders ont dit que leurs participants soulignaient plusieurs éléments qui nuisent à l’accessibilité. Premièrement, il semble y avoir une réticence de la part de plusieurs dans notre communauté à fréquenter des organismes, soit par peur (encore) d’être identifiés comme des individus qui auraient pris un risque, soit par présupposition de la clientèle qui fréquente les organismes. Je me permets d’ajouter que toute personne qui a pris un risque au moins une fois dans sa vie, ça s’appelle être humain. Les gens qui se tournent vers les organismes communautaires ont des caractéristiques diversifiés et variés représentant toutes les parties de notre communauté!
 
Davantage de problèmes d’accès aux services offerts par les orga-nismes ont été soulevés. De loin le plus important est la disponibilité des ressources. Bien que les équipes soient parmi les plus ouvertes et accessibles, les organismes sont souvent sous-financés, ce qui limite la capacité de faire connaître ce qu’ils font et la disponibilité des services, dont le dépistage en milieu communautaire. La communauté accueille l’arrivée de la nouvelle clinique SIDEP+ au CLSC, mais plusieurs posent la question, faut-il déshabiller Pierre pour habiller Jacques? Nous avons besoin de plus de services et plus de diversité dans les services et ça veut dire, peut-être, des ressources additionnelles.
 
Des stratégies mieux connues que d’autres
Les groupes ont aussi discuté des stratégies concrètes de prévention et ils ont souligné certains problèmes à y avoir recours. Quelqu’un s’est fait dire qu’il n’y avait pas d’accès à la prophylaxie post-exposition (PPE) au Québec : pas vrai! Ce traitement d’un mois suivant une exposition probable au VIH est disponible, mais faites votre demande le plus tôt que possible et moins de 72 heures après l’exposition!
 
Plusieurs aimeraient avoir l’accès à l’autotest VIH pour gagner plus d’autonomie et avoir plus de pouvoir sur leur santé sexuelle. Malheureusement, l’autotest n’est pas disponible légalement au Canada…pas maintenant en tout cas!
 
Vous avez certainement entendu parler de la PrEP — la prophylaxie pré-exposition. Trois barrières semblent limiter l’accès à cet outil. Premièrement, une certaine stigmatisation qui semble diminuer dernièrement (bonne nouvelle!), mais qu’il faut toujours confronter quand on en parle. Deuxièmement, l’accès à un médecin pour la prescrire et pour offrir le suivi médical nécessaire. Troisièmement, les frais à payer à la pharmacie en coassurance, qui peuvent être difficiles à couvrir avec un emploi qui ne paie pas suffisamment. Ces frais peuvent aussi être un problème pour les gens assurés au privé, où on paie beaucoup en début d’année avant d’arriver au plafond annuel de contributions. Et là on ne parle même pas des gens qui ne sont pas couverts…
 
Brassons la cage
Que faire avec ces informations? C’est Joanne Otis, co-chercheure principale qui a expliqué à la salle comment va fonctionner le Projet Mobilise! dans les mois à venir. L’idée n’est pas de faire une collection d’histoires de problèmes d’accès et d’en faire un rapport. Mobilise! ne veut pas se tenir dans le coin avec des infos, mais veut « brasser la cage » pour faire changer les choses. Avec des constats de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas, nous aurons comme communauté les outils dont nous avons besoin pour revendiquer des changements, pour demander plus d’accès et plus de ressources, ou bien pour demander des changements qui vont rendre des services existants plus accessibles et plus accep-tables pour nous tous.
 
Il ne faut pas penser que c’est un combat qui nous oppose aux ressources existantes sur le terrain dans les cliniques, dans le réseau de la santé ou dans les organismes communautaires. Non! Ces ressources de première ligne sont souvent nos meilleures alliées et ont besoin de nos voix pour pouvoir défendre nos intérêts auprès des décideurs et des gestionnaires. Si Mobilise! réussit, ce sera parce que la communauté s’est exprimée, que nos alliés se sont ralliés et que les décideurs n’ont pas eu d’autres choix que d’agir dans notre intérêt. Exprimez-vous dans une équipe citoyenne ou dans notre enquête en ligne. Nous vous tiendrons à l’affut des nouvelles sur le projet et des actions à venir.